L’étude des manuscrits, des grottes et des restes archéologiques de Khirbet Qumrân, sur la rive ouest de la mer Morte, a largement contribué à la réputation de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. En 1947, les frères dominicains et notamment le frère Roland de Vaux, o.p., ont été parmi les premiers à être sollicités pour participer aux fouilles.

Archéologues, historiens, biblistes et épigraphistes se sont depuis lors succédé pour tenter d’approcher au mieux de la vérité historique du « Dossier Qumrân », par l’étude des manuscrits antiques comme par l’étude des vestiges du lieu. Aujourd’hui encore, les conclusions varient et les publications continuent de se multiplier. Un jour, peut-être, la science et l’étude nous diront ce qu’était le quotidien des Esséniens et donnera raison aux uns, tort aux autres ou à tous… Qui sait ?



« Les manuscrits de Qumrân sont d’abord un trésor pour la science. Mais l’accès à ces textes, même s’il n’est pas réservé aux savants, reste des plus ardus… Ils jettent une lumière crue sur le judaïsme au tournant de notre ère, et plus précisément sur un judaïsme sectaire donc marginal, volontiers pugnace. Ils pistent les traces que l’on croyait perdues, ou inaccessibles, de la foisonnante littérature juive où ont puisé ceux qui ont décidé ce que contiendrait notre Bible et dans quel ordre ce serait. Ils montrent le tissage des langues et des écritures, reflet du métissage des courants religieux de l’Orient hellénisé. Ils jettent aussi une lumière tamisée sur les origines du christianisme, qui a été conçu à Jérusalem mais qui est né en Égypte, à Rome, à Carthage, à Lyon…

Ainsi, exploitant de fortes similitudes entre des passages des manuscrits communautaires de Qumrân et le Nouveau Testament, quelques savants et une foule de vulgarisateurs ont cru voir l’origine du Nazaréen sur les rives de la mer Morte. Les uns et les autres ont tort. Mais dans une Terre sainte où l’archéologie échoue à montrer des témoins chrétiens avant le IVe siècle, le site de Qumrân est apparu comme l’occasion de débusquer la vie quotidienne au temps de Jésus, le cadre de vie, les habitudes, les ustensiles. Les choses autant que les mots donc. Et la démarche est légitime puisqu’un Jésus juif n’est pas à démontrer. »

Fr. Jean-Baptiste Humbert, archéologue, cité par le journal La Croix à l’occasion d’une exposition Qumrân de la BNF.



« Au printemps 1947, un bédouin de la tribu des Tacamireh qui occupe le désert à l’est de Bethléem, recherchait une chèvre égarée dans les falaises de la région de Qumrân. Fatigué, il se reposa à l’ombre des rochers, lança un caillou en guise de jeu dans un trou en face de lui et il prit peur au bruit d’objets cassés provenant de l’anfractuosité dans laquelle il avait lancé la pierre. Accompagné de son cousin, ils revinrent le lendemain munis de lampe et de cordes. Entrés par le trou assez réduit, ils découvrirent parmi les nombreux tessons qui jonchaient le sol, huit jarres intactes mais vides, à l’exception d’une seule d’où ils retirèrent trois rouleaux. Par la suite ils dégagèrent d’autres rouleaux en plus ou moins bon état et quelques poignées de fragments.

Plutôt embarrassés par la trouvaille, ils apportèrent leur butin chez un antiquaire de Bethléem qui servit d’intermédiaire à la vente de ces vieux écrits, soit au Professeur E.L. Sukenik pour le compte de l’Université hébraïque de Jérusalem, soit à Monseigneur Athanase Josué Samuel, archevêque syrien orthodoxe de Saint Marc à Jérusalem. Tel fut, à l’époque du mandat britannique sur la Palestine, le début d’une aventure à l’importance alors insoupçonnée. Cachette repérée en janvier 1949 par la légion arabe de Jordanie et le capitaine belge Lippens des forces de l’ONU, la fouille de la grotte (qui deviendra par la suite la grotte 1 à manuscrits) fut entreprise en février par le Département des Antiquités de Jordanie, l’École Biblique et Archéologique Française de Jérusalem et le Musée Archéologique Palestinien.

Extrait d’une introduction du Professeur Émile Puech, épigraphiste, à l’occasion des 50 ans de la découverte des manuscrits de la mer Morte.