Vidéo : jeudi de l’ÉBAF avec le frère Jakub Bluj

Le jeudi 5 mars, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem a organisé une conférence dans le cadre de la série « Les jeudis à l’ÉBAF ». Le frère Jakub Bluj, op, docteur en études de l’Ancien Testament à l’École biblique, a présenté une conférence en anglais intitulée « Metamorphoses of an Ancient Text: Different language forms of Sir 37:7–15 as a Test Case ».

Cette conférence portait sur un phénomène bien connu des spécialistes des textes anciens : la pluralité des formes linguistiques d’un même passage biblique. Le fr. Jakub a examiné le passage de Sirach 37, 7-15 comme un véritable « cas test », donnant un aperçu de la manière dont un texte ancien pouvait circuler et se transformer à travers différentes traditions linguistiques.

Le livre de Sirach, conservé dans plusieurs langues et transmis dans diverses traditions textuelles, offrait un terrain particulièrement riche pour observer ces transformations. En comparant les différentes formes du texte – issues de l’hébreu, du grec et d’autres traditions anciennes –, la conférence a montré comment ces variantes pouvaient éclairer à la fois l’histoire de la transmission du texte et les processus d’interprétation qui ont accompagné sa réception au fil des siècles.

À travers cet exemple précis, le fr. Jakub a également proposé une réflexion plus large sur la manière dont les textes bibliques évoluent au cours de leur transmission, et sur ce que ces « métamorphoses » du texte révèlent de la vie intellectuelle et religieuse des communautés qui les ont copiés, traduits et interprétés.

La vidéo est désormais disponible sur notre chaîne YouTube. Nous vous souhaitons un agréable visionnage :

Je soutiens l’ÉBAF. Je fais un don.

La bibliothèque de l’ÉBAF est fermée

En raison de l’état d’urgence, la bibliothèque de l’ÉBAF est fermée au public non résident.

Elle rouvrira dès la levée des mesures de sécurité par le Home Front Command.

Merci de votre compréhension.

À Jérusalem, prière et étude pendant les frappes contre l’Iran

JÉRUSALEM — Alors que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran tôt samedi matin, les frères dominicains de l’École Biblique et Archéologique Française à Jérusalem ont reçu une alerte gouvernementale pendant la prière du matin leur demandant de se mettre à l’abri.

« Pour faire court, pour résumer une longue histoire, ce matin nous avons reçu une alerte juste en sortant de la prière du matin », a déclaré fr. Olivier Poquillon, OP, directeur de l’École Biblique. « Ici, vous avez sur votre téléphone portable un système : le gouvernement vous demande d’aller à l’abri. Nous sommes donc allés à l’abri tous ensemble. »

L’alerte faisait suite à ce que fr. Olivier a décrit comme « une attaque préventive contre l’Iran avec l’aide des États-Unis », lancée par l’État d’Israël dans un contexte de craintes de représailles.

L’École, située à Jérusalem-Est, abrite environ 50 personnes, dont des frères, des sœurs polonaises, des étudiants et des chercheurs provenant de plusieurs pays. « C’est une grande maison avec des parcours différents », a-t-il dit. Malgré l’escalade, la communauté a poursuivi son travail académique. « Nous sommes descendus et nous avons continué à étudier parce qu’ici les gens viennent pour étudier, pour étudier la Bible. »

L’escalade marque un nouveau chapitre de ce que fr. Olivier a appelé « la troisième année de cette guerre », après les attaques du 7 octobre et le conflit régional plus large. L’École avait récemment repris une activité normale, accueillant des chercheurs ainsi qu’une visite canonique du Maître de l’Ordre.

