RETOUR A LA SOURCE : L’ÉCOLE BIBLIQUE

Du 9 au 19 septembre 2019, l’École accueillait en son sein la toute première Résidence Qumrân [Lire l’article « Nouvelles de la Résidence Qumrân à l’École biblique »]. Jean-Sébastien Rey, professeur d’Ancien et Nouveau Testament à l’Université de Lorraine, Metz (France), était invité à y prendre part. L’occasion pour le chercheur et ancien étudiant de l’École biblique de se remémorer son parcours universitaire, à la lumière de la riche année qu’il y a passée il y a 16 ans, en 2003-2004.

« La première fois que je suis venu à l’École biblique, c’était dans le cadre d’une demi-bourse de l’École. Je me rappelle très bien : c’était fin mai, je terminais ma maîtrise de théologie et j’avais appris la nouvelle de cette bourse, soudaine et inattendue en raison d’un désistement de dernière minute. Je n’avais pas vraiment les moyens financiers pour compléter la bourse, mais en faisant mes calculs, en supprimant quelques voyages, et avec un cours du dollar très bas cette année-là, ça pouvait marcher… J’avais trois jours pour répondre et préparer le dossier de candidature. C’était une occasion unique pour mon avenir professionnel.

Ce temps à l’École a radicalement changé ma vie. Avec le recul, je réalise que pendant cette année, j’étais passé, sans m’en rendre compte, du statut d’étudiant un peu craintif au statut de chercheur débutant. J’ai fait mon DEA à l’École biblique (Master 2). J’ai travaillé comme un fou, jour et nuit, dans la bibliothèque. Si l’on vient ici, c’est pour bosser, il ne faut pas louper le coche. Je me souviens qu’avec mon ami Jan Dusek (maintenant à l’Université Charles, à Prague), on restait souvent travailler jusqu’à trois, quatre, cinq heures du matin. On faisait des pauses régulières pour aller fumer une cigarette à l’arrière de la bibliothèque.

Mon objectif était de pouvoir décrocher à la fin de l’année un contrat doctoral qui me permettrait de faire une thèse. Lors des auditions des candidats pour le contrat doctoral, je venais de passer une année complètement immergé dans les manuscrits de la mer Morte. Je connaissais donc mon sujet mieux que personne parmi les membres du jury et ça a clairement fait la différence. Passer une année en compagnie des meilleurs spécialistes du domaine (Émile Puech, Jean-Baptiste Humbert, Étienne Nodet), était clairement une chance et une richesse inouïe. Les divergences d’opinions parmi les chercheurs apportent une ouverture d’esprit et montrent que la recherche se fait au travers de la discussion et des contradictions.

J’ai obtenu le contrat doctoral, je me suis inscrit en thèse en cotutelle entre Strasbourg, avec Eberhard Bons, et Leuven, avec Florentino Garcia Martinez. En même temps, Émile Puech m’a toujours accompagné, soutenu, encouragé, tout au long du parcours. Il a relu et corrigé la thèse avec tant d’attention. Finalement, une fois la thèse soutenue, j’ai candidaté et obtenu un poste de Maître de Conférences, puis de Professeur, au département de théologie de l’Université de Lorraine. Il est pour moi tout à fait clair que je n’aurais jamais eu le même parcours académique sans l’expérience de cette année passée à l’École.

Revenir à l’École biblique est toujours pour moi un moment très émouvant. J’y ai étudié d’arrache-pied, j’y ai des souvenirs indélébiles. J’y ai des amis. Certains sont malheureusement partis : Marie-Émile Boismard, François Langlamet, Jerome Murphy O’Connor, et Francolino Goncalvez dont je n’oublierai jamais le rire. J’aime revenir travailler dans la bibliothèque. Rien n’y a changé. C’est comme un lieu intemporel : le bruit de la porte d’entrée, l’odeur des livres, les tables. J’aime y travailler la nuit. J’aime éteindre toutes les lumières le soir et sortir quand il n’y a plus personne, dans le noir, dans le silence au milieu de tous ces livres. Quand je reviens à l’École, j’ai l’impression de revenir dans une maison d’enfance, cette vieille maison de famille où rien n’a changé. L’École, c’est un peu ma madeleine de Proust. »