Interview – Matthew Adams, directeur de l’Albright

Matthew J. Adams, directeur de l’Institut Albright et voisin de l’École biblique, donna une conférence sur Megiddo jeudi 4 janvier 2018. Les relations entre nos deux Instituts sont très bonnes. Interview :

« Mon nom est Matthew Adams, je suis directeur de l’Albright Institute, à Jérusalem, depuis maintenant quatre ans. J’ai fait mon doctorat à l’Université de Pennsylvanie, aux États-Unis, sur l’histoire et l’archéologie de l’Ancien Proche-Orient. Je travaille surtout en Égypte, en Israël et Palestine. En ce moment, je conduis des fouilles à Megiddo, en coopération avec Israël Frankenstein et Mario Martin. J’ai aussi fouillé près de Megiddo, sur un site appelé Legio, une base de la légion romaine du 2ème-3ème siècle, avec mes collègues, Yotam Tepper. Cette semaine, j’ai aussi commencé un autre projet, près de Bethléem, aux piscines de Salomon, principal ensemble de systèmes d’eau et de distribution pour Jérusalem depuis deux mille ans. Nous faisons une cartographie digitale de trois grandes piscines et préparons un intensif projet de conservation. Ces projets définissent ma vie professionnelle, mais j’ai aussi une vie privée, liée à celle de ma femme Margaret Cohen (une chercheuse biblique) et celles de mes deux enfants, Atticus and Cyrus.

Êtes-vous arrivé ici juste après vos études aux USA ? 
Oui, c’est cela. J’ai terminé mon doctorat en 2007, après quoi j’ai enseigné à l’Université de Bucknell pendant cinq ans. Je suis devenu directeur ici en 2014.

Vous êtes directeur ici, quelles sont les personnes qui travaillent avec vous ? 
Nous avons une équipe de douze personne à l’Albright, comptant notre directrice de communication, Sarah Fairman, ma main droite. Nous avons aussi un manager financier, des bibliothécaires, une équipe de gardiennage et de maintenance.

Quelle est votre activité ?
Comme directeur, je touche à tout ! Je suis très investi dans le management quotidien de l’Institut, le fundraising, et je m’attelle à assurer les ressources de nos fellows et de nos résidents. L’Albright, comme le dit son nom, est un Institut de recherche, nous avons donc des étudiants venant du monde entier, pas seulement des USA, pour mener leurs recherches ici. Nous assurons environ trois cent mille dollars de bourses chaque année ; nous assurons chambre et conseil, plusieurs indemnités, et espace de travail pour qu’ils puissent mener leurs recherches. Par conséquent, l’un de mes métiers est de faciliter leurs recherches, et de m’assurer que tout se passe bien, et en cas de problème, de les aider.

Vous avez une bibliothèque sur place ? 
Oui, nous avons une vaste bibliothèque, ciblée sur les études du Proche-Orient, et surtout sur l’archéologie de la région. Nos ressources complètent bien celle des autres institutions alentours, l’École biblique, le Musée Rockfeller et l’Université Hébraïque.

William Foxwell Albright

Quelle est l’histoire de ce lieu et votre rôle aujourd’hui ? 
L’Albright fut à l’origine fondé en 1900, nous fêtons donc nos 118 ans. Pas aussi âgé que l’École biblique malheureusement, mais presque contemporain ! Nous avons acheté notre terrain en 1919 et notre fameux établissement fut achevé entre 1924 et 1930. En tant que l’une des premières organisations de recherche en Palestine, nous avons été très influents dans le développement de l’archéologie biblique. Dans ces premiers temps, nos fellows jouèrent un rôle significatif dans l’identification et l’exploration de nombreux sites. L’archéologie est une discipline qui n’avait pas encore été véritablement conçue, et beaucoup des personnes qui vinrent ici furent les pionniers qui développèrent les concepts d’archéologie utilisés aujourd’hui. Par exemple, William Foxwell Albright, qui fut directeur dans les années 1920 et 1930, conduisit certaines des premières fouilles dans la région, qui contribuèrent directement au développement de l’archéologie. À Tell Beit Mirsim, il a fouillé une séquence stratigraphique des âges de bronze et de fer, et formé pour la première fois la chronologie de la céramique utilisée aujourd’hui. Ainsi, lorsque nous parlons de l’âge du bronze récent ou de l’âge du fer, ces catégories renvoient automatiquement à Albright.

Ainsi, de ces manières, l’Albright a contribué à l’archéologie de la région, mais l’archéologie est seulement l’une des disciplines représentées par nos fellows. Nous avons des chercheurs bibliques, des linguistes, des historiens : toute personne travaillant sur un sujet relatif à la période médiévale et plus tôt, a sa place à l’Albright. Aujourd’hui, nous sommes l’établissement étranger le plus important de la région en recherche archéologique et biblique. En ce moment, nous avons environ vingt-cinq fellows ici pour cette année académique, qui travaillent sur un large panel de sujets.

Megiddo © Matthew J. Adams

Et aujourd’hui, qu’en est-il de Megiddo ?
Je travaille à Megiddo depuis 1998, ce fut mon premier projet archéologique, quand j’étais jeune étudiant. Cette année, je célèbre ma vingtième année à Megiddo – c’est impressionnant et fou de réaliser cela ! -. Maintenant, depuis ces quatre dernières années, je suis l’un des co-directeurs des fouilles, et c’est une belle chose de commencer au plus bas de l’échelle pour atteindre le haut ! Et cette année, nous travaillons sur quatre champs de fouilles, des âges de bronze et de fer. Dans la conférence d’aujourd’hui, je parlerai de notre travail sur le bronze récent.

Vous rendez-vous souvent sur les sites archéologiques ou travaillez-vous ici la plupart du temps ? 
Ici la plupart du temps. Le métier de directeur est très intense, il y a beaucoup de travail. Mais habituellement pour les fouilles à Megiddo, nous fouillons chaque été pendant environ sept semaines. Nous fouillons aussi sur d’autres sites. Au total, nous sommes sur le terrain deux ou trois mois chaque année. Nous menons des saisons de terrain pendant un court laps de temps, pendant lequel nous collectons beaucoup de données sur lesquelles nous travaillons ensuite en laboratoire et dans les bureaux, ce qui prend beaucoup plus de temps.

Avez-vous des projets communs avec l’École biblique ? 
Pas en ce moment. peut-être qu’il y en eut dans le passé avec les autres directeurs, mais je ne suis pas sûr. Mais bien-sûr, beaucoup de gens travaillant ici usent les mêmes matériaux, donc nous faisons tous partie de la même communauté académique et du même champ. »

Propos recueillis par Aziliz Le Roux.


Pour aller plus loin :

Découvrez l’article sur la session Bible in Jerusalem, pendant laquelle M. Adams guida les frères à Megiddo.

Découvrez ou regardez de nouveau la Conférence sur Megiddo donné par Matthew Adams :