UN OUVRAGE PRÉFACÉ PAR LE PAPE !

Le livre co-écrit par Thimothy Radcliffe et Łukasz Popko, Domande a Dio, domande di Dio, in dialogo con la Bibbia (2023), publié par la Libreria Editrice Vaticana a été préfacé par le Pape François.

Thimothy Radcliffe et Lukasz Popko

Ce livre explore la Bible à travers les questions qui animent les discussions entre les hommes et les femmes de la Bible et Dieu, et entre Dieu et ces derniers. Il s’adresse à tout chrétien, pas seulement aux théologiens et aux exégètes.

Retrouvez la préface du Pape François en italien sur le site du Vatican.

Retrouvez la préface en français :

Jésus a posé des questions. L’une de ses premières phrases, selon l’évangile de Jean, est la question “Que cherchez-vous ?” adressée aux deux disciples de Jean-Baptiste qui le suivaient. Selon l’évangéliste Luc, la première parole de Jésus fut précisément une question adressée à ses parents, Joseph et Marie : “Pourquoi me cherchez-vous ? Et sur la croix, au terme de sa vie terrestre passée à proclamer la tendresse de Dieu, il s’adresse au Père avec une question : “Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? Cependant, ressuscité, il se présente à Marie-Madeleine avec une double question directe : “Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ?”

Jésus aimait poser des questions. Parce qu’il aimait converser avec les hommes et les femmes de son temps qui se pressaient autour de cet étrange rabbin qui parlait de Dieu et de semailles, du Royaume de Dieu et de trésors dans les champs, de rois qui partent à la guerre et de riches banquets. Ceux qui ont écouté Jésus ont compris que son discours n’était pas un montage rhétorique, mais un appel au cœur, une manière de s’interroger sur son intériorité. Une tentative de percer l’écorce de l’ego pour y faire pénétrer le baume de l’amour.

Ce livre, dont je remercie les auteurs, examine dix-huit des différentes questions que Dieu pose à l’homme et à la femme dans la Bible, et que divers personnages posent à Dieu et à Jésus. La question est un geste humain, un geste particulièrement humain : elle révèle le désir de savoir, de connaître, la nature de chacun d’entre nous de ne pas se contenter de ce qui existe, mais d’aller plus loin, d’atteindre quelque chose, d’approfondir un sujet. Celui qui pose des questions n’est pas satisfait. Celui qui pose des questions est animé d’une agitation qui brille comme un signe de sa vitalité.

Celui qui est fainéant ne pose pas de questions. Celui qui a réponse à tout ne s’interroge sur rien. Il croit avoir la vérité en poche, comme on garde un stylo dans sa poche, prêt à l’emploi. Le bienheureux Pierre Claverie, évêque en Algérie, dominicain comme les auteurs de ce texte, martyr de l’amitié et du dialogue avec nos frères musulmans, aimait à répéter : “Je suis croyant, je crois que Dieu existe. Mais je ne prétends pas le posséder, ni par Jésus qui me le révèle, ni par les dogmes de ma foi. On ne possède pas Dieu. On ne possède pas la vérité”.

Ici, cette recherche, ce désir, cette aspiration se concrétisent dans le fait de poser des questions, d’avoir des questions, d’écouter les questions des autres. Nous le savons bien : la philosophie est née des grandes questions de l’existence : “Qui suis-je ?”, “Pourquoi y a-t-il quelque chose et pas rien ?”, “D’où viens-je ?”, “Où va ma vie ?”. C’est pourquoi le christianisme a toujours soutenu ceux qui posent des questions, parce que – j’en suis convaincu – Dieu aime les questions, les aime vraiment. Je pense qu’il aime les questions plus que les réponses. Parce que les réponses sont fermées, les questions restent ouvertes. Tout comme Dieu est une virgule, a écrit un poète, pas un point : la virgule renvoie à quelque chose de plus, fait avancer le discours, laisse ouverte la possibilité de communiquer. Le point final clôt le discours, met fin à la discussion, arrête le dialogue. Oui, Dieu est une virgule. Et il aime les questions.

Ce livre nous éduque à l’importance de passer nos questions au crible. Celles de la Bible sont belles, provocantes et nous dérangent. Dieu demande à Adam : “Où es-tu ?”. Le Très-Haut interroge Caïn : “Où est ton frère ?”. Marie demande à l’ange : “Comment cela va-t-il se passer ? Jésus interroge les siens : “Qui dites-vous que je suis ? Et enfin, il provoque Pierre : “M’aimes-tu plus que tout cela ? Ici, poser des questions signifie rester ouvert pour recevoir quelque chose qui peut nous transcender. Ne donner que des réponses, c’est rester ancré dans sa propre vision des choses.