Fondée au XIXe siècle, l’École a fonctionné sous plusieurs autorités politiques. « Notre mission ici à Jérusalem a commencé au XIXe siècle. C’est donc le quatrième gouvernement sous lequel nous vivons », a-t-il déclaré. « Nous avons commencé sous les Ottomans, puis nous avons eu les Britanniques, ensuite les Jordaniens, et maintenant nous avons l’État d’Israël, mais nous sommes à Jérusalem-Est, ce qui signifie que selon le droit international, c’est un territoire palestinien. C’est donc une situation complexe, comme tout au Moyen-Orient. »

« Notre camp est le camp de l’humanité »

Fr. Olivier a souligné que la communauté ne prend pas position politiquement. « On nous demande souvent de prendre parti par les différents acteurs », a-t-il dit. « Mais en tant que chrétiens, notre camp est le camp de l’humanité, en particulier des plus faibles. C’est la doctrine sociale de l’Église. » Bien que l’École soit « une institution académique, ouverte à tous avec un héritage français », a-t-il ajouté, « nous ne voulons pas prendre parti dans le débat politique, mais dans le débat humanitaire et anthropologique. »

Après trois années de conflit, il a reconnu la fatigue parmi la population. « Oui, c’est une troisième année pour nous, donc les gens commencent à en avoir assez », a-t-il dit. « Je suppose que beaucoup de personnes voudraient que la violence cesse, mais ces personnes ne sont pas celles qui sont au pouvoir, celles qui décident. »

La réponse de l’École, a-t-il dit, demeure cohérente avec la tradition dominicaine. « Notre mission dans un monde très dominé par les émotions est de ramener la raison », a-t-il déclaré. « Cela correspond beaucoup à la tradition dominicaine… Nous essayons de continuer à étudier la Bible, non pas pour être un instrument de guerre, mais pour être un outil de paix. »

Étudier pour construire la paix

Il a décrit la bibliothèque de l’École — qui compte 460 000 volumes — comme étant à la fois un centre de recherche et, concrètement, un abri. « J’encourage les étudiants et les frères à étudier à la bibliothèque parce que la bibliothèque est souterraine. C’est donc un abri en soi », a-t-il dit. « Vous êtes protégés par les murs, par la terre, la terre de la Terre Sainte, et par des tonnes de livres. »

Le travail de l’École, a-t-il expliqué, consiste à « confronter le texte et le contexte. Le texte signifiant la Parole qui s’est incarnée dans un lieu et dans une histoire. » Il a ajouté que Jérusalem elle-même est un lieu marqué par le conflit : « Il a choisi de s’incarner… dans ce lieu précis, non pas parce qu’il était pur et beau, mais parce qu’il était d’une certaine manière désordonné, parce qu’il était au cœur d’un conflit. »

Concernant la sécurité, fr. Olivier a déclaré : « Je ne considère pas que le risque physique ici à l’École soit très élevé. Nous prenons toutes les mesures nécessaires. Nous suivons les conseils donnés par les autorités israéliennes et consulaires de tous les pays avec lesquels nous sommes en relation. » Il a ajouté : « La résilience pourrait être une devise pour l’École. »

Espérance pour l’avenir

L’espérance, toutefois, est difficile à mesurer en termes extérieurs. « Si vous regardez à l’extérieur, l’espérance est assez limitée », a-t-il dit. Il a noté que l’École est responsable d’importantes fouilles archéologiques à Gaza, où la violence continue. « Nous sommes ici à quelques kilomètres de personnes qui souffrent profondément », a-t-il déclaré, faisant également référence aux communautés chrétiennes en Cisjordanie.

« Nous ne croyons pas que la violence puisse être vaincue par la violence », a-t-il dit. « Nous croyons vraiment que l’ennemi est le diable. L’ennemi est à l’intérieur. Il n’est pas à l’extérieur de nous. »

La communauté s’est réunie pour la messe dans l’abri plus tard dans la journée. « Nous avons décidé de déplacer l’autel dans l’abri et nous avons célébré la messe », a-t-il dit. En utilisant une messe votive « pour le temps de guerre », ils ont prié « en demandant la paix et la réconciliation. »

« La paix et la réconciliation commencent à l’intérieur, et cela doit être un engagement personnel avant de devenir communautaire », a-t-il déclaré.

Soutenir l’École

Fr. Olivier a demandé la solidarité dans la prière. « Tout d’abord, nous avons vraiment besoin de vos prières, non pas de vos prières pour un petit club de bons gars. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres », a-t-il dit. « Mais ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’avoir une chaîne de prière pour la paix dans la région. »

Il a également indiqué que les soutiens peuvent contribuer financièrement par le site internet de l’École, ebaf.edu.

