La photothèque, trésor de l’École biblique

Le fr. Jean-Michel de Tarragon est en charge de la photothèque depuis de nombreuses années : le travail est colossal. Il est à l’École biblique depuis 1980, et fut membre et photographe de beaucoup d’expéditions archéologiques. Ce texte est tiré du livre Jérusalem et la Palestine, réalisé sous la direction d’Elias Sanbar, à partir du fonds photographique de l’École biblique, chez Hazan. En savoir plus sur notre photothèque.

Le fonds photographique ancien des dominicains de Jérusalem se trouve au Couvent Saint-Étienne, Protomartyr de Jérusalem, lequel abrite l’École biblique et archéologique française. Juridiquement, il appartient au couvent, donc à la communauté dominicaine, et ultimement, à l’ordre des Prêcheurs.

L’École biblique est un petit institut de recherche, fondé par le père M.-J. Lagrange en 1890 dans les locaux d’une propriété acquise huit ans plus tôt par un groupe de religieux français, à trois cents mètres au nord de la muraille de Jérusalem. Le modèle était à l’époque l’École Pratique des Hautes études de la Sorbonne, d’où lpremier nom de l’institut, École pratique d’études bibliques. Selon l’intuition de son fondateur, l’aspect pratique de la recherche est mis en avant : il s’agit d’étudier la Bible en son contexte, sur place, pour tenir compte de tout l’environnement oriental. Dans le programme annuel des études, la jeune École inclut la découverte des pays de la Bible par le moyen d’excursions régulières, regroupant les étudiants et quelques professeurs. La visite systématique du “terrain” commence bien sûr par la ville même de Jérusalem soigneusement examinée année après année puis de tout le pays biblique, en cercles concentriques.

Le père Séjourné lors d’une excursion © École biblique

À l’époque de la fondation, les frontières n’étant pas aussi contraignantes qu’elles le sont devenues, la “caravane biblique” – ainsi la surnommait-on -, se rendait à cheval ou à dos de chameau en Transjordanie, dans le Hauran, dans les environs de Damas, à Palmyre ou vers le sud, au Naqab, et jusqu’au Sinaï. Ces excursions tenaient lieu de cours. Les professeurs dominicains initiaient les étudiants à la pratique de l’épigraphie, de l’archéologie, de la géographie historique, voire de la géologie. La caravane jubilait lorsqu’elle découvrait par hasard un milliaire romain inédit, une stèle qu’un fella venait montrer, un tombeau au flanc d’une falaise, un fragment de mosaïque : c’était l’occasion de faire, dans l’enthousiasme, des estampages, de dessiner, mesurer, calquer, décrire succinctement – et bien sûr, photographier.

C’est dans ce contexte précis que la pratique photographique de l’École biblique s’est développée. Si elle est restée celle d’autodidactes pour ce qui est de la technique, elle fut, pour les thématiques abordées, celle de professeurs chevronnés, bien au fait de leurs disciplines respectives. Cela donne une coloration toute particulière à ces photographies prises par ou pour des “savants”, et non, comme cela se faisait tant à l’époque, pour l’illustration plus ou moins «  romantique » des thèmes de l’Histoire sainte.

Les photographies ont été faites pour témoigner de la découverte de tel ou tel objet, de l’étude en cours, de la véracité d’un déchiffrement épigraphique, etc. Dans une perspective un peu positiviste, la photo est alors perçue comme une preuve objective complétant le relevé, le dessin. Elle est mise au même niveau que l’estampage, autre preuve indubitable. Certes la dimension artistique apparaît dans ces œuvres, mais comme involontairement : la qualité du regard du religieux photographe, sa culture générale (y compris iconographique), sa sensibilité, y sont pour beaucoup.

La photothèque dans le Couvent Saint-Étienne © École biblique

La clef d’interprétation de la collection est à trouver du côté des publications, effectives ou envisagées. Les photographies sont l’illustration des recherches des dominicains, lesquelles se transmettaient dans des monographies ou dans les articles du périodique scientifique de la maison, la Revue biblique fondée dès 1892, deux ans après le lancement si modeste et si périlleux de l’École elle-même. Les articles sont illustrés de photographies et d’estampages, et aussi, bien sûr, de relevés, de dessins et de croquis, réalisés par les auteurs ou délégués par ceux-ci au plus doué, surtout le père Hugues Vincent. Une belle répartition des tâches se met tout de suite en place, selon les capacités et les goûts des religieux. L’École biblique était animée d’un joyeux esprit d’équipe, sur le terrain comme à la maison. Le père Vincent fait les relevés, les croquis, les dessins, les coupes stratigraphiques ; il se charge aussi souvent des estampages, bien que tous sachent estamper. Paul-Marie Séjourné, puis Bernard Carrière, Antonin Jaussen et Raphaël Savignac, notamment, photographient, avec en parallèle à Savignac vieillissant, Raphaël Tonneau puis, à partir de 1935-1936, Pierre Benoit, et Roland de Vaux.

Les pères dominicains ne signaient guère leurs photos et ne les dataient pas plus puisqu’elles n’étaient destinées qu’aux publications en cours. D’où le casse-tête de l’archiviste aujourd’hui !