Les questions que les auteurs étudient entre les pages de l’Écriture nous donnent aussi une autre leçon : la qualité et la sincérité de notre questionnement. Il y a ceux qui posent des questions pour mettre l’interlocuteur sur la sellette, et ceux qui, comme un enfant s’adressant à ses parents, écoutent sincèrement l’interlocuteur, tout en sachant qu’ils ne savent pas. Parfois, nous interrogeons les gens avec malice, en essayant de mettre l’interlocuteur en danger – s’il répond d’une certaine manière, sa réputation en dépend, s’il répond d’une autre manière, il se trahit. C’est pourquoi les auteurs examinent également certaines questions dans la Bible qui ne sont pas aussi sincères que devrait l’être toute question.

La Parole de Dieu est un grand maître en la matière, car – comme le dit saint Paul – elle est une lame à double tranchant et révèle la vérité du cœur. Et tout en dévoilant notre moi le plus intime, la Parole se révèle capable d’être toujours pertinente : Dieu, dans la Bible, ne parle pas et ne communique pas seulement aux hommes et aux femmes de l’époque où elle a été écrite, mais il parle à tout le monde, à nous aussi. Il parle à nos cœurs agités, si nous savons l’écouter. Les questions que les auteurs analysent et discutent sont toujours d’actualité, elles nous ébranlent même dans notre société numérique, car ce sont les mots que tout cœur non anesthésié peut saisir comme décisifs pour sa propre vie : où en suis-je dans ma vie ? Qu’ai-je fait de mes frères et sœurs en humanité ? Comment se fait-il que Dieu entre dans ma vie ? Pour moi, qui est Jésus ? De l’homme qui s’est appelé Dieu et qui a donné sa vie pour moi, qu’est-ce qui m’importe ?

La Parole de Dieu nous parle encore avec ses questions. Mais elle n’est pas seule. Comme le montre bien ce livre, toute parole authentiquement humaine est imprégnée de la parole divine. Karl Rahner a écrit que “l’auteur en tant que tel est sous l’influence de l’appel de la grâce du Christ et doit donc être chrétien ; être auteur pour un homme est un fait chrétien”. Les pages de ce livre en témoignent : la richesse des références littéraires, poétiques et cinématographiques témoigne d’un foisonnement expressif qui enrichit notre regard sur la foi. Elles nous font mieux comprendre l’affirmation du théologien allemand : lorsqu’elle est vraiment humaine, lorsqu’elle est l’expression de l’authentique intériorité de l’être humain, l’expression artistique devient théophanique, parce qu’elle sait saisir l’essentiel, elle sait donner voix à la grâce, elle est capable de communiquer le mystère. De même que devant une nuit étoilée ou un coucher de soleil, notre cœur ne peut manquer de louer Dieu, de même devant une sonate de Bach ou une page de Dostoïevski, nous acquérons la certitude que le monde est bon et que notre vie a un sens. Tel est le pouvoir de l’imagination humaine : nous mettre en communication avec le divin.

Pour finir, une remarque. Ce livre est imprégné d’humour. Je pense que c’est un élément important et qu’il faut en être doublement reconnaissant aux auteurs. Tout d’abord, parce que l’humour est une expression humaine qui se rapproche de la grâce. L’humour, c’est la légèreté, c’est la douceur, c’est la joie de l’âme et l’espoir. Ceux qui ont de l’humour ont peu de chances de ne pas aimer les autres, de ne pas être généreux, de ne pas relativiser – quelqu’un a écrit avec humour : “Heureux ceux qui savent rire d’eux-mêmes, car ils ne seront jamais à court d’amusement”. En même temps, l’humour, lorsqu’il est vécu par le croyant, montre que la foi chrétienne n’est pas quelque chose de sinistre ou de pédant, qu’elle n’est pas rétro ou dévalorisante. La foi fait briller le visage de ceux qui y adhèrent. L’Évangile donne la joie, la vraie joie, pas une joie éphémère bien sûr, mais une vraie joie sérieuse : celui qui croit est heureux, il n’a pas un visage d’enterrement. C’est un homme heureux, cela se voit sur son visage !

De ce livre, j’entends donc résonner trois appels : que nous, croyants, restions inquiets, toujours capables de poser des questions, et même avec un peu d’humour.