« Construire la communion à l’intérieur de la maison dans la communauté dominicaine, mais aussi dans la communauté académique avec les croyants, les non-croyants… et à l’extérieur avec les juifs, les chrétiens, les musulmans », a-t-il dit, demeure central dans leur mission. « Nous avons une origine commune et une responsabilité partagée. »

Alors que la région fait face à une violence renouvelée à la suite des frappes américano-israéliennes et des représailles iraniennes, l’École Biblique continue sa vie académique et communautaire — étudiant, priant et maintenant ce que son directeur a décrit comme une résilience au milieu de l’incertitude.

Cet article est repris du site officiel de l’Ordre des Prêcheurs.

Jeudis de l’ÉBAF, Mettre Theudas à sa place : des anachronismes dans l’interprétation d’un anachronisme ancien

Jeudi 26 février a eu lieu la conférence du fr. Anthony Giambrone, op, professeur de Nouveau Testament à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem : Putting Theudas in His Place (Acts 5:34–39): Anachronisms in the Interpretation of an Ancient Anachronism.

Dans le discours de Gamaliel, un certain Theudas est évoqué pour inviter le Sanhédrin à la prudence face aux apôtres (Ac 5, 34-39), les historiens ont depuis longtemps relevé une tension chronologique : la figure de Theudas apparaît chez Flavius Josèphe à une époque qui semble postérieure à celle du récit lucanien.

Par delà la difficulté historique, comment cette question a-t-elle été formulée au fil des siècles et dans quelle mesure certaines lectures modernes projettent sur les textes bibliques des attentes historiographiques qui ne correspondent pas aux pratiques antiques. Où se situe l’« anachronisme » ?

Dans l’interprétation ou dans le texte lui-même? En replaçant le passage dans le contexte de la culture littéraire et historiographique du Ier siècle, le fr. Anthony a montré comment l’auteur des Actes utilisait des figures connues de mouvements messianiques pour élaborer une argumentation narrative et théologique.

L’épisode de Gamaliel est alors apparu moins comme une erreur de chronologie que comme un élément rhétorique destiné à situer le mouvement chrétien naissant dans l’histoire religieuse d’Israël et à en suggérer le discernement : ce qui vient de Dieu ne peut être détruit.

Nous avons été très heureux d’accueillir parmi nous à cette occasion le Maître de l’Ordre des Prêcheurs, le frère Gerard Francisco Timoner III, venu de Rome pour une visite canonique.

Aucune vidéo de cette conférence ne sera publiée, car elle constitue la base d’un article à paraître prochainement dans une revue universitaire.

Je soutiens l’ÉBAF: je fais un don ici

Carême 2026 : messe avec imposition des cendres

Demain, mercredi 18 février 2026 à 12h, la communauté des dominicains du couvent Saint-Étienne vous invite à la rejoindre pour entrer dans le temps du Carême.

Une messe avec imposition des cendres sera célébrée à l’église du couvent, la basilique de Saint-Étienne Protomartyr, à Jérusalem.

Tous sont les bienvenus pour commencer ce chemin spirituel de prière, de jeûne et de conversion.

Soutenance de thèse à l’École biblique – L’espace synagogal dans Luc et les Actes des Apôtres

Lundi 16 février 2026, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem a accueilli la soutenance d’un doctorat en Écritures saintes. Fabrizio Marcello, prêtre du diocèse de Bologne, a présenté sa thèse intitulée Spatializing Religion: The Rhetoric of Synagogue Space in Luke-Acts and Philo of Alexandria.

L’événement a réuni un public mixte d’étudiants, de chercheurs, de religieux, de membres de la famille et d’amis de l’École venus de Jérusalem, d’Italie ou de l’Institut Catholique de Paris où Fabrizio enseigne le Nouveau Testament.

La soutenance s’est tenue devant un jury international composé du fr. Olivier Poquillon, directeur de l’École, du fr. Anthony Giambrone, directeur de la thèse, ainsi que des professeurs Knut Backhaus (LMU Munich), Yunus Demirci, ofmCap (École biblique) et Michael Cover (Marquette University).