Exposition de la photothèque à Nazareth

M. Raphaël Merci, directeur de l’Institut français de Nazareth, a proposé de monter dans son Institut, au plein coeur de la vieille ville de Nazareth, des éléments de l’exposition photographique préparée en 2017 pour les Territoires palestiniens, déjà encadrée et dont les légendes bilingues étaient déjà rédigées.

Le thème est Villages de la Palestine d’autrefois. Au final, 32 des 40 grands tirages ont pu être accrochés à Nazareth, et le vernissage a eu lieu le 9 mars 2018, en présence du fr. Jean-Michel de Tarragon, qui a fait une présentation au public, fort intrigué par ces photographies du patrimoine architectural et rural de la Palestine d’avant 1948.

L’exposition y reste un mois et demi, du 9 mars au 27 avril 2018.



Visite de la communauté d’Abu Gosh à l’Ébaf

Jeudi 15 février, les moniales et les frères de la communauté bénédictine d’Abu Gosh ont honoré l’École biblique et le Couvent Saint-Étienne de leur visite.

Jean-Jacques Pérennès, o.p. directeur de l’École, revient sur cette visite : « Des liens anciens et amicaux existent entre des dominicains de l’École biblique et les deux communautés. Le père De Vaux et Jean-Baptiste Humbert ont fouillé le site d’Abu Gosh. Aujourd’hui, nous nous rendons volontiers visite. Cette visite était exceptionnelle, puisque les deux communautés étaient là, presque au complet, pour toute l’après-midi, afin de mieux connaître ce que nous faisons. D’où une visite complète : bibliothèque, photothèque, musée, École, sans oublier un café qui a permis de mieux expliquer les missions de l’EBAF, dans un climat très amical. »

La communauté habite à une douzaine de kilomètres de Jérusalem, et conserve la mémoire d’un lieu vénéré par certains comme celui du miracle d’Emmaüs. Dans cette magnifique abbaye croisée du village d’Abu Gosh, aujourd’hui domaine français, deux communautés suivent ensemble la règle de Saint Benoît et partagent une même liturgie : branche féminine et branche masculine. Ils louent ensemble Dieu et leur prière s’enracine dans cette Terre Sainte, vivant en deux maisons autour de la grande église.

Ainsi toute la communauté est-elle venue en visite cette semaine, accueillie par le prieur, le directeur : visite de la photothèque, de la bibliothèque, de la basilique, et évidemment du musée et de ses multiples amphores. Puis leur journée s’est achevée par la conférence donnée par le frère Stéphane Milovitch, sur la vénération des Lieux Saints.

Comme l’a expliqué le prieur fr. Dominique, les sorties de communautés sont rares, et d’autant plus rares sont celles qui rassemblent les deux branches, dont le rythme de vie commun est essentiellement liturgique. Ce fut donc un honneur pour le Couvent Saint-Étienne de les recevoir.



Expositions photographiques honorant le monde juif

L’École biblique a participé et participe à deux grandes expositions dans lesquelles figurent plusieurs photographies anciennes provenant des collections du Couvent Saint-Étienne de Jérusalem. Le fr. Jean-Michel de Tarragon, o.p. en charge de la photothèque, nous renseigne :

Festival de Culture juive à Cracovie

“Du 24 juin au 30 septembre 2017, dans le cadre du 27ème Festival de Culture juive de Cracovie, l’École biblique a présenté 51 grands tirages photographiques anciens venant des collections numériques du couvent Saint-Étienne. Le titre donné est Jerusalem in Photographs ou Jerozolima utrwalona. Le thème des photographies est la ville de Jérusalem, sous ses différents aspects culturels et religieux, tel qu’autrefois. Deux de nos grandes cartes géographiques de Jérusalem étaient aussi présentées, datant de 1888 et de 1911. L’accrochage a été fait dans le vaste cloître de l’église dominicaine de la Sainte-Trinité, sur la grand place où se déroulait le reste du Festival de Culture juive.”

Musée juif de Berlin

Père et son fils séminariste arabe melkite © École biblique

“Du 11 décembre 2017 au 30 avril 2019, au Musée juif de Berlin – le Jüdisches Museum Berlin -, se tient une exposition, Jerusalem ist jetzt in Berlin, ou Welcome to Jerusalem, dans laquelle la participation de l’École biblique est de huit grands tirages noir & blanc sur la population non-juive de Jérusalem, notamment chrétienne de rite oriental ; deux des photos sélectionnées représentent les chrétiens semi-nomades de Madaba (Jordanie) ; les autres viennent de la numérisation par l’École biblique de clichés anciens des Pères-Blancs de Sainte-Anne, Jérusalem, mettant en scène des arabes grecs-catholiques, ou melkites.”

Fanfare melkite à Sainte-Anne © École biblique

Musée de Berlin



Les explorateurs de la Bible, le manuscrit de Sokoka

Une idée facile de cadeau pour Noël ? Découvrez cette bande-dessinée pas comme les autres ! En 2015, Arnaud Delalande et Yvon Bertorello ont composé le script d’une bande-dessinée consacrée à l’École biblique et archéologique, et mise en dessin par Alessio Lapo et en couleur par Simona Mogavino. L’occasion de découvrir d’une manière légère cet endroit mythique !

