Décès du P. Guy Couturier, c.s.c., ancien président de l’Association des Amis Canadiens de l’École

Le P. Guy Couturier, c.s.c. avait été étudiant de 1957 à 1959 à l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem. Au terme de son séjour à Jérusalem, il participe à la troisième campagne de fouilles menée par l’École à Tell el Farah et c’est là qu’il contracte un virus incurable pour l’archéologie, au côté du P. de Vaux, « dont il gardait un souvenir admiratif ». Il fut aussi professeur invité à l’École Biblique de Jérusalem en 1971.

Il est décédé le 9 mai 2017 à l’âge de 88 ans, il était membre des Religieux de Sainte-Croix. Il est enterré ce mardi 16 mai à la crypte de l’Oratoire Saint-Joseph. Lire l’avis de décès complet.

Particulièrement attaché à l’École biblique « son souvenir lui revenait sans cesse et il en parlait abondamment dans ses derniers jours » explique Michel Gourgues op, vice-doyen de la Faculté de théologie d’Ottawa. Il avait été pendant une dizaine d’années président des Amis canadiens de l’École. Ci-dessous, un texte de présentation prononcé en 2006 à l’occasion de la remise d’un doctorat honoris causa au collège d’Ottawa.

« En recommandant au Collège de décerner un doctorat honoris causa au P. Guy Couturier, la Faculté de théologie désire souligner avant tout une contribution modèle à l’approche scientifique de la Bible, avec tout ce qu’elle requiert de long investissement et de rigueur, dans le respect du statut unique que reconnaît à ce livre la communauté croyante.

   Lorsqu’en 1994, le Professeur Guy Couturier prit sa retraite après 31 ans d’enseignement à l’Université de Montréal, deux ouvrages collectifs lui furent offerts en hommage par des collègues du Canada, d’Europe et des États-Unis. L’un d’entre eux s’ouvrait par une biographie retraçant l’itinéraire intellectuel du Professeur Couturier et rédigée par un confrère de la Congrégation de Sainte-Croix, dont il fut d’abord étudiant avant de devenir collègue et ami. Ce qui frappe en parcourant cette biographie comme le curriculum vitae de Guy Couturier, c’est le caractère unifié et rectiligne de la trajectoire, depuis l’automne 1952 où, entreprenant ses études théologiques à l’Angelicum à Rome, le jeune acadien de Madawaska, destiné dès le point de départ par sa congrégation à l’étude et à l’enseignement de l’Ancien Testament, se plonge déjà avec ardeur dans l’étude du grec et de l’hébreu. Cinq ans plus tard, commencent, pour cinq ans encore, les études spécialisées : d’abord en langues orientales à la John Hopkins University de Baltimore; puis, de 1957 à 1959, à l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem. Juste à ce moment, l’École vient d’attirer l’attention du monde entier : pour une part, elle vient de publier la première édition de l’œuvre monumentale qu’est la Bible de Jérusalem; en outre, l’École a complété l’année précédente (1956) à Khirbet Qumrân, sous la direction du P. Roland de Vaux, les quatre campagnes de la fouille archéologique la plus célèbre du 20e siècle. Au terme de son séjour à Jérusalem, l’étudiant Couturier a lui-même la chance de participer à la troisième campagne de fouilles menée par l’École à Tell el Farah et c’est là qu’il contracte un virus incurable pour l’archéologie. En 1960 – date magique dans l’histoire du Québec – après l’obtention de la Licence en Écriture Sainte et une année de spécialisation supplémentaire en épigraphie suméro-akkadienne à la Sorbonne, le voilà de retour à Montréal, à pied d’œuvre pour entreprendre ce qui se révélera une carrière des plus fécondes dans l’enseignement à tous les cycles d’études dans trois champs principaux : l’histoire et l’archéologie d’Israël, la tradition prophétique et la littérature de sagesse.

     Professeur exigeant, très apprécié, membre de plusieurs associations scientifiques, premier canadien à devenir en 1978 membre de la Commission Biblique Pontificale, auteur de plusieurs articles scientifiques, membre de la Société royale du Canada, le Professeur Couturier reste fidèle à sa passion archéologique : professeur invité à l’École Biblique de Jérusalem (1971), accompagnateur de nombreux voyages d’études en Terre Sainte, qui lui permettent de visiter les sites archéologiques et de suivre, année après année, les progrès des fouilles en cours. Une fois à la retraite, il est rattrapé par une foule d’associations, d’organismes et de conseils d’administration et demeure partie prenante de plusieurs projets contribuant au progrès de la société.

     Le Collège a eu le privilège de pouvoir compter depuis toujours sur son amitié et maintes fois sur sa participation à nos activités académiques. Parmi tous les travaux du Professeur Couturier, certains, parmi les plus importants, ont été rédigés et publiés à l’invitation du Collège, notamment en 1984, lors du Colloque sur l’Altérité ; en 1995, lors de la publication des Mélanges en l’honneur du P. Tillard, dont il fut un confrère à Rome; en 1996, par suite du Colloque sur les Patriarches et l’histoire.

   Père Chancelier, la Faculté de théologie vous recommande de décerner un doctorat honoris causa au P. Guy Couturier, en qui nous reconnaissons de multiples affinités par rapport à notre institution, à notre tradition intellectuelle, à notre conception de l’étude ainsi que du service de la foi et de l’intelligence. Nous désirons rendre hommage en même temps à la compétence, à la rigueur scientifique et à la générosité intellectuelle d’un exégète, d’un enseignant et d’un chercheur qui a mené une carrière universitaire modèle et dont notre milieu peut être très fier. »

 

Michel Gourgues, o.p.