Le travail présenté articulait l’exégèse néotestamentaire et l’étude du judaïsme ancien. Comment l’espace de la synagogue fonctionne-t-il comme un lieu rhétorique et théologique dans l’œuvre lucanienne (Évangile de Luc et Actes des Apôtres), en dialogue avec les écrits de Philon d’Alexandrie ? La synagogue est-elle seulement un cadre narratif ou historique, ou un dispositif littéraire structurant ? En organisant la proclamation, ne définit-elle pas les auditoires et ne participe-t-elle pas à la compréhension même de la mission chrétienne naissante dans son rapport au judaïsme ?

L’exposé du candidat a ouvert la porte à des échanges sur la méthode comparative entre sources juives hellénistiques et textes néotestamentaires, sur l’usage de la rhétorique spatiale dans l’Antiquité, ainsi que, notamment, sur les implications historiques et théologiques de cette lecture. Le dialogue avec le jury a permis de préciser la portée herméneutique du travail et d’en souligner les apports pour l’étude des relations entre judaïsme et christianisme aux premiers siècles.

Au terme de la délibération, le jury a salué la qualité scientifique de la recherche, sa rigueur philologique et sa contribution originale à l’interprétation de Luc-Actes, décernant au candidat la mention summa cum laude. À cette occasion, le nouveau docteur a reçu les félicitations du cardinal Matteo Zuppi, son archevêque et président de la conférence épiscopale italienne.

Première de la nouvelle formule du doctorat proposé par l’ÉBAF, cette soutenance a constitué un moment important de la vie académique de l’École, illustrant sa vitalité au carrefour du texte et du contexte.

L’École biblique et archéologique française de Jérusalem adresse à Fabrizio ses félicitations les plus chaleureuses pour l’aboutissement de ce travail doctoral et ses meilleurs vœux pour sa carrière académique.

Les thèses sont accessibles à la bibliothèque de l’ÉBAF.

Je soutiens l’ÉBAF : je fais un don.

Vidéo : Jeudi de l’ÉBAF avec fr. Stéphane Milovitch

Vénération et liturgies au Saint-Sépulcre : une basilique bi-polaire

Jeudi 22 janvier 2026, à 18h00, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem a eu la joie d’accueillir le frère Stéphane Milovitch, OFM, liturgiste et ancien « président de la communauté du Saint-Sépulcre », pour la conférence :

« Vénération et liturgies au Saint-Sépulcre : une basilique bi-polaire ».

Lieu unique dans l’histoire chrétienne, le Saint-Sépulcre est à la fois espace architectural, sanctuaire de la mémoire évangélique et théâtre vivant d’une pluralité de rites. Il concentre, en un même lieu, la vénération des lieux de la Passion et de la Résurrection, et une coexistence de célébrations liturgiques complexes, expressions de différentes traditions chrétiennes.

Pourquoi peut-on dire que cette basilique fonctionne selon une logique bi-polaire ? Lieu de dévotion et de pèlerinage, marqué par des gestes de vénération parfois très anciens, mais aussi espace liturgique structuré par des rites précis, inscrits dans des traditions ecclésiales distinctes mais cohabitant dans un cadre commun.

À travers une approche historique de la liturgie, le frère Stéphane a proposé une analyse des équilibres — souvent fragiles — entre pratiques rituelles, usages immémoriaux et régulations institutionnelles. Le Saint-Sépulcre est ainsi apparu comme un laboratoire vivant où se donnent à voir, de manière particulièrement intense, les tensions entre unité du lieu saint et pluralité des expressions liturgiques.

Je soutiens l’ÉBAF : je fais un don.

Vidéo : Jeudi de l’ÉBAF avec Christophe Rico

Nous nous sommes retrouvés à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem pour la première conférence de l’année, le jeudi 15 janvier 2026 à 18h, dans la salle de conférence de l’ÉBAF.

Christophe Rico, professeur de grec à l’ÉBAF et fondateur de l’Institut Polis, a exploré ce passage du livre de Job :

« Je sais que mon rédempteur est vivant et qu’au dernier jour, c’est de la terre que je ressusciterai. » (Job 19,25 – Vg)

À travers le dialogue entre la tradition grecque et la réception chrétienne, le professeur Rico nous a invités à réfléchir à l’intersection entre l’exégèse et la théologie, entre l’espoir de la rédemption et celui de la résurrection.

Je soutiens l’ÉBAF : je fais un don.