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« Humanités Numériques et service public : quel produit « grand public » pour la Bible En Ses Traditions ? »

Nicolas Chatain, ancien assistant d’Olivier-Thomas Venard à l’Ecole biblique, est l’un des concepteurs de Prixm, une newsletter hebdomadaire qui propose une approche originale et ludique de passages bibliques. Il intervenait mardi 6 décembre au colloque Mise(s) en oeuvre(s) des Ecritures organisé à et avec l’université Sorbonne Nouvelle – Paris 3. Voici des extraits choisis de sa communication.

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« La particularité de notre travail est qu’il s’inscrit dans deux dynamiques distinctes. D’une part nous sommes les héritiers d’une longue tradition chrétienne qui a permis de transmettre le texte au fil des âges. D’autre part, nous travaillons dans le contexte plus récent de l’avènement d’internet qui ouvre de nombreuses opportunités et aiguise de nouvelles méthodes de travail. Notre défi est donc double :

1 – Nous voulons être fidèles à cette tradition de l’Église, non par devoir ou asservissement mais parce que nous croyons qu’un fil si puissant, qui relie les générations et a réussi à faire parvenir ces textes et leur intelligence de lecture, contient une sagesse des modes de transmissions qu’il serait fou d’ignorer.

2 – Appréciant les efforts considérables qui ont permis de façonner l’univers numérique nous pensons qu’il est bon d’y discerner les richesses qui nous permettront de continuer à transmettre le texte de la meilleure manière possible.

Quels objectifs ? Quelle légitimité ?

Nous allons donc essayer de présenter brièvement et forcément de manière non-exhaustive ce qui a retenu notre attention dans cette Tradition et cet univers numérique pour esquisser les caractéristiques de nos produits.

Le projet de la Bible en ses Traditions a un ancrage chrétien puisqu’il est né dans l’Église catholique et notre équipe a voulu interroger cette Tradition de manière non exclusive pour discerner les trésors de sagesse qui ont permis de transmettre le texte biblique et son intelligence de lecture au fil des âges. La notion d’autorité dans la transmission des Écritures est importante. (…) Dans le processus de création de nos produits, la place du directeur scientifique du programme de recherches et de son comité éditorial, composés des frères enseignants de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem est fondamentale. C’est sous leur égide et leur contrôle que s’établissent nos contenus.

« La Bible est moins un livre, qu’une bibliothèque » comme l’a rappelé récemment le Frère Olivier-Thomas Venard. Et cette bibliothèque ne s’est pas transmise d’un bloc, elle est transmise fragment par fragment. Dans l’Église, le lieu privilégié de sa transmission est la liturgie : on n’y lit pas la Bible intégralement mais petit bout par petit bout. Il est d’ailleurs amusant de constater que les formats fragmentaires, de lectures brèves sont particulièrement remis à l’ordre du jour sur internet (…) Ce constat nous a encouragé non pas à créer une édition de la Bible intégralement disponible pour le lecteur mais à développer des fragments incitant à une lecture non-exhaustive. (…)

Nous ne voulons pas avec nos produits créer une communauté spécifique à nos contenus. Mais nous souhaiterions que pour les lecteurs de nos contenus, existe la possibilité d’aller plus loin, d’entrer plus en profondeur dans ces textes grâce aux communautés physiques qui l’étudient et les discutent. Pour prendre un exemple propre à nos lecteurs parisiens (…) : il nous paraîtrait opportun de rediriger nos lecteurs vers les modules d’étude physique des Écritures qui existent au Collège des Bernardins qui se veut comme notre projet un lieu de rencontre entre personnes venus de tous horizons. (…)

Nous avons donc dit que les produits grands publics tirés du programme de recherche de laBible en ses Traditions devraient si possible réunir plusieurs caractéristiques issues de la tradition chrétienne. – Ils sont soumis à l’autorité scientifique et ecclésiale représentée par les frères chercheurs de l’École biblique, – ils présenteraient la Bible par fragment et non de manière exhaustive, – ils ne seraient pas disponibles en permanence mais se diffuseraient régulièrement de manière à encourager une lecture récurrente – ils permettraient de toucher la sensibilité des lecteurs – ils offriraient la possibilité de rentrer plus en profondeur dans les textes en se rendant dans des lieux d’enseignement physiques. (…)

