Khirbet Qumrân

FOUILLES

Le site de Qumrân © École biblique

1949 : Fouille de la grotte 1
1951 : Première campagne de fouilles sur le site
1952 : Exploration de la falaise conjointe avec l’American School of Oriental Research
1953, 1954, 1955, 1956 : Quatre campagnes de fouilles
1958 : Campagne de fouilles à Aïn Feshkha

Financements et tutelle :
Fouilles conjointes Department of Antiquities of Jordan (Gerald Lankester Harding), École biblique et archéologique française de Jérusalem (Roland de Vaux), et Palestine Archaelogical Museum.
Le projet a été constamment soutenu par le Ministère français des Affaires Etrangères.

DESCRIPTION

Le père Roland de Vaux © École biblique

Jean-Baptiste Humbert, o.p. (École biblique)
« La présence de ruines modestes à Khirbet Qumrân au pied de la falaise occidentale de la mer Morte avait été soulignée par F. de Saulcy, en 1851, qui y avait vu la mythique cité de Gomorrhe, tandis que Clermont-Ganneau avait noté l’étrangeté du cimetière ordonné comme un cimetière moderne.

En 1947, un lot de manuscrits très anciens est apparu sur le marché des antiquités. La découverte coïncide avec la période troublée de la création de l’État d’Israël et l’origine des lots, dans une grotte de la falaise, n’est identifiée qu’en 1949. Une fouille de sauvetage est confiée à l’École biblique dès 1949, et des fouilles ont été menées jusqu’en 1958 sous la direction du dominicain Roland de Vaux. Dans les années qui suivent, d’autres manuscrits issus d’autres grottes ont fait leur apparition. Les falaises sont alors passées au peigne fin en 1952 par des équipes françaises et américaines. La récolte des manuscrits se poursuit jusqu’en 1956.

Les premières publications des manuscrits connaissent un succès retentissant. Ils ont été attribués aux Esséniens, une branche du judaïsme judéen de l’Antiquité, assimilée au parti des Hassidéens qui avait soutenu la révolte des Macchabées contre les Séleucides. D’après les auteurs anciens, dont Pline l’Ancien, Philon d’Alexandrie et Flavius Josèphe, les Esséniens avaient vécu en communauté le long de la mer Morte. Ils témoignent que des hommes y avaient vécu dans le célibat, fort pieux, menant une vie d’ascète avec un idéal de pureté légale. Ils formaient une communauté hiérarchisée dont les membres étaient soumis à une stricte règle de vie. Ils croyaient à l’immortalité de l’âme, à la résurrection, à la prédestination. Le mouvement n’a pas survécu à la destruction du temple de Jérusalem en 70.

Les fouilles de la ruine de Qumrân, au pied des grottes, se sont déroulées sur ce fonds historique, riche et documenté, forçant souvent l’interprétation. Le lien entre la ruine et les grottes était établi puisque les jarres si particulières qui avaient contenu les manuscrits dans les grottes avaient été aussi retrouvées sur le site.

Les rouleaux de Qumrân constituent la collection la plus ancienne et la plus abondante de manuscrits juifs, antiques. Elle a apporté un éclairage nouveau aux textes bibliques et sur l’évolution politique et religieuse du judaïsme hellénistique tardif. Les chercheurs chrétiens y ont vu d’emblée le terreau juif dans lequel s’était enraciné le christianisme.

RÉSULTATS

© École biblique

Jean-Baptiste Humbert, o.p., (École biblique)
« Si dans un premier temps, l’ensemble des manuscrits furent attribués à la secte essénienne de Qumrân, il faut y voir aujourd’hui un assemblage diversifié, éventuellement essénien, mais dont l’origine géographique n’est pas assuré. Il reste admis que les caches dans les grottes, dans une région écartée et désertique, fut le fruit d’une campagne de sauvetage de biens culturels et religieux pendant la menace romaine qui a précédé la destruction du temple en 70.
R. de Vaux, convaincu de l’hypothèse essénienne de Qumrân, a défini trois phases d’occupation du site :
La Période Ia-Ib, vers 150 av. J.-C., est celle de l’installation essénienne puis de son développement continu jusqu’au tremblement de terre en 31av. J.-C.
La Période II correspond à une réinstallation, après le règne d’Hérode, de la communauté dispersée : les bâtiments ont alors été restaurés et entretenus jusqu’à la répression romaine en 68 de notre ère. L’établissement est détruit après que les rouleaux furent cachés dans des grottes de la falaise.
La Période III est celle d’une garnison romaine qui a contrôlé la région jusqu’à la chute de Masada en 73. Une présence est attesté lors de la deuxième révolte (135 ap. J .-C.)

© École biblique

L’interprétation de Roland de Vaux avait articulé savamment le contenu des manuscrits avec les données de l’histoire et de l’archéologie. Il a adopté et favorisé l’hypothèse essénienne. Une telle interprétation qui présentait tous les avantages de la simplicité a convaincu d’emblée et de nombreux chercheurs aujourd’hui l’acceptent encore comme irréfutable. Cependant depuis 50 ans les recherches archéologiques sur la période romaine se sont multipliées dans la région : Jérusalem, Herodium, Jéricho, Masada, Engeddi, Machéronte, etc. En même temps, les acquis historiques se sont étoffés.

Aujourd’hui, une interprétation strictement essénienne a été mise en question. La porte est alors ouverte à des interprétations plus ou moins fantaisistes. Qumrân a été vu comme une villa rustica selon Vitruve, une fabrique de parfums, un port sur la mer Morte, un fortin zélote, le siège du gouverneur, une école de scribes, un atelier de poteries, etc.

L’École biblique poursuit l’examen de la documentation complète laissée par R. de Vaux et son équipe. Si l’interprétation essénienne n’est pas prouvée, elle s’attache à conforter le caractère religieux juif du site archéologique. La chronologie serait plus courte que celle établie dans les années cinquante avec une phase originale aristocratique hasmonéenne suivie d’une installation sectaire. Le caractère religieux de Qumrân serait conforté par la compréhension rituelle des installations qui y sont spécifiques. Qumrân pourrait être un centre sectaire juif où des pèlerins seraient venus célébrer la Pâque, offrir les prémices, enterrer des morts. »

Émile Puech, spécialiste des manuscrits de Qumrân.
« Depuis leur découverte au printemps 1947 par les bédouins et les fouilles des grottes et du site par l’EBAF, la publication officielle de quelques rouleaux et de dizaines de milliers de fragments manuscrits hébreux en diverses écritures (ancienne, araméenne ou cryptiques), araméens en écriture araméenne, et grecs en onciale grecque est maintenant achevée, même si tous les petits fragments n’ont pu encore être insérés et identifiés. Ont été répertoriés des restes de tous les livres de la Bible hébraïque à l’exception d’Esther, de nombreux restes de livres pseudépigraphes et apocryphes, ainsi que des compositions proprement esséniennes retrouvées dans leur milieu même.

Falaises de Qumrân dans lesquelles ont été trouvés les manuscrits © École biblique

Ces copies font connaître divers états du texte biblique avant sa fixation canonique au premier siècle de notre ère, et elles sont d’une très grande importance pour l’histoire de la rédaction des livres. Les autres manuscrits font connaître des rouleaux dans leur langue originelle avant leurs traductions grecques, araméennes, syriaques, éthiopiennes dont on a parfois des témoignages, mais la plupart sont des compositions totalement inconnues, d’où leur grand intérêt. Ces manuscrits permettent une approche entièrement renouvelée des courants sadducéen, pharisien et essénien, bref des judaïsmes, pratiques et croyances avant la venue du Messie Jésus. Comme ces compositions datent des trois ou quatre derniers siècles avant notre ère, apparaissent ainsi plus clairement la continuité et la nouveauté de la prédication de Jésus de Nazareth, inséré dans le milieu culturel palestinien, langues et courants juifs du premier siècle. Leur apport est capital pour l’étude de la rédaction des Evangiles et des livres du Nouveau Testament. Mais il est encore trop tôt pour mesurer toute l’importance de cette découverte dans les études bibliques. »

PUBLICATIONS

Collaboration avec la Faculté de Théologie de Lugano

Grotte 1 © École biblique

En 2015, L’École biblique avec l’Istituto di Cultura e Archeologia delle terre Bibliche – Facoltà di Teologia di Lugano (ISCAB FTL) a chargé le. Dr. Marcello Fidanzio, professeur orientaliste à Lugano de la publication de « l’étude exhaustive des grottes de Qumran, fouilles de R. de Vaux, o.p. ».
Le projet de publication des grottes de Qumrân « reste sous la tutelle scientifique de Jean-Baptiste Humbert, directeur de la publication de l’archéologie de Qumrân ».
Un comité scientifique, dirigé par Jean-Jacques Pérennès, o.p. (directeur de l’EBAF) et René Roux (recteur de FTL), a été mis en place pour superviser le processus de publication. Il est composé de George Brooke, de Florentino García Martínez, d’Adrian Schenker, de Francis Schmidt, de Pnina Shor, d’Emanuel Tov et de Jürgen Zangenberg.
Une conférence internationale The Caves of Qumran s’est tenue à Lugano en 2014. Les Actes sont publiés : M. Fidanzio, ed., The Caves of Qumran: Proceedings of the International Conference, Lugano 2014, STDJ 118, Leiden-Boston: Brill 2016.
Aujourd’hui, le projet entre désormais dans une phase avancée. Les 23 et 25 avril 2017, une rencontre internationale s’est tenue à Lugano pour finaliser l’étude du matériel de la grotte 11Q, qui fera l’objet du premier volume du rapport final, intitulé Qumran Cave 11Q : Archaelogy and New Scrolls Fragments.
D’autres volumes sont prévus à propos des vestiges archéologiques des autres grottes avec ou sans manuscrits.
Les rapports seront publiés par Vandenhoeck & Ruprecht, Göttingen, dans la série NTOA.SA

Trois volumes publiés par Jean-Baptiste Humbert

Vol. I, Album de photographies, Répertoire du fonds photographique, synthèse des notes de chantier du P. de Vaux,
Jean-Baptiste Humbert & Alain Chambon – Fribourg (Suisse), Presse universitaire / Gottingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1994.
Vol. II, Études de physique, de chimie et d’anthropologie,
Fouilles de Khirbet Qumrân et de Aïn Feshkha – Jean-Baptiste Humbert & Jan Gunneweg -Fribourg (Suisse), Presse universitaire / Gottingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2003.
Vol. III, L’archéologie de Qumrân : reconsidération de l’interprétation : les installations périphériques de Khirbet Qumrân,
Fouilles de Khirbet Qumrân et de Aïn Feshkha – Jean-Baptiste Humbert, Jolanta Mlynarczyk & Alain Chambon – Gottingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 2017.


En savoir plus grâce à l’article du fr. Jean-Baptiste Humbert : pour ouvrir le PDF, cliquer ici.