Mark S. Smith – « La bibliothèque de l’École, mon arme secrète »

Mark Smith a grandi à Washington DC et obtenu son premier diplôme à l’Université Johns Hopkins. Après une maîtrise en théologie et écritures, il a étudié l’hébreu et le grec à l’Université Catholique. Par la suite, il a reçu une maîtrise à Harvard Divinity School en langues bibliques. Il a travaillé son doctorat à Yale, département des langues et littératures du Proche-Orient, en particulier en ougaritique et en hébreu. Il a écrit la majeure partie de sa thèse ici, en 1983-1984, alors qu’il vivait à l’Institut Albright, étudiait à l’Université hébraïque et enseignait l’hébreu à l’École.

Quel était le sujet de votre thèse ? 

J’ai beaucoup travaillé les langues bibliques et la littérature, en particulier l’ougaritique. Alors j’ai écrit sur le dieu de l’artisanat ougaritique, dont le nom est Kothar wa-Hasis, présent dans différents textes, mythes, légendes et rituels. Ces thèmes étaient très populaires dans la recherche dans les années 1960 et 1970 : la découverte du texte ougaritique en 1928-1929 a fourni un nombre massif de tablettes, avec une information nouvelle sur les religions de ce qu’on pourrait appeler « le Levant », en opposition à la Mésopotamie ou à l’Egypte. Langue liée à l’hébreu, le phénicien, l’araméen, l’ougaritique ouvre sur le monde de la Bible.

J’ai également étudié la religion israélite pour comprendre comment Yahvé s’est développé en tant que Dieu d’Israël. J’ai donc écrit un livre intitulé La première histoire de Dieu, un autre plus tard sur Les origines du monothéisme biblique, et un troisième, Dieu dans la traduction. J’aime travailler sur différentes choses. J’ai aussi écrit sur les manuscrits de la mer Morte, sur le verbe en hébreu biblique, sur l’exégèse des livres bibliques (Genèse, Exode, Psaumes, Jérémie). Et je travaille sur un commentaire sur le Livre des Juges, avec ma femme, Elizabeth Bloch-Smith.

Quel est votre lien avec l’École biblique ?

Je suis venu pour la première fois à l’École en 1980. J’étais encore à Harvard et je venais dans le pays pour une fouille archéologique ; je suis parti une semaine plus tôt pour venir ici, avec un de mes amis. Nous avons été très bien accueillis, un matin (la bibliothèque était encore à cet étage !). L’École biblique est célèbre à Harvard. Cela remonte à Albright, directeur de l’American School for Oriental Research – aujourd’hui appelé Albright Institute – situé tout près de l’École. Albright avait connu Lagrange. L’étudiant d’Albright et plus tard professeur à Harvard, Frank M. Cross était lui aussi un ami de l’École. Grâce à Cross, de Vaux fut professeur invité à Harvard avant mon arrivée. Lorsque j’étais étudiant, Cross parlait chaleureusement de l’École. Donc je connaissais cette vieille relation. Toutes ces personnes se connaissaient et travaillaient ensemble.

Alors que j’étais encore étudiant diplômé, Tournay, directeur de la Revue Biblique, et avec l’aide de Jean-Michel de Tarragon, très prolifique en ougaritique, a accepté de prendre un de mes articles, basé sur ma thèse.

Les nombreux bénéfices de l’École

John Strugnell était un grand mentor qui m’a enseigné les manuscrits de la mer Morte.

La bibliothèque de l’École est mon arme secrète ! Tout est présent, mais vous pouvez surtout trouver ce que vous rechercher plus rapidement que dans toutes les bibliothèques du monde ; la plupart des gens ne s’en rendent pas compte. Le catalogue et l’agencement de la bibliothèque concentrent le processus d’examen de toute la littérature savante. Et travailler plus vite permet de penser plus vite : le fait de venir à l’École m’aide beaucoup à devenir plus érudit et, à certains égards, plus intelligent. Travailler ici accélère sans aucun doute le rythme de progression du travail et clarifie la réflexion. Tout ceci offre un énorme avantage : il n’y a pas de meilleur endroit !

Même si je n’ai jamais vécu ici, je m’y suis dès le début senti chez moi. Benoit, Couroyer, Langlamet, Tournay, Boismard, Tarragon, Humbert, Sigrist, Puech, Taylor, Viviano, Tatum, et maintenant beaucoup d’autres m’ont traité très gentiment. J’aime venir, parce que j’aime les vieilles amitiés, rencontrer les gens, et venir à la messe car je suis catholique. En somme, l’École m’a soutenu de différentes manières : la Revue Biblique, la Bibliothèque, l’enseignement, les messes, et même l’excursion en Égypte avec ma femme (en 1983-1984), un moment fort de ma vie. Merci beaucoup.