La richesse du numérique

L’un des intérêts du numérique est de pouvoir offrir des contenus multimédias à notre public. Nous pouvons inclure des contenus musicaux, que cette musique soit sacrée ou profane, nous pouvons montrer des extraits de films ou de dessins animés qui reprennent des éléments de textes bibliques ou qui montrent des scènes entières. Ce n’est pas encore le cas pour nos produits, mais je crois qu’à terme l’oralité prendra également une place importante dans les éditions numériques de la Bible. Cela est rendu possible par internet et ses supports de consultation et cela s’inscrit parfaitement dans la tradition orale qui a longtemps prévalu dans la transmission des textes. (…)

En fonction de l’âge, du niveau de culture biblique des lecteurs, les besoins ne sont pas les mêmes et appellent des interfaces dédiées à chaque profil. Pour l’instant, notre premier produit n’inclut pas cette dimension, mais le produit que nous voulons diffuser à la fin de l’année 2017 veut avoir cette ambition. Une capacité de diffusion décuplée L’environnement numérique se caractérise également par des contenus qui ont en eux-mêmes leur capacité de diffusion. Si l’on aime tel ou tel texte on peut immédiatement le publier sur les réseaux sociaux ou le partager par mail avec les interlocuteurs de son choix. Cette dimension de partage permet une diffusion plus rapide des différents contenus et nous utilisons cette possibilité.

Un premier résultat de notre travail

Pour éprouver la validité de nos intuitions, nous avons créé un premier produit numérique qui reprend les différentes caractéristiques que nous avons évoqué. Ce produit est diffusé depuis 2 mois et a désormais près de 7000 abonnés. Nous diffusons cette Newsletter par email chaque dimanche vers 15h30 dans un format qui garantit au lecteur la possibilité de lire le tout en 5 minutes environ.

Cette Newsletter présente toujours 3 rubriques :

  1. Dans la première partie, nous présentons une vidéo qui reprend un thème biblique. Ce peut être un extrait de film, de dessin animée, un chant, un morceau de musique…
  2. Dans un deuxième temps, nous proposons le texte biblique dans une des versions traduites dans le cadre du programme de recherche. Ce passage biblique est lié le plus souvent à la petite vidéo qui le précède.
  3. Dans la troisième rubrique nous proposons un éclairage à l’aide de trois médiations : nous mettons en exergue un point, un thème du texte que nous éclairons en quelques lignes à partir des sagesses juives et chrétiennes, nous illustrons avec des représentations en peinture de ce passages : Rembrandt, Le Caravage, le répertoire de références nous laisse l’embarras du choix.  Enfin, nous terminons par un extrait de la littérature ou de la philosophie qui est lié au thème en question : pour l’entrée dans l’Avent, nous avons proposé une Newsletter sur la crèche et nous avons terminé avec une citation de Jean-Paul Sartre.

A la fin, nous proposons systématiquement de partager ce contenu via les réseaux sociaux ou les emails. Pour l’instant notre offre de lieux d’études pour prolonger cette expérience de lecture est limité car nous avons lancé ce produit il y a peu et que cette connexion de la dimension numérique avec la dimension physique demande d’établir des partenariats. Nous espérons travailler à cet objectif en 2017. (…)  »

Nicolas Chatain – Dirigeant de Prixm

Nicolas Chatain – Dirigeant de Prixm

MISE(S) EN OEUVRE(S) DES ECRITURES : Notre colloque avec la Sorbonne Nouvelle

L’Ecole biblique et l’équipe du projet Bible en Ses Traditions organisent avec l’université de la Sorbonne Nouvelle Paris 3 ces lundi 5 et mardi 6 décembre un colloque intitulé « Mise(s) en œuvre(s) des Écritures ».

