Jeudi de l’ÉBAF du 26 mars – Corruption, bakchich et cadeaux dans la Bible et les cultures voisines

Dons, cadeaux et corruption dans les sociétés de l’Antiquité proche-orientale et dans les textes bibliques. Voici le thème que nous propose d’explorer le frère Martin Staszak, jeudi 26 mars 2026 à 18h00 à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.

Bibliste, le fr. Martin est dominicain, spécialiste de l’Ancien Testament et du Proche-Orient ancien. Ses travaux portent notamment sur les contextes historiques, sociaux et juridiques dans lesquels les textes bibliques ont pris forme, ainsi que sur les interactions entre Israël et les cultures voisines du monde antique.

La Bible évoque à plusieurs reprises les cadeaux offerts aux autorités, les présents diplomatiques ou encore les bakchichs destinés à obtenir une faveur ou infléchir une décision. Ces pratiques, qui peuvent apparaître aujourd’hui comme des actes de corruption, paraissent avoir été bien enracinées dans des systèmes sociaux complexes où le don, la réciprocité et l’honneur jouaient un rôle structurant.

À partir des textes bibliques et de sources provenant des cultures voisines du Proche-Orient ancien, comment appréhender la manière dont ces pratiques étaient comprises et évaluées dans l’Antiquité ? Quelles pouvaient être les tensions entre normes morales, pratiques sociales et discours religieux dans les sociétés où la Bible a vu le jour ?

En mettant en dialogue la tradition biblique avec son environnement culturel, le fr. Martin nous propose une réflexion sur la frontière parfois fragile entre cadeau légitime, stratégie diplomatique et corruption damnable.

La conférence sera ensuite publiée sur la chaîne YouTube de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem.

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Commémoration du dies natalis du père Marie-Joseph Lagrange (10 mars 1938 – 10 mars 2026)

Aujourd’hui à midi, les frères de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem se sont réunis pour marquer le dies natalis (jour de sa naissance au Ciel) du père Marie-Joseph Lagrange, fondateur de l’École, décédé le 10 mars 1938.

En raison de la situation d’urgence actuelle, la messe commémorative a été célébrée à midi dans l’abri que la communauté utilise en cas d’alerte. La célébration était présidée par le prieur, le frère Stanisław Gurgul, et l’homélie en mémoire de la vie et de l’œuvre du père Lagrange a été prêchée par le frère Olivier-Thomas Venard.

Derrière l’autel était exposé un portrait photographique récemment restauré du père Lagrange. Celui-ci sera prochainement installé près de l’autel latéral de saint Jérôme dans la basilique Saint-Étienne.

À l’issue de la célébration, les frères ainsi que la communauté de l’ÉBAF se sont retrouvés pour un déjeuner fraternel. À cette occasion, tous ont pu savourer un gâteau spécial, en forme de livre, préparé par le frère Pierre de Marolles.

Nous présentons également ici à nos lecteurs le texte intégral de l’homélie prononcée à cette occasion :


Homélie du frère Olivier-Thomas Venard OP

pour honorer la mémoire de notre fondateur,
le frère Marie-Joseph Lagrange OP
10 mars 2026, anniversaire de sa naissance au Ciel

Notre frère prieur, Stanislaw Gurgul, a souhaité qu’en ce jour anniversaire de son rappel à Dieu nous fassions mémoire du frère Marie-Joseph Lagrange, le fondateur de notre chère École.

En ce 78ᵉ anniversaire de la mort du frère Marie-Joseph Lagrange : « Faisons l’éloge des hommes illustres » (Si 44,1), le panégyrique de celui que nous espérons voir un jour béatifié, donné en exemple à l’Église entière. Marie-Joseph Lagrange fut un héros de la science, de la patience, de la conscience et de la confiance.

À l’époque où diverses informations venues des sciences archéologique ou historiques semblaient menacer la tradition chrétienne, Marie-Joseph Lagrange fut d’abord un héros de la science. Plutôt que de se contenter d’arguments d’autorité — les plus faibles dans ce que la raison peut atteindre — il décida d’apprendre, d’étudier et de rechercher pour répondre aux questions là où elles se posaient : critique textuelle, grammaire, histoire ancienne.

« Les faits, voyons les faits et n’oublions pas : ce sont des faits bibliques qui doivent prévaloir sur nos raisons de convenance et nos habitudes d’esprit » (MH 82).

