Jeudi de l’ÉBAF – 22 janvier – avec fr. Stéphane Milovitch

Vénération et liturgies au Saint-Sépulcre : une basilique bi-polaire

Jeudi 22 janvier 2026, à 18h00, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem aura la joie d’accueillir le frère Stéphane Milovitch, OFM, liturgiste et ancien « président de la communauté du Saint-Sépulcre », pour la conférence :

« Vénération et liturgies au Saint-Sépulcre : une basilique bi-polaire ».

Lieu unique dans l’histoire chrétienne, le Saint-Sépulcre est à la fois espace architectural, sanctuaire de la mémoire évangélique et théâtre vivant d’une pluralité de rites. Il concentre, en un même lieu, la vénération des lieux de la Passion et de la Résurrection, et une coexistence de célébrations liturgiques complexes, expressions de différentes traditions chrétiennes.

Pourquoi peut-on dire que cette basilique fonctionne selon une logique bi-polaire ? Lieu de dévotion et de pèlerinage, marqué par des gestes de vénération parfois très anciens, mais aussi espace liturgique structuré par des rites précis, inscrits dans des traditions ecclésiales distinctes mais cohabitant dans un cadre commun.

À travers une approche historique de la liturgie, le frère Stéphane proposera une analyse des équilibres — souvent fragiles — entre pratiques rituelles, usages immémoriaux et régulations institutionnelles. Le Saint-Sépulcre apparaît ainsi comme un laboratoire vivant où se donnent à voir, de manière particulièrement intense, les tensions entre unité du lieu saint et pluralité des expressions liturgiques.

Entrée libre.

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Vidéo : « Je sais que mon rédempteur est vivant » – Jeudi de l’ÉBAF, 15 janvier 2026 à 18h, par Christophe Rico

Nous nous sommes retrouvés à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem pour la première conférence de l’année, le jeudi 15 janvier 2026 à 18h, dans la salle de conférence de l’ÉBAF.

Christophe Rico, professeur de grec à l’ÉBAF et fondateur de l’Institut Polis, a exploré ce passage du livre de Job :

« Je sais que mon rédempteur est vivant et qu’au dernier jour, c’est de la terre que je ressusciterai. » (Job 19,25 – Vg)

À travers le dialogue entre la tradition grecque et la réception chrétienne, le professeur Rico nous a invités à réfléchir à l’intersection entre l’exégèse et la théologie, entre l’espoir de la rédemption et celui de la résurrection.

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Décès du P. Justin Taylor, SM

Hommage de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem

Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès du P. Justin Taylor, SM, survenu le 6 janvier 2026 à Herne Bay (Nouvelle-Zélande), à l’âge de 82 ans.

Né le 26 août 1943 à Wellington (Nouvelle-Zélande), Justin Taylor fut formé par les Sœurs brigidines et les Pères maristes à St Patrick’s College. Il entra au séminaire mariste de Greenmeadows en 1960, prononça sa profession religieuse le 7 janvier 1963 et fut ordonné prêtre le 2 juillet 1966. Après des études linguistiques en France et en Allemagne, il poursuivit une formation universitaire en histoire à l’Université de Cambridge, où il obtint un doctorat et fut Research Fellow du Downing College.

Le P. Justin entretint un lien durable avec l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Il y séjourna d’abord comme chercheur au cours des années 1983–1984, puis 1985–1986, avant de rejoindre le corps professoral de l’École à partir de 1988. Spécialiste du Nouveau Testament et des origines chrétiennes, disciple du P. Boismard pour la critique textuelle, il y mena une activité soutenue de recherche, d’enseignement et de publication. Il dirigea notamment des séminaires sur les Actes des Apôtres (en compagnie d’Étienne Nodet) et sur la manière de lire le Nouveau Testament comme une littérature issue du judaïsme de la période du Second Temple (en compagnie d’Olivier-Thomas Venard et de Serge Ruzer à l’Université hébraïque de Jérusalem), mettant en lumière l’inscription des premières communautés chrétiennes dans leur environnement juif et historique.

De 2007 à 2010, il assuma la charge de vice-directeur de l’École biblique, après avoir été engagé pendant plusieurs années à Rome au service de l’administration générale de la Société de Marie. Il accepta aussi d’être le premier directeur du Comité éditorial de La Bible en ses Traditions. Tout au long de sa carrière, il fut également sollicité pour des conférences, des retraites et des travaux de recherche, en Nouvelle-Zélande, en Australie et dans plusieurs provinces maristes.

Parallèlement à ses travaux exégétiques, le P. Justin consacra une part importante de ses dernières années à la recherche historique et spirituelle. Il fut notamment l’auteur de la biographie de Jean-Claude Colin, fondateur de la Société de Marie (Jean-Claude Colin, Reluctant Founder, 1790–1875), publiée en 2018, suivie d’une version abrégée traduite en plusieurs langues. En 2020, malgré une santé déclinante, il devint membre consultant du Colin Cause Network, contribuant encore activement à ce travail jusqu’à ses dernières années.

L’École biblique et archéologique française de Jérusalem garde le souvenir reconnaissant d’un enseignant rigoureux, d’un chercheur attentif aux sources et d’un religieux discret, profondément engagé au service de la recherche biblique et de la formation intellectuelle. Elle s’unit dans la prière à sa famille religieuse et à ses proches, et confie le P. Justin Taylor à la miséricorde de Dieu.

Requiescat in pace.

Célébrer Noël en Terre Sainte

C’est dans un climat de recueillement, de joie, de fraternité et, cette année, d’espérance que les frères, étudiants et chercheurs de l’École biblique et archéologique française ont célébré les fêtes de la Nativité.

Alors que les lectures du temps de l’Avent redisaient l’attente impatiente de la naissance, la généalogie du Christ est venue proclamer dans la joie le mystère de l’Incarnation du Christ. En ce 24 décembre 2025, l’encensement de la figure de l’Enfant Jésus déposé dans la crèche par le fr. Bernard Ntamak-Songé est venu réaffirmer le lien entre les éléments de notre vie quotidienne et le Salut du monde.

La nuit du 24 décembre a été inaugurée par une liturgie solennelle, avec les vêpres chantées, suivies de la messe de la Nuit de Noël, animée par la chorale. Au début de la célébration, présidée par le frère Bernard Ntamak-Songé, la crèche a été inaugurée par le geste symbolique du dépôt de l’Enfant Jésus, rappelant le mystère central de l’Incarnation. À l’issue de la messe, un temps de convivialité a permis aux fidèles de se retrouver et d’échanger autour d’un chocolat chaud, prolongeant la joie liturgique dans une atmosphère fraternelle.

Aux environs de minuit, un groupe s’est rendu à Bethléem pour participer à une nouvelle célébration dans la basilique de la Nativité. L’accès à la Grotte de la Nativité a offert à chacun la possibilité de vivre un moment de prière particulièrement fort, simple et profondément marquant, au plus près du lieu traditionnel de la naissance du Christ.

Le jour de Noël, la fête s’est poursuivie avec la célébration de la messe au cœur de la journée, suivie d’un repas partagé dans la joie. Ces temps de table et de rencontre, essentiels à la vie communautaire, ont permis de vivre concrètement la dimension fraternelle de la fête. En soirée, des chants de Noël ont accompagné la récréation, dans un esprit de simplicité, sans oublier la conscience aiguë que la paix demeure fragile et inégalement vécue dans le monde, et tout particulièrement dans la région.

Le 26 décembre, à l’occasion de la fête de saint Étienne, a eu lieu à l’École biblique et archéologique française la messe consulaire annuelle, un moment fort du calendrier liturgique et ecclésial à Jérusalem. Cette célébration a rassemblé de nombreux fidèles, parmi lesquels des habitants de la ville et des visiteurs de passage, ainsi que le Consul général de France à Jérusalem, M. Nicolas Kassianides, représentant officiel de la République française dans la région.

Présidée par le frère Stanisław Gurgul, nouveau prieur de la communauté, et entourée de nombreux prêtres, la messe du protomartyr Étienne, portée par le chant de la chorale, a offert un temps de prière solennel et d’unité. À l’issue de la célébration, un temps de convivialité a réuni fidèles et participants devant l’église, avant que les festivités ne se prolongent au réfectoire. M. Kassianides s’est alors joint à la communauté pour le repas festif et a adressé quelques mots, dans une atmosphère joyeuse.

Ces célébrations de Noël à Jérusalem ont été l’occasion de rendre grâce pour le don de la foi, pour la beauté de la liturgie vécue sur les Lieux saints, et pour la communion fraternelle qui unit la communauté de l’ÉBAF, les fidèles de la Ville Sainte et les visiteurs de passage. Dans un contexte marqué par l’incertitude, elles ont rappelé la source de l’espérance chrétienne : la naissance du Prince de la paix.

Pour Noël, je soutiens l’ÉBAF : je fais un don

La période de Noël est l’occasion de jeter un regard sur tout le travail accompli au cours de l’année écoulée et de prendre quelques bonnes résolutions pour poursuivre l’effort. L’ÉBAF ne fait pas exception. En ce 135ᵉ anniversaire de sa fondation par le P. Père Marie-Joseph Lagrange, nous poursuivons la mission qui nous est confiée au carrefour de foi et raison, croisant les disciplines scientifiques pour développer la recherche de haut niveau au service de tous.

Pour que cette mission continue, nous avons besoin de vous.

Votre générosité permet de :

• compléter et enrichir notre bibliothèque spécialisée et son catalogue d’exception, véritable trésor pour l’étude biblique, archéologique et d’histoire du Proche-Orient.
• entretenir la basilique Saint-Étienne et les bâtiments historiques de la plus ancienne institution académique de Terre Sainte.
• financer des bourses d’études pour former chercheurs et enseignants venus des cinq continents.
• soutenir les recherches bibliques et archéologiques en Terre Sainte ainsi que les publications scientifiques.
• soutenir la communauté d’une vingtaine de frères dominicains qui étudie et prie aux portes de Jérusalem.

Pourquoi donner maintenant

Noël est le temps de la générosité et du partage. Votre don est un geste de solidarité et de soutien à la recherche scientifique et à la vie des chrétiens en Terre Sainte.

En donnant avant la fin de l’année, vous permettez à l’École de préparer ses projets pour 2026 – conférences, fouilles, bourses, entretien du site – et de commencer la nouvelle année avec confiance. Par ailleurs, effectués avant la fin de l’année, vos dons peuvent vous faire bénéficier de déductions fiscales.

Chaque contribution, modeste ou plus importante, a un impact réel sur la vitalité de nos missions.

Comment donner

Vous pouvez faire un don avec ou sans reçu fiscal.

Pour cela, il vous suffit de cliquer ici : Je fais un don

Vous pouvez également contacter le secrétariat de l’ÉBAF :
secretariat@ebaf.edu
+972 (0)2 535 90 50

Merci pour votre générosité et Joyeux Noël !

En cette fin d’année, en soutenant l’ÉBAF, vous devenez partenaire d’un travail essentiel : approfondir la connaissance de l’Écriture, encourager la recherche et préserver un héritage au service des générations à venir.

Célébrations de Noël 2025 à la Basilique Saint-Étienne

La communauté dominicaine de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem a la joie de vous inviter à célébrer la Nativité du Seigneur dans la basilique Saint-Étienne, au cœur de la Ville sainte.

En ces jours où resplendit la lumière du Verbe fait chair, nous vous accueillons pour vivre ensemble la joie de Noël et rendre grâce pour le salut donné au monde.

Nous vous proposons le programme suivant :

Horaires Noël 2025

Mercredi 24 décembre
• 21h30 : Vigiles de la Nativité
• 22h30 : Messe solennelle de nuit de la Nativité

Jeudi 25 décembre
• 11h30 : Messe solennelle du jour de la Nativité

Vendredi 26 décembre
• 10h30 : Messe consulaire solennelle de la Saint-Étienne

Que cette fête vous apporte la paix, la lumière et l’espérance du Christ Sauveur.

Bienvenue à tous !

Vidéo : Jeudi de l’ÉBAF – 11 décembre 2025, « Les rabbins faiseurs de miracles : un processus de ‘hassidisation’ des Sages ? » par le frère Olivier Catel, op.

Jeudi 11 décembre 2025 à 18h, s’est tenue à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem une nouvelle séance des « Jeudis de l’ÉBAF ». Le frère Olivier Catel, assistant en littérature et exégèse juives, y a donné une conférence intitulée : «Les rabbins faiseurs de miracles : un processus de “hassidisation” des Sages ?».

Nous avons exploré la figure des rabbins thaumaturges — ces sages du judaïsme rabbinique à qui étaient attribués des miracles ou des signes extraordinaires — et nous avons interrogé l’hypothèse selon laquelle ce phénomène pourrait avoir résulté d’un processus de « hassidisation », c’est-à-dire d’une influence ou appropriation ultérieure de la tradition hassidique ou mystique par des traditions rabbiniques plus anciennes. À travers l’analyse de sources textuelles anciennes, l’étude des récits talmudiques et des traditions juives postérieures, il s’agissait de déterminer si l’image du rabbin miraculeux se dessinait déjà dans l’Antiquité juive ou si elle relevait d’un héritage tardif, fruit de transformations culturelles et religieuses.

Docteur en lettres modernes de l’Université de Lyon III, titulaire d’un master « Bible and the Ancient Near East » de l’Université hébraïque de Jérusalem, Olivier Catel y termine une deuxième thèse en « Talmud et loi juive », portant sur le jeûne dans les littératures chrétienne ancienne et rabbinique.

À l’ÉBAF, fr. Olivier intervient comme assistant en littérature et exégèse juives et participe activement au comité éditorial du programme « La Bible en ses Traditions » (BEST), qui vise à produire des éditions critiques et commentées de l’Écriture, en croisant les traditions juives et chrétiennes dans une perspective historique, philologique et théologique.

Cette conférence s’adressait à toutes celles et ceux qui cherchent à mieux comprendre les dynamiques internes au judaïsme rabbinique, l’évolution des représentations spirituelles et miraculeuses, ainsi que la réception de modèles religieux à travers les siècles.

Vous aussi, vous pouvez soutenir la recherche en Terre Sainte.

Frère Pierre de Marolles — Lire l’Apocalypse sans peur

Après avoir servi deux ans comme prieur du couvent de Genève, le frère Pierre de Marolles est assigné désormais à Jérusalem pour poursuivre sa recherche doctorale consacrée au livre de l’Apocalypse. Né à Versailles et ayant passé une partie de son enfance en Suisse, il a d’abord étudié les mathématiques avant d’entrer dans l’Ordre des Prêcheurs. Son parcours spirituel et intellectuel l’a conduit des favelas du Brésil aux amphithéâtres de l’Université de Fribourg, puis aux bibliothèques de Louvain-la-Neuve et de Genève. Sa thèse explore la manière dont le mystérieux « livre scellé de sept sceaux » (Ap 5) a été interprété au fil des siècles. Rencontre avec un exégète passionné par la vie des textes et leur fécondité pour la foi.

Frère Pierre, peux-tu présenter le thème de ta thèse sur l’Apocalypse et ce qui t’a attiré vers ce livre particulier ?
Je savais depuis longtemps que j’allais travailler sur le livre de l’Apocalypse de Jean. C’est un texte qui m’a toujours intrigué. Ce qui est étonnant, c’est qu’il est à la fois très célèbre et pourtant profondément méconnu. Tout le monde croit savoir ce qu’il contient — les cavaliers, les trompettes, la fin du monde… — alors qu’en réalité, bien peu le lisent vraiment. L’Apocalypse exerce une forme de fascination, mais souvent pour de mauvaises raisons.

Donc tu veux réhabiliter un livre un peu mal compris…
Exactement. Tant de croyants pourraient y trouver de vrais trésors pour leur foi. C’est un texte d’une puissance théologique et artistique immense. Pourquoi continuer de nous priver du livre qui a inspiré les mosaïques des basiliques de Rome, les tapisseries du château d’Angers et le retable de l’Agneau mystique de Gand ?

Mais comment est venue l’idée d’en faire une thèse ?
Elle a mûri alors que je travaillais pour mon mémoire de master sur un commentaire ancien. À ce moment-là, j’ai rencontré Régis Burnet, professeur de Nouveau Testament à Louvain-la-Neuve, spécialiste de l’histoire de la réception des textes bibliques. À l’époque, il commençait à s’intéresser plus particulièrement à l’Apocalypse, et j’ai tout de suite su que ce serait un bon directeur de thèse. Comme j’étais alors à Zurich, nous avons imaginé une cotutelle avec la faculté de théologie de Genève, sous la direction d’Anne-Catherine Baudoin. Ensemble, nous avons choisi d’étudier comment l’image du « livre scellé de sept sceaux », au chapitre 5, a été interprétée à travers les siècles.

Ce « livre aux sept sceaux »… On dirait presque un titre de roman !
C’est vrai, il a quelque chose de mystérieux. Et il a fasciné les lecteurs pendant deux millénaires. Pour ne pas me perdre dans immensité des commentaires écrits à son sujet, j’ai choisi de me concentrer sur trois auteurs : Victorin de Poetovio, évêque au IIIᵉ siècle ; Joachim de Flore, abbé calabrais du XIIᵉ siècle ; et Heinrich Bullinger, théologien protestant du XVIᵉ siècle. Trois époques, trois mondes intellectuels, trois manières très différentes d’interpréter le même texte.

Peux-tu expliquer ce qu’est l’histoire de la réception, cette approche que tu utilises ?
L’histoire de la réception s’intéresse à la vie d’un texte après sa rédaction : comment il a été lu, compris, commenté, illustré, traduit… C’est une manière passionnante d’étudier la Bible, parce qu’elle montre comment la Parole a continué de résonner dans l’histoire. Là où la méthode historico-critique cherche à remonter vers le passé du texte — son contexte, sa composition —, l’histoire de la réception observe son avenir. Comme le disait Paul Ricœur, c’est une fois qu’il est achevé qu’un texte commence vraiment à vivre.

Et pour l’Apocalypse, cette « vie du texte » est particulièrement mouvementée, n’est-ce pas ?
Absolument. Si aujourd’hui beaucoup y voient un scénario de fin du monde, c’est parce que notre lecture a été façonnée par certaines traditions modernes, notamment issues du protestantisme évangélique. Mais dans l’Antiquité ou au Moyen Âge, l’Apocalypse était lue tout autrement : non pas comme un récit de peur, mais comme une vision de la joie céleste dans laquelle l’Église est déjà appelée à entrer. Parcourir cette histoire, c’est aussi apprendre à se libérer de nos propres préjugés pour redécouvrir la richesse du texte.

Parmi les auteurs que tu étudies, lesquels t’ont le plus étonné ?
Le premier, Victorin de Poetovio, donne une explication du chapitre 4 de l’Apocalypse que je trouve géniale. Il interprète les quatre Vivants autour du trône, le lion, le bœuf, l’homme et l’aigle, comme les quatre Évangiles, et les vingt-quatre Anciens comme les livres de l’Ancien Testament. Comme les quatre Vivants ont autant d’ailes qu’il y a d’Anciens, il explique que les Évangiles, pour « voler » dans le monde, ont besoin de l’élan prophétique de l’Ancien Testament, et que les livres de l’Ancien Testament, pour être « vivants », ont besoin de la lumière du Christ. C’est à la fois poétique et profondément théologique.

Et les deux autres ?
Joachim de Flore, au XIIᵉ siècle, contribue tout simplement à forger notre conception moderne de l’histoire en trouvant dans l’Apocalypse une prophétie des différents âges du monde. Quant à Bullinger, il écrit à Zurich pour consoler les exilés anglais qui fuient les persécutions. Pour lui, le livre scellé remis à l’Agneau représente les destinées du monde : autrement dit, tout est entre les mains du Christ, il ne faut pas avoir peur. Pour lui l’Apocalypse est donc un livre de consolation.

Ta thèse propose donc de relire l’Apocalypse comme une bonne nouvelle…
Oui, et plus encore : de montrer que l’histoire de la réception du texte nous aide à comprendre qu’il n’existe pas une seule manière de lire la Bible. On me demande parfois : « Très bien, mais à la fin, quelle est ta lecture ? » Comme si les lectures du passé n’avaient plus rien à nous dire ! Or, elles nous révèlent justement que la Bible n’est pas un code à décrypter une fois pour toutes, mais une source inépuisable d’inspiration.

Et cette approche change ta manière de croire ou de prêcher ?
Beaucoup. L’an dernier, à Genève, un paroissien m’a demandé de donner un cours sur les « textes difficiles » de la Bible. Nous avons lu ensemble des passages que l’on évite volontiers : Sodome et Gomorrhe, le sacrifice d’Abraham, la lapidation des adultères, ou encore l’anathème de Jéricho. Au lieu d’enchaîner les explications rassurantes pour dire que « ce n’est pas si terrible », j’ai préféré montrer comment ces textes avaient été compris et reçus à travers les siècles. Les participants ont découvert qu’ils n’étaient pas les premiers à se sentir déroutés devant ces textes, et qu’avant eux, des générations de croyants avaient cherché à y discerner la présence de Dieu. En contemplant cette longue histoire de lecture, ils ont perçu combien les textes les plus dérangeants peuvent devenir des lieux de révélation et de fécondité pour la vie de foi. Je crois que beaucoup sont ressortis de ce parcours émerveillés de tout ce que la Bible et sa tradition ont à offrir à ceux qui osent la lire vraiment …

L’entretien s’achève sur ce mot : émerveillement. Merci au frère Pierre d’avoir partagé ce regard vivant sur la Parole, et bonne continuation pour la suite de sa recherche à Jérusalem.

— Propos recueillis par le fr. Erik Ross

L’entretien ci-dessus a été initialement publié dans le bulletin de la province dominicaine de France, Prêcheurs, dans son numéro de novembre 2025.

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