Le colloque était coorganisé par Christiane Cosme (Paris 3), Vincent Zarini (Centre d’études augustiniennes) et Olivier-Thomas Venard, op. (Ecole biblique et archéologique) dans deux belles salles, d’abord en la Sorbonne historique puis, mardi, à la Maison de la recherche, à deux pas du Panthéon. Éminents spécialistes et jeunes doctorants venus de toute la France s’y sont relayés pour au total 25 présentations.

Le 5 décembre – première journée

Colloque Mise en oeuvre des EcrituresLa première journée du colloque était inaugurée par par Laurent Creton, président du conseil académique de l’Université Paris-Sorbonne nouvelle. Une première session présidée par le Père Jean-Jacques Pérennès, op, directeur de l’Ecole biblique, avait ensuite lieu. Mgr Jean-Louis Bruguès, responsable des archives et de la Bibliothèque vaticane, assisté du fr. Renaud Silly, op,  présenta le riche patrimoine de manuscrits bibliques du Vatican. Puis eurent lieu deux interventions : l’histoire des supports du texte biblique, par Michael I. Allen, de l’Université de Chicago, et l’histoire textuelle de la Vulgate, par Peter Stolz, de l’Université de Zürich.

La session de l’après-midi abordait la Bible au IIIème s. (par Laetitia Ciccolini), la mise en image du Verbe (Charlotte Denoël et Anne-Orange Poilpré), les Carolingiens et la Bible (Christiane Veyrard-Cosme) et enfin les commentaires de la Bible dans l’occident médiéval (par Gilbert Dahan).

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Lundi soir, un superbe spectacle-concert écrit pour la Bible en Ses Traditions et intitulé Syllabes divines, mystère sur la prophétie de Jérémie était donné à l’Eglise Saint-Etienne-du-Mont (5ème arrondissement de Paris). Thierry Escaich, Gad Barnéa et Michel Petrossian étaient les auteurs de l’accompagnement musical du texte biblique déclamé par deux comédiennes. Débuté par la tragique du texte de Jérémie, explicite sur la noirceur de notre monde, l’In paradisum de Gabriel Fauré, chanté par un choeur d’enfants, apaisait l’assemblée rassemblée au sommet de la montagne Sainte Geneviève. Un film a été fait et un DVD sera bientôt disponible.

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Le 6 décembre – Deuxième journée

Au programme de mardi matin, un premier temps autour de St Jean dans les écrits de St Augustin par Mickaël Ribeau suivi de deux communications sur la lecture philosophique de la Bible et sur la traduction d’Aquila, puis une autre session sur la « Saveur de la Parole » par Béatrice Caseau, une projection autour des formes du texte comme exégèse visuelle par Christian Heck et enfin une présentation de Francesco Stella sur « la poésie biblique latine médiévale ».20161206_112620

L’après-midi, une première session de quatre conférences autour du rabbinisme (par José Costa), de Bernard de Clairvaux (par Laurence Mellerin), des « Hauts livres du Graal » (par Jean-René Valette) ou de l’ «Intertextualité de la littérature biblique» (par Eric Morin), puis une deuxième session abordant les controverses slovaques autour de la Bible en langue vernaculaire (par Milos Lichner et Katarina Karabova), une deuxième sur le statut du texte biblique chez Michel Henry (par Sybille Gérain), et enfin une présentation de Nicolas Chatain, ancien volontaire de l’Ecole, sur la faisabilité d’un produit « grand public » autour de la Bible en Ses Traditions.

Le Père Olivier-Thomas Venard, op. présentait ensuite pour la première fois ce que sera le « rouleau numérique » de la Bible en Ses Traditions, c’est à dire la mise en ligne des principales traductions des  diverses versions de la Bible (hébraïque, grecque, latine, etc.), de leurs annotations et de l’histoire de  la réception du texte biblique, permettant d’explorer son influence dans la culture au fil des siècles (histoire, arts, etc.).

