Trappistes en Terre Sainte – Le nouvel ouvrage du frère Augustin Tavardon

Chercheur-associé à l’Ecole biblique, Paul Tavardon, (frère Augustin en religion) est moine depuis 20 ans à l’abbaye de Latroun, sur la route qui relie Jérusalem et Tel-Aviv. De cette abbaye centenaire placée sur un territoire aux frontières mouvantes, il a voulu raconter l’histoire en deux recueils, publiés par les éditions DOMUNI Press. Il présentera son livre le jeudi 23 mars à 18h à l’École biblique.

De la pourtant célèbre abbaye de Latroun et de ses vignes, situées à une quinzaine de kilomètres de Jérusalem en direction de la mer, il n’existait encore aucune histoire écrite. Si certains frères avaient rédigé de rapides plaquettes ou des essais, plutôt à destination de la communauté ou des gens de passages, personne, avant Paul Tavardon, n’avait pris le temps de se plonger dans les cent ans d’histoire de l’Abbaye pour les mettre enfin sur papier. C’est désormais chose faite. Aidé par les archives du monastère, le Consulat Général de France à Jérusalem et les archives nationales de Nantes, le frère Augustin a regroupé les échanges épistolaires, les contrats et les récits qui retracent l’histoire de Latroun.

Le monastère trappiste fut fondé en décembre 1890 par un père diocésain, l’Abbé Cléophas Viallet, proche du Père Abbé de Sept-Fons, l’abbaye cistercienne mère française. L’auteur, à travers deux tomes d’environ 500 pages chacun, raconte l’histoire du lieu et de ses habitants en quatre grandes périodes et sous un axe géopolitique imposé par l’ emplacement conflictuel de ce lieu de prière. Tour à tour, de 1890 à 1990, le territoire de Latroun fut en effet ottoman, anglais, jordanien et enfin israélien.

Le rachat d’un petit lieu de halte, placé sur la route entre la ville sainte et Jaffa…

C’est sous la période ottomane que les premières fondations ont lieu, grâce au rachat d’un petit lieu de halte, placé sur la route entre la ville sainte et Jaffa. Pendant plus 20 ans, de 1890 à 1914, l’abbaye accueille l’installation des premiers frères, les plantations, très tôt, des premières vignes et d’une école agricole. Les moines, alors une trentaine, sont cependant expulsés pendant la Première Guerre mondiale et envoyés en Europe.

Vient ensuite, de 1917 à 1948, le mandat britannique. C’est d’abord le Père Couvreur qui reprend l’Abbaye dans l’idée de la res

taurer, accompagnés par un corps expéditionnaire parmi lequel figure le futur Cardinal Tisserant. Couvreur ne fera revenir les moines qu’en 1920. Un juvénat est ensuite fondé, accueillant des jeunes libanais (période du mandat français au Liban), généralement maronites et peu ouverts au rite latin, à la clôture et à l’univers trappiste. La situation est alors compliquée entre les occupants anglais et les villages arabes, l’Abbaye est vite jouxtée d’une citadelle militaire britannique et beaucoup d’échanges ont lieu entre les occidentaux. C’est durant cette période, à partir de 1923, que le monastère vit ses plus grosses modifications, et ce jusqu’en 1953.

Vingt ans de No man’s land

La situation se complique à la fin du mandat britannique, la forteresse devient alors jordanienne et, en 1948, a lieu la célèbre bataille de Latroun sur la route de la reconquête israélienne de Jérusalem ouest. De 1949 à 1967, l’Abbaye sera située dans une zone neutre : un No man’s land dont il est très compliqué de sortir, et ce pendant presque 20 ans. Les anecdotes sont nombreuses sur les quiproquos et les stratagèmes militaires qui se succèderont sous cette période, le docteur ès-Lettres Tavardon les raconte avec délice.

En 1967, une nouvelle bataille a lieu et la citadelle est prise par les Israéliens. Le village arabe voisin, Amwas (ou Emmaüs), est alors rasé et un « village de la paix », Neve Shalom, qui rassemble Israéliens et Palestiniens, est fondé sur les collines de Latroun. Le deuxième tome du frère Augustin se termine peu après la guerre du Golfe, en 1990, résumant ainsi les 40 premières années de la période israélienne.