Présentation détaillée et chronologique

Les PP. Jaussen et surtout Savignac se préparaient alors à prendre le relais ; ils deviendront les principaux photographes. Rappelons qu’en 1900, Savignac n’avait que 26 ans et Jaussen 29 ans.

La photothèque s’enrichit rapidement avec les jeunes religieux. Ils photographièrent de manière plus systématique, avec enthousiasme. Les thèmes photographiques se diversifièrent, au fur et à mesure que la jeune École s’insérait en Palestine, par ses excursions comme par ses examens de fouilles de sauvetage, de pillages archéologiques, de travaux de constructions ou d’aménagements, toutes occasions d’aller faire des clichés qui sont souvent, un siècle plus tard, les seuls documents témoignants de tel ou tel monument ou inscription, de tel paysage rural ou urbain, etc.

Quelques thèmes demeurent saillants, suivant l’intérêt que leur portèrent les professeurs en ces années où beaucoup restait encore à explorer. On doit noter une étude photographique systématique des remparts de Jérusalem, les études architecturales appuyées d’une couverture photographique au grand format de monuments célèbres, comme le Harâm d’Hébron – tombeau des Patriarches -, ou la basilique de la Nativité à Bethléem, ou encore le Saint-Sépulcre, l’Éléona sur le mont des Oliviers, etc. La photographie d’architecture prédomine sur la photographie strictement archéologique dans les débuts de l’École, puisque les professeurs n’effectuaient alors pas eux-mêmes de fouilles. Un autre fonds important, austère mais précieux, est celui des clichés épigraphiques. Quant aux clichés ethnographiques, ils viennent du P. Jaussen.

En suivant en gros la chronologie, donnons quelques points de répères, pour l’époque la plus ancienne. L’exploration – répétée – du Sinaï et de la mer Rouge dès 1893 fut une originalité de l’École et de son souci photographique. Cela mena les professeurs jusqu’à Pétra, par l’itinéraire de la Arabah, en 1896, étude où la photographie eu la part belle.

Pour le Négueb, c’est en 1904 qu’une mission fut menée à Abodah (Avdat), avec bien sûr une belle moisson photographique.

De la Transjordanie, il faut mentionner les sites de Jérash et d’Ammân, pris au grand format avant 1914, de même que les Châteaux du désert ; Mâdabâ et sa région sont fréquentées par l’École dès 1892, puis 1897, etc.

La superbe exploration du nord de l’Arabie que menèrent Jaussen et Savignac, de 1907 à 1912, produisit une moisson de clichés remarquable, en parallèle aux estampages des inscriptions, souvent inédites. Dans ces mêmes années, Jaussen effectua ses séjours ethnographiques dans la région de Mâdabâ, d’où le fonds s’enrichit de si beaux clichés.

Une expédition originale se fit tout autour de la mer Morte, sur un navire loué entre Noël 1909 et l’Épiphanie 1910, qui permit à toute une petite équipe de l’École de rapporter bien des clichés originaux sur les rivages accessibles que par la mer et sur les sites riverains, dont déjà Masada. De 1909 à 1911, les fouilles anglaises à Jérusalem furent l’occasion pour le P. Vincent, qui les suivaient systématiquement, de faire intervenir Savignac comme photographe des travaux souterrains de Parker – clichés 11 x 15 prises avec des éclairs au magnésium, technique difficile à maîtriser à l’époque.

En 1914, c’est une expédition de Jaussen et Savignac à Palmyre qui enrichit le fonds sur cette capitale caravanière.

C’est par la consultation des publications de l’École qu’on peut se faire une idée de la diversité de sa photothèque, notamment par son périodique trimestriel, la Revue Biblique, où toutes les explorations sont mentionnées, même si l’illustration en reste sommaire. La liste de ses photographes, au-delà des figures emblématiques que sont Jaussen et Savignac, recoupe celle des professeurs : ainsi des Pères Tonneau, Carrière, Barrois, de Vaux, Benoit, Stève, Prignaud, Humbert et de Tarragon…

La collection ancienne est d’environ 20.000 clichés, peut-être 15.000 négatifs, et 5.000 positifs. Les deux-tiers sont constitués de plaques de verre, soit simples, soit stéréoscopiques. La dernière phase de constitution de la photothèque (jusque vers 1950) voit l’arrivée de la technique qui supplante la plaque de verre, celle du plan-film et des négatifs sur bande (formats 6 x 6 et 24 x 36). Environ 10.000 de ces négatifs sont répertoriés, numérotés et enregistrés dans deux gros registres écrits à la plume ; le reste demeure non inventorié, dans les petites boîtes en cartons d’origine, emballages dans lesquels voyageaient les plaques de verre neuves.

La collection plus récente, pour les 30 dernières années, s’est augmentée du fonds provenant presque exclusivement des fouilles archéologiques, menées en Terre Sainte ou en Jordanie par l’École elle-même. Ainsi des archives photographiques des fouilles de Kh. Qumrân, lieu de découverte des Manuscrits de la mer Morte, ou des fouilles d’Abou Ghosh ou de Tell el-Far’ah, puis de Tell Keisan, et, en Jordanie, de Kh. Samra, d’el-Fedein-Mafraq et de la Citadelle d’Ammân. Ce complément moderne à la photothèque ancienne a un aspect plus technique – archéologie et épigraphie -, la part des excursions diminuant, du fait de la banalisation du tourisme contemporain. Les professeurs aujourd’hui préfèrent – en dehors des fouilles – concentrer leurs efforts sur la sauvegarde photographique de monuments menacés (ainsi des bornes milliaires de la Via Trajana, en Jordanie, ou des stèles funéraires syro-palestiniennes…).

Le fonds ancien est illustré de clichés au format 18 x 24 cm, magnifiques plaques, en excellent état de conservation du fait du climat sec et doux. Les formats 13 x 18, 11 x 15, 10 x 15 et 9 x 12 fournissent aussi une bonne part de ce fonds ancien, ce qui assure une belle qualité d’image. En expédition plus ” légère “, les professeurs étaient parfois amenés à utiliser un format beaucoup plus petit, mais toujours sur plaques de verre, les appareils stéréoscopiques, utilisés surtout avant 1914 par l’équipe Jaussen & Savignac, au format presque carré d’environ 4 cm pour chaque cliché stéréo. Le moyen format vint ensuite s’ajouter, avec des plaques 6 x 9 et les plans-films.

En 1995, le fonds s’est accru du dépôt, par Mgr Richard Mathès, directeur du Notre-Dame Center of Jerusalem, de 1.566 plaques de verre, résidu de la photothèque des Pères Assomptionnistes de Notre-Dame de France. L’École gère ces négatifs, tout en respectant leur identité propre : les plaques ont une numérotation spécifique, sous le sigle NDF. Les dates des photographies anciennes de NDF recoupent en gros celles de l’École biblique, de 1892 à 1930. Siège pour un temps d’une maison d’études pour les séminaristes Augustins de l’Assomption, NDF mènera aussi des excursions biblico-archéologiques, d’où la présence, moins systématique qu’à l’École biblique, de superbes clichés de la région, notamment de Transjordanie. À Notre-Dame de France, la tonalité reste plus anecdotique qu’à l’École biblique : des centaines de clichés montrent des groupes de pèlerins, ou des portraits de dignitaires ecclésiastiques de passage.