Archive pour Publications de la photothèque

Exposition de photographies à Paris au mois de janvier 2014

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Un nouvel ouvrage de la photothèque, aux éditions Hazan

JERUSALEM ET LA PALESTINE

(Sur le site des Editions)

Un ouvrage de Monsieur Elias Sambar,

avec la collaboration de 

fr. J.-M. de Tarragon

 

 

 

 

Les deux auteurs lors de la mise au jour du livre, le soir de la décoration du fr. J.-B. Humbert:

De la Terre sainte à la Palestine: un ouvrage de photographies abordant la continuité historique et sociale de la Palestine

Un livre de  Serge NEGRE et  Danielle AUTHA

Présentation par  Serge Nègre, directeur du musée de photographie de Labruguiere,  collaborateur régulier de la Photothèque de l’Ecole. 

Serge Nègre est un «homme aux talents multiples qui voyage et fréquente la Palestine depuis 1972. C’est aussi un photographe hautement professionnel qui a littéralement su prendre de la hauteur: il a continué et développé la technique de la photographie aérienne à partir d’un cerf-volant, inventée il y a plus d’un siècle par le photographe français Arthur Batut.* Il a créé un Musée consacré à cet inventeur, à Labruguière, dans le sud de la France et en a assuré la direction pendant plus de deux décennies. Il a également participé à des expéditions en Arctique, en Antarctique et en maints autres lieux de la planète. Depuis quelques années il apporte son savoir et sa contribution à la conservation du magnifique et très riche fonds photographique de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.» (Wassim Abdullah)

Au XIXe siècle l’invention de la photographie allait rendre l’observation du monde plus précise. Les récits des voyageurs des siècles passés, témoignaient avec plus ou moins d’objectivité de la vie des habitants des contrées traversées. Sans images, la perception de tous ces récits  laissait la part belle à l’imagination des occidentaux. En arrivant dans ces pays les photographes avaient déjà conçu dans leur esprit des images différentes de la réalité. De magnifiques et rares albums rassemblent des documents ethnographiques ou historiques souvent remarquables d’un point de vue esthétique. Il faut cependant préciser que si ces professionnels se montraient soucieux de la teneur archéologique, religieuse ou scientifique de leur travail, ils étaient aussi des hommes d’affaires qui vendaient leurs productions aux pèlerins et aux touristes. C’est ce qui explique la prédominance de sujets religieux et de clichés parfois empreints d’orientalisme. Parmi les pionniers célèbres émergent les noms de Maxime du Camp, Salzmann, Frith ou celui de l’arménien Garabedian, Krikorian ou encore Sabungi employé des Bonfils.

La chrono-photo-fusion

Mes passions pour les images et en particulier pour la photographie du portrait au paysage, m’ont conduit à expérimenter tous les champs offerts par l’image argentique.  Créateur et Directeur d’un musée de photographie du 19e siècle*,  j’ai eu l’occasion de consulter de multiples collections des débuts de la photographie. Les œuvres de la famille Bonfils, m’ont invité à approfondir mes connaissances  et ma sympathie envers la Palestine et les palestiniens que j’avais découverts dans ma jeunesse. Pourquoi ne pas confronter ces documents historiques à la technique actuelle de l’imagerie numérique ?

L’idée de la chrono-photo-fusion m’est apparue comme une évidence. Si au début de mes expériences j’ai choisi  la juxtaposition des images anciennes et de mes prises de vues actuelles, je me suis vite rendu compte que pour insister sur la continuité historique, sociale et culturelle de la Palestine il était bien plus judicieux de fondre les clichés de Bonfils et les miens.

A propos de la famille Bonfils

Ayant eu accès par l’intermédiaire d’un ami collectionneur aux images de Bonfils, c’est lui que nous avons retenu car il est regardé comme l’un des meilleurs capteur d’image qui savait approcher avec bienveillance et respect ses sujets. De plus sa production est considérable. Il a fait l’inventaire d’un patrimoine unique et précieux où s’inscrivent les empreintes des civilisations antérieures: juives, grecques, romaines, chrétiennes et musulmanes.

Félix Bonfils, né en 1831 en France, à St Hippolyte-du-Fort près d’Alès, s’installe avec sa famille au Liban dès 1867. Il ouvre un studio et un laboratoire photographique à Beyrouth. Pendant une décennie transportant son matériel de prise de vue et de laboratoire, il parcourt l’Égypte, la Syrie, la Turquie, la Grèce, la Palestine. D’origine protestante, ses images de la Terre sainte s’adressent en priorité à un public chrétien européen. Conçus comme des guides touristiques à l’usage des pèlerins, les albums de tirages originaux que nous avons pu consulter font appel à des extraits de l’Ancien ou du Nouveau Testament pour légender les clichés. Le regard que Bonfils pose sur le pays passe au travers du prisme religieux. Il utilise sa chambre noire pour fixer les vestiges archéologiques, témoins des civilisations passées. En même temps qu’il aborde les mythes de l’histoire et de la géographie bibliques, il met aussi en évidence le caractère intemporel de la société palestinienne. La mémoire affleure partout dans les lieux symboliques qu’il choisit: Bethléem, Nazareth, Jérusalem, Hébron, le Jourdain, la mer Morte. Qu’importe si certaines traditions religieuses du pays interdisent la reproduction de l’image humaine, Bonfils accepte et relève le défi.

Son comportement profondément humain et sa curiosité discrète lui permettent de surmonter les difficultés. A cette époque Bonfils voyageait lentement à cheval  aussi bien qu’à pied, ce qui rend son approche de la Palestine d’autant plus documentaire et digne d’intérêt. Sachant se faire admettre tant dans la société musulmane que dans la société juive, il peut soulever un coin du voile qui recouvre la Palestine, peu connue et mystérieuse. Selon ses dires qui le dédouanent de toute intention suspecte, il photographie

« les vêtements traditionnels, l’aspect et les coutumes du peuple, d’un pays, dont le passé visible a été quasiment détruit et dont les coutumes présentes disparaissent sous l’influence de l’Occident ».

A-t-il deviné que l’instabilité politique au moment où il travaillait, allait entraîner des mutations qui bouleverseraient à jamais ces contrées ? Ici, comme partout ailleurs dans le monde, ses images reflètent l’arrière-plan culturel du photographe. Elles demeurent un témoignage sans pareil et infiniment précieux pour la mémoire collective palestinienne. Il est communément admis que le miroir tendu par les orientalistes, en littérature et en peinture, a déformé la réalité par manque d’objectivité. C’est vrai aussi pour la photographie. La personnalité de l’opérateur intervient dans le choix des sujets, la composition des images, les retouches en studio.

Félix Bonfils est mort dans l’oubli le 8 avril 1885 à Alès.

Son fils Adrien et sa veuve Lydie prirent sa succession et signèrent leurs œuvres du simple nom de   « BONFILS ». En trois décennies la famille Bonfils réalisera des milliers de clichés. Félix avait ouvert son studio en 1867 et signe des photographies jusqu’en 1875. Après sa mort  sa veuve, Lydie, première femme photographe au Proche-Orient, poursuit l’activité du studio à Beyrouth avec Adrien qui travaille jusqu’en 1895. Elle ouvre une succursale à Jérusalem et Baalbek et s’associe avec Guiragossian jusqu’en 1918, qui, seul, va assurer la continuité de l’atelier jusqu’en 1938. Félix Bonfils aurait-il signé ces lignes rédigées par son fils Adrien à l’aube du XXe siècle?

« Dans ce siècle de la vapeur et de l’électricité, tout change, tout se transforme, même les localités. Avant que le progrès ait complètement achevé son œuvre destructrice, nous avons voulu fixer le présent dans une série de photographies que nous offrons à nos lecteurs. »

Notre propos

Pour rendre ces documents plus attractifs et les présenter d’une manière nouvelle à ceux qui ne les connaissaient pas, nous avons confronté les images de Bonfils  à la réalité palestinienne contemporaine. Nous souhaitions retenir et souligner l’intérêt documentaire irremplaçable de clichés forcément apprêtés et mis en scène. Ce livre d’images, s’il donne à voir les photographies des Bonfils réactualisées, est aussi un prétexte: il aborde simultanément et sous un angle original, le drame que vivent quotidiennement les Palestiniens d’aujourd’hui.  L’effet sépia confère un charme indéniable aux documents anciens. Cette patine, est comme un gage d’authenticité qui en amplifie l’émotion. L’apport de la couleur permet de sortir les images d’un contexte désuet pour les ancrer dans le tragique du quotidien à la recherche du pays déchiré, du pays perdu. Notre démarche vise à rapprocher le présent et le passé dans le but d’entrevoir un possible avenir. Laissons parler les images, laissons-les nous communiquer leurs messages. Véritable art d’écrire avec la lumière, la photographie  a permis de conserver la trace de ce qui a été. A nous d’entendre ce que ces images  nous racontent. Les textes qui les accompagnent sont le plus souvent des citations de voyageurs pour la plupart français souvent contemporains des Bonfils. mais également des citations d’écrivains palestiniens.

Pour accéder à la Palestine d’aujourd’hui, peut-on ignorer la Terre sainte et ses Lieux saints? Comment passer de la terre des Dieux à la terre des Hommes ? La Palestine, pont naturel et ancestral entre l’Orient et l’Occident,   entre le Nord et le Sud, est désormais enfermée entre des murailles de plus en plus impénétrables. Les habitants, qu’ils soient croyants ou non, qu’ils prient Yawhé, Jésus ou Allah se tournent le dos ou s’entre-déchirent. Ce pays, construit et détruit tant de fois au nom de Dieu, étale les ravages provoqués par le mélange pernicieux de la religion et de la politique.

 

*Arthur Batut (1846-1918) était un photographe français, pionnier de la photographie aérienne automatique. Il est le premier, en 1888, à réussir à prendre une photographie à partir d’un cerf-volant. Il est aussi le créateur du «portrait-type» obtenu en superposant plusieurs portraits de différentes personnes sur une même plaque photographique dans le but d’obtenir l’idéal de la beauté d’une population.