L’équipe est venue passer plusieurs semaines sur place, afin de sentir l’atmosphère du lieu et d’en saisir toutes les couleurs. Ils ont rencontré les éminents chercheurs qui travaillèrent sur les manuscrits de la mer Morte, trouvés à partir de 1947 par des bédouins dans les grottes de Qumrân, puis vendus. « L’arrivée des manuscrits jusqu’à nous est un thriller en soi …» Quelle meilleure accroche pour commencer une bande-dessinée ?

Ils discutent alors abondamment avec le fr. Jean-Baptiste dans son antre d’archéologue, avec l’abbé Émile Puech épigraphiste qui les a « introduit dans le monde secret des Esséniens », avec tous les frères qui leur offrent de nombreuses explications sur la ville et le couvent. Les dominicains, sous d’autres noms, figurent dans le livre : la ressemblance frappante permet aux connaisseurs de plonger rapidement dans l’ambiance, et offre à ceux qui ne les connaissent pas d’enfin mettre un visage sur ces grands noms ! Vous les reconnaîtrez sur les couvertures de l’album, ainsi que le prieur du couvent Saint-Étienne, le Fr. Guy Tardivy à qui revient l’idée de la production de l’album, et le frère Christian Eeckhout, guide de l’équipe et médiateur de la documentation historique et géographique nécessaire à la réalisation et l’illustration de l’album.

La trame ? Une véritable enquête autour de la disparition d’un frère qui venait à peine de découvrir la trace d’un nouveau réseau de grottes, dans laquelle se trouverait peut-être le Trésor du Temple. La convoitise d’un milliardaire malhonnête est aussitôt attisée, et le père est enlevé. Le Vatican envoie deux agents sur place prêter main forte aux dominicains. La course contre la montre commence : qui, entre l’École biblique et l’homme d’affaire autrichien, sera le premier à découvrir où se cache le Trésor du Temple ?

Dans cette histoire, se mêlent fiction et réalité : la fiction se joue dans la découverte d’un nouveau réseau de grotte, mais l’ensemble des autres informations est réel et permet de découvrir la vie unique de ce couvent Saint-Étienne, au cœur de Jérusalem. L’arrivée des dominicains en Terre-Sainte, l’acquisition du lieu archéologique qu’ils habitent – place de la lapidation du protomartyr -, le père Lagrange et l’application de la critique historique à la Bible, la découverte des onze grottes de Qumrân, le travail de titan du père Puech et du frère Jean-Baptiste, la Bible de Jérusalem, la bibliothèque et la photothèque, etc.

Ce livre spécialement composé à l’occasion des 125 ans de l’école et des 800 ans de l’ordre dominicain répondait au projet de faire connaître au plus grand nombre ce qui fonde ce couvent unique, et de revenir sur ses grandes dates et découvertes. Les dessins, très réalistes permettent de visiter en image ce lieu incroyable, et de s’immiscer dans les secrets de l’école, des fouilles archéologiques aux offices religieux !



Délégation de journalistes à l’École et poignée de main avec M. Macron

À l’occasion de la grande exposition organisée par l’Institut du Monde Arabe, « Chrétiens d’Orient, 2000 ans d’histoire » en partenariat avec L‘Œuvre d’Orient, cette dernière organisa un voyage pour une délégation de journalistes représentant les grands médias français. Le but de ce voyage : leur permettre de saisir au mieux le sens de cette exposition, montée , en observant sur place l’origine des pièces exposées. Parmi ces pièces, de nombreuses photographies de la photothèque de l’École.

Les journalistes présents

Le Monde, L’Express, France Inter, Le Figaro, RFI, Télérama, Paris Match étaient représentés, et les journalistes étaient accompagnés par Gilles Gauthier, ancien ambassadeur de la France au Yémen et ancien consul à Alexandrie, et coordonnés par Catherine Lawless, conseillère presse de Jack Lang, et son mari Yves Michaud, historien de l’art et philosophe.

Détentrice de pièces de l’exposition, l’École biblique était donc l’une des étapes prévues. Après un déjeuner en compagnie des frères et chercheurs, les journalistes ont visité le couvent, découvrant les pièces archéologiques et travaux actuels sur la Bible, notamment la Bible en ses Traditions, puis la photothèque et la bibliothèque, et écoutant les récits captivant de la vie d’archéologue du fr. Jean-Baptiste Humbert op, etc. Ils ont enfin bénéficié d’une visite de la Vieille Ville avec le fr. Dominique-Marie op.

Rencontre avec M. Emmanuel Macron

Ces magnifiques photographies valurent au Fr. Jean-Michel de Tarragon de saluer le Président, présent lors de l’inauguration de l’exposition le 25 septembre dernier. Le frère responsable de la photothèque était en effet sur place pour présenter officiellement la collection de photographies de l’École biblique et archéologique.

Fr. Jean-Michel de Tarragon de dos et M. Emmanuel Macron

Présentation des photos de l’École