20161205_141204Le colloque a aussi été l’occasion pour les éditions Peeters, nouvel éditeur de l’Ecole biblique, de présenter la première publication de la Bible en Ses Traditions : Saint Paul – Epitre aux Philippiens, fruit d’un colloque dirigé par Olivier-Thomas Venard, Jean-Baptiste Édart et Francesco Bianchini.

Jubilé de l’Ordre : Colloque «Exégèse et prédication chez les Dominicains»

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Du 27 au 29 octobre 2016, Fr. Anthony Giambrone, de l’Ecole biblique, était l’un des prestigieux invités du Couvent dominicain de la capitale autrichienne pour trois jours de conférences sur le thème « Exégèse et prédication par les Dominicains – Histoire, idéal et pratique ».

2016 marque pour l’Ordre des Prêcheurs 800 années d’étude des textes bibliques et de prédication. A l’occasion de ce jubilé, différentes institutions dominicaines organisent des colloques pour retracer l’histoire et le rôle de l’ordre.

Ft Anthony a VienneMédiévistes et Dominicains venus d’Oxford, Rome, Paris, Bonn, Cologne, Milan, Londres, Louvain, Prague, etc. étaient réunis par l’Institutum Historicum et la faculté théologique de Vienne pour, chacun leur tour, aborder différentes époques de l’histoire de l’Ordre des Prêcheurs, de ses grandes figures et de l’évolution de sa prédication à travers les siècles. Le fr. Anthony Giambrone, OP, membre de l’équipe enseignante de l’Ecole biblique et spécialiste du Nouveau Testament, participait au colloque de Vienne pour y présenter une analyse méconnue de l’exégèse allemande par le fr. Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l’Ecole biblique et archéologique de Jérusalem. Les participants ont également été conviés à un concert unique de musique baroque dans la belle église du prieuré, embelli de méditations tirées d’auteurs dominicains.

Retrouvez le programme ici.

« Dans l’exégèse comme dans la guerre »

Fr. Anthony Giambrone animait à Vienne une conférence titrée « In der Exegese wie im Krieg » traitant d’une série oubliée d’opuscules du père Lagrange données à la fin de la Première guerre mondiale à l’Institut catholique de Paris (l’Ecole biblique était alors occupée par le régime ottoman, allié de l’Allemagne, et Lagrange était de retour en France, en exil forcé). Fr. Anthony abordait l’analyse du sens du Christianisme d’après l’exégèse de Luther et de ses disciples.

L’idée du fr. Giambrone était de montrée comment Lagrange décryptait le commentaire Martin Luther sur la Lettre aux Romains, en comparaison avec son confrère dominicain Henrich Denifle (médiéviste allemand 1844-1905). Le fr. Giambrone abordait notamment les réflexions du fr. Lagrange sur les raisons de la guerre et, en parallèle, sur l’héritage exégétique de l’Eglise luthérienne. Denifle y lit une faute morale, faute que Lagrange met sur le compte d’une mauvaise connaissance des langues anciennes et sur des idéaux différents des idéaux catholiques et ne voit donc pas comme une faute morale.

On est encore en 1917-1918 quand le Fr. Lagrange, avec son franc-parler francophone dominicain, colore sa perception du patrimoine de l’exégèse allemande de multiples façons. Il notera notamment : «Heureusement, dans l’exégèse comme dans la guerre, l’Allemagne est meilleure dans la préparation que dans l’exécution». C’est la manière de Lagrange de rendre hommage à l’excellence de la philologie et de l’histoire allemande, out en signalant ce qu’il voyait comme les désastres de leurs entreprises théologiques.

C’est toute cette analyse de l’exégèse allemande par Lagrange, jamais publiée et proche d’être oubliée, que le fr. Giambrone a voulu faire connaître aux auditeurs réunis à Vienne du jeudi 27 au samedi 29 octobre, au cours d’un événement riche en contributions, relatant la variété d’expressions historiques que l’engagement des Prêcheurs envers la parole de Dieu a pu prendre travers les siècles. Les différentes conférences seront prochainement publiées en un volume.