Il cultiva l’ascèse de l’étude. Formé à la vie dominicaine dans la tradition d’observance austère que le Père Cormier avait imprimée à la province de Toulouse, le Père Lagrange se tourmente qu’au couvent de Jérusalem les austérités du lever de nuit, du jeûne et de l’abstinence ne soient pas possibles. Il découvre que l’ascèse véritable est celle qui tient à sa vocation personnelle.

Au cours de la retraite de 1895, il note ceci dans son journal :

« Puissé-je ne travailler que par amour, sans aucun désir de m’instruire de ce qui n’est pas utile au salut. […] Pratiquer la discipline de l’esprit. Être très sévère pour toute lecture inutile, journaux, revues… Autant que possible, lire la plume à la main pour des recensions ou des notes d’Écriture, des analyses qui puissent servir. Et chercher la distraction dans la prière. »

Quel modèle pour nous !

Le résultat est plus de 19 000 pages imprimées, si mon souvenir est bon, que notre collègue et ami le Père Maurice Gilbert, éminent bibliste jésuite, lut intégralement en tant que censeur doctrinal pour le procès de canonisation — en esprit de pénitence, disait-il — pour les persécutions que ses confrères jésuites firent subir au pauvre Père Lagrange, et qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Car les résultats de son étude ne plurent pas à tous, en particulier ceux qui voudraient que les travaux d’un prêtre fussent marqués de « sucreries dévotes » qu’il exécrait, consacré qu’il était à l’établissement des « faits bibliques », parfois surprenants pour les tenants de pieuses légendes, mais nécessaires à la religion du Verbe incarné qui s’est dit lui-même le roi des chercheurs de vérité.

Dans ses propres mots :

« Nous ne voudrions pas que des âmes se perdent pour refuser leur adhésion à ce que l’Église ne leur demande pas de croire » (RB 6, 1897, 341-79).

Ce faisant, il opéra dans toutes les directions des discernements qui n’ont rien perdu de leur actualité. Qu’il suffise de citer ces quelques lignes de sa célèbre Méthode historique, il y a plus de 120 ans déjà :

« La première condition pour pratiquer une bonne méthode historique, c’est de ne demander à l’histoire que ce qu’elle peut donner, et, lorsqu’on a mesuré ses lacunes et ses insuffisances, […] on ne peut que remercier Dieu d’avoir placé l’Écriture sainte et tout le système de la foi dans une région qui ne dépend pas plus exclusivement de l’histoire que de la philosophie » (MH 15).

Marie-Joseph Lagrange est un héros de la patience (de l’endurance et de la résilience) : jusqu’après sa mort, il endura persécution.

Alors que le pape Léon XIII l’avait encouragé à fonder l’École, ses successeurs furent suspicieux, allèrent jusqu’à lui interdire de publier sur tel sujet ou de travailler en tel domaine… Même lorsque Pie XII rendit hommage à l’œuvre du Père Lagrange dans sa grande encyclique biblique Divino afflante Spiritu, ce fut cependant sans le nommer !

Au point que Mgr Sambi, ancien légat apostolique en Israël-Palestine, nous a dit un jour ici qu’au fond le Père Lagrange a connu l’épreuve de vivre trop tôt avec des gens qui sont morts trop tard…

Il vécut ces épreuves sous le regard de Dieu, comme autant de mortifications qui le sanctifiaient. Écoutons-le encore dans son journal, en 1897 :

« Dans la vie apostolique et d’études, on croit pouvoir se dispenser de beaucoup de mortifications […], mais Notre Seigneur a coutume de compenser cela par des critiques, des blâmes, des injustices du monde ou même de religieux : il faut se réjouir qu’il ne nous laisse pas sans sa Croix. »

Or dans toutes ces épreuves, frère Marie-Joseph fut un héros de la conscience : il sut obéir et aux autorités légitimes de l’Église et aux impératifs de sa conscience éclairée par ses études.

— Aux autorités ecclésiastiques parce que, comme il l’écrit lui-même :

« Nous suivons une excellente méthode en pratiquant la critique sans jamais perdre de vue l’autorité de l’Église, parce que la règle même de la critique, c’est de tenir compte du milieu, et que l’Église est précisément le milieu où a paru l’Écriture » (MH 19).

— Et à l’autorité de sa conscience, car jamais il ne dit vrai ce qu’il avait établi faux ni l’inverse pour plaire à quelque autorité ignorante ; mais jamais non plus il ne lui désobéit si elle était légitime : il laissa son travail non publié, ou bien il proposa de changer de domaine d’étude…

Ce qui lui permit de se tenir ainsi sur la ligne de crête des vrais chercheurs de vérité fut son amour du Christ, nourri par la liturgie.

Écoutons-le encore, à la page 2 du numéro 1 de la Revue biblique :

« J’aime entendre l’Évangile chanté par le diacre à l’ambon, au milieu des nuages de l’encens : les paroles pénètrent alors mon âme plus profondément que lorsque je les retrouve dans une discussion de revue. »

La science du Père Lagrange ne fut pas la science froide du médecin légiste qui dépèce le texte sur sa table, en se souciant peu de la Présence réelle qui y palpite. Ce fut la science vécue, consciente des conséquences de son travail dans les âmes des moins savants, qu’il voulait conforter dans la foi, dans la confiance en Dieu et en l’Église.

Car lui-même, frère Marie-Joseph Lagrange, fut enfin un héros de la confiance : en la Providence, en ses frères qui ne l’abandonneraient pas (même le Bx Père Cormier MO pourtant sévère, qui sut le défendre auprès de S. Pie X), en Jésus surtout, dont l’amour est le point fixe de tout son travail.

L’œuvre du Père Lagrange recèle un secret encore insuffisamment mis en valeur : son garde-fou contre tout relativisme n’est pas je-ne-sais quelle modération bourgeoise contre les « excès » de la critique, mais une conviction profonde, qu’il appelle « le dogme fondamental de la divinité de Jésus » (MH 28), et qui est une expérience spirituelle vécue, à la suite de saint Thomas d’Aquin et des maîtres de l’École française de spiritualité.

Quand il en parle, son langage devient presque anselmien :

« La religion a pour but de nous rapprocher de Dieu ; la plus parfaite est celle qui nous unit à lui davantage. Quand l’union est telle que l’esprit ne peut en concevoir de plus intime, nous avons atteint l’absolu autant que l’homme est capable d’y participer. Ce que notre religion catholique nous propose de croire, c’est que Dieu s’est uni à la race humaine par l’Incarnation, qu’il s’unit à nous par l’Eucharistie et par la grâce, pour nous unir à lui dans la gloire. Il semble qu’il suffit de dire ces choses pour reconnaître qu’il est impossible d’aller plus loin dans l’ordre religieux » (cf. MH 5).

En vrai dominicain qu’il était, le P. Lagrange n’a jamais séparé la prière de l’étude. Durant les trois dernières années de sa vie, à Saint-Maximin, il allait devant la grotte de Lourdes pour réciter la prière « Ô Jésus vivant en Marie », reçue de ses maîtres de Saint-Sulpice et placée en tête de son Évangile selon saint Matthieu :

« Ô Jésus vivant en Marie, venez et vivez en vos serviteurs, dans l’esprit de votre sainteté, dans la plénitude de votre force, dans la perfection de vos voies, dans la vérité de vos vertus, dans la communion de vos mystères. Dominez en nous toute puissance ennemie, en votre Esprit, et pour la gloire du Père. Amen. »

fr. Olivier-Thomas Venard OP

Une version PDF de la prière pour la glorification du père Marie-Joseph Lagrange est disponible ici :

Prière pour la glorification du serviteur de Dieu Marie-Joseph Lagrange

Réouverture progressive de la bibliothèque aux chercheurs non résidents

À partir du lundi 9 mars, nous sommes heureux d’annoncer la réouverture progressive de la bibliothèque aux chercheurs non résidents, sous réserve d’un engagement à se conformer strictement aux consignes de sécurité, notamment en rejoignant immédiatement l’abri dès l’audition de la pré-alerte.

Vidéo : jeudi de l’ÉBAF avec le frère Jakub Bluj

Le jeudi 5 mars, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem a organisé une conférence dans le cadre de la série « Les jeudis à l’ÉBAF ». Le frère Jakub Bluj, op, docteur en études de l’Ancien Testament à l’École biblique, a présenté une conférence en anglais intitulée « Metamorphoses of an Ancient Text: Different language forms of Sir 37:7–15 as a Test Case ».

Cette conférence portait sur un phénomène bien connu des spécialistes des textes anciens : la pluralité des formes linguistiques d’un même passage biblique. Le fr. Jakub a examiné le passage de Sirach 37, 7-15 comme un véritable « cas test », donnant un aperçu de la manière dont un texte ancien pouvait circuler et se transformer à travers différentes traditions linguistiques.

Le livre de Sirach, conservé dans plusieurs langues et transmis dans diverses traditions textuelles, offrait un terrain particulièrement riche pour observer ces transformations. En comparant les différentes formes du texte – issues de l’hébreu, du grec et d’autres traditions anciennes –, la conférence a montré comment ces variantes pouvaient éclairer à la fois l’histoire de la transmission du texte et les processus d’interprétation qui ont accompagné sa réception au fil des siècles.

À travers cet exemple précis, le fr. Jakub a également proposé une réflexion plus large sur la manière dont les textes bibliques évoluent au cours de leur transmission, et sur ce que ces « métamorphoses » du texte révèlent de la vie intellectuelle et religieuse des communautés qui les ont copiés, traduits et interprétés.

La vidéo est désormais disponible sur notre chaîne YouTube. Nous vous souhaitons un agréable visionnage :

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La bibliothèque de l’ÉBAF est fermée

En raison de l’état d’urgence, la bibliothèque de l’ÉBAF est fermée au public non résident.

Elle rouvrira dès la levée des mesures de sécurité par le Home Front Command.

Merci de votre compréhension.

À Jérusalem, prière et étude pendant les frappes contre l’Iran

JÉRUSALEM — Alors que les États-Unis et Israël ont lancé des frappes contre l’Iran tôt samedi matin, les frères dominicains de l’École Biblique et Archéologique Française à Jérusalem ont reçu une alerte gouvernementale pendant la prière du matin leur demandant de se mettre à l’abri.

« Pour faire court, pour résumer une longue histoire, ce matin nous avons reçu une alerte juste en sortant de la prière du matin », a déclaré fr. Olivier Poquillon, OP, directeur de l’École Biblique. « Ici, vous avez sur votre téléphone portable un système : le gouvernement vous demande d’aller à l’abri. Nous sommes donc allés à l’abri tous ensemble. »

L’alerte faisait suite à ce que fr. Olivier a décrit comme « une attaque préventive contre l’Iran avec l’aide des États-Unis », lancée par l’État d’Israël dans un contexte de craintes de représailles.

L’École, située à Jérusalem-Est, abrite environ 50 personnes, dont des frères, des sœurs polonaises, des étudiants et des chercheurs provenant de plusieurs pays. « C’est une grande maison avec des parcours différents », a-t-il dit. Malgré l’escalade, la communauté a poursuivi son travail académique. « Nous sommes descendus et nous avons continué à étudier parce qu’ici les gens viennent pour étudier, pour étudier la Bible. »

L’escalade marque un nouveau chapitre de ce que fr. Olivier a appelé « la troisième année de cette guerre », après les attaques du 7 octobre et le conflit régional plus large. L’École avait récemment repris une activité normale, accueillant des chercheurs ainsi qu’une visite canonique du Maître de l’Ordre.

Fondée au XIXe siècle, l’École a fonctionné sous plusieurs autorités politiques. « Notre mission ici à Jérusalem a commencé au XIXe siècle. C’est donc le quatrième gouvernement sous lequel nous vivons », a-t-il déclaré. « Nous avons commencé sous les Ottomans, puis nous avons eu les Britanniques, ensuite les Jordaniens, et maintenant nous avons l’État d’Israël, mais nous sommes à Jérusalem-Est, ce qui signifie que selon le droit international, c’est un territoire palestinien. C’est donc une situation complexe, comme tout au Moyen-Orient. »

« Notre camp est le camp de l’humanité »

Fr. Olivier a souligné que la communauté ne prend pas position politiquement. « On nous demande souvent de prendre parti par les différents acteurs », a-t-il dit. « Mais en tant que chrétiens, notre camp est le camp de l’humanité, en particulier des plus faibles. C’est la doctrine sociale de l’Église. » Bien que l’École soit « une institution académique, ouverte à tous avec un héritage français », a-t-il ajouté, « nous ne voulons pas prendre parti dans le débat politique, mais dans le débat humanitaire et anthropologique. »

Après trois années de conflit, il a reconnu la fatigue parmi la population. « Oui, c’est une troisième année pour nous, donc les gens commencent à en avoir assez », a-t-il dit. « Je suppose que beaucoup de personnes voudraient que la violence cesse, mais ces personnes ne sont pas celles qui sont au pouvoir, celles qui décident. »

La réponse de l’École, a-t-il dit, demeure cohérente avec la tradition dominicaine. « Notre mission dans un monde très dominé par les émotions est de ramener la raison », a-t-il déclaré. « Cela correspond beaucoup à la tradition dominicaine… Nous essayons de continuer à étudier la Bible, non pas pour être un instrument de guerre, mais pour être un outil de paix. »

Étudier pour construire la paix

Il a décrit la bibliothèque de l’École — qui compte 460 000 volumes — comme étant à la fois un centre de recherche et, concrètement, un abri. « J’encourage les étudiants et les frères à étudier à la bibliothèque parce que la bibliothèque est souterraine. C’est donc un abri en soi », a-t-il dit. « Vous êtes protégés par les murs, par la terre, la terre de la Terre Sainte, et par des tonnes de livres. »

Le travail de l’École, a-t-il expliqué, consiste à « confronter le texte et le contexte. Le texte signifiant la Parole qui s’est incarnée dans un lieu et dans une histoire. » Il a ajouté que Jérusalem elle-même est un lieu marqué par le conflit : « Il a choisi de s’incarner… dans ce lieu précis, non pas parce qu’il était pur et beau, mais parce qu’il était d’une certaine manière désordonné, parce qu’il était au cœur d’un conflit. »

Concernant la sécurité, fr. Olivier a déclaré : « Je ne considère pas que le risque physique ici à l’École soit très élevé. Nous prenons toutes les mesures nécessaires. Nous suivons les conseils donnés par les autorités israéliennes et consulaires de tous les pays avec lesquels nous sommes en relation. » Il a ajouté : « La résilience pourrait être une devise pour l’École. »

Espérance pour l’avenir

L’espérance, toutefois, est difficile à mesurer en termes extérieurs. « Si vous regardez à l’extérieur, l’espérance est assez limitée », a-t-il dit. Il a noté que l’École est responsable d’importantes fouilles archéologiques à Gaza, où la violence continue. « Nous sommes ici à quelques kilomètres de personnes qui souffrent profondément », a-t-il déclaré, faisant également référence aux communautés chrétiennes en Cisjordanie.

« Nous ne croyons pas que la violence puisse être vaincue par la violence », a-t-il dit. « Nous croyons vraiment que l’ennemi est le diable. L’ennemi est à l’intérieur. Il n’est pas à l’extérieur de nous. »

La communauté s’est réunie pour la messe dans l’abri plus tard dans la journée. « Nous avons décidé de déplacer l’autel dans l’abri et nous avons célébré la messe », a-t-il dit. En utilisant une messe votive « pour le temps de guerre », ils ont prié « en demandant la paix et la réconciliation. »

« La paix et la réconciliation commencent à l’intérieur, et cela doit être un engagement personnel avant de devenir communautaire », a-t-il déclaré.

Soutenir l’École

Fr. Olivier a demandé la solidarité dans la prière. « Tout d’abord, nous avons vraiment besoin de vos prières, non pas de vos prières pour un petit club de bons gars. Nous ne sommes pas meilleurs que les autres », a-t-il dit. « Mais ce dont nous avons vraiment besoin, c’est d’avoir une chaîne de prière pour la paix dans la région. »

Il a également indiqué que les soutiens peuvent contribuer financièrement par le site internet de l’École, ebaf.edu.

« Construire la communion à l’intérieur de la maison dans la communauté dominicaine, mais aussi dans la communauté académique avec les croyants, les non-croyants… et à l’extérieur avec les juifs, les chrétiens, les musulmans », a-t-il dit, demeure central dans leur mission. « Nous avons une origine commune et une responsabilité partagée. »

Alors que la région fait face à une violence renouvelée à la suite des frappes américano-israéliennes et des représailles iraniennes, l’École Biblique continue sa vie académique et communautaire — étudiant, priant et maintenant ce que son directeur a décrit comme une résilience au milieu de l’incertitude.

Cet article est repris du site officiel de l’Ordre des Prêcheurs.

Visite du Maître de l’Ordre à l’École biblique et au couvent Saint-Étienne

Du dimanche 22 au vendredi 27 février, l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et le couvent Saint-Étienne ont reçu la visite du frère Gerard Francisco Timoner III, Maître de l’Ordre des Prêcheurs et Grand chancelier de l’Ebaf, accompagné du frère Pablo Sicouly, socius (assistant) pour la vie intellectuelle, et du frère Pavel Syssoev, socius pour la région.

 

Jeudis de l’ÉBAF, Mettre Theudas à sa place : des anachronismes dans l’interprétation d’un anachronisme ancien

Jeudi 26 février a eu lieu la conférence du fr. Anthony Giambrone, op, professeur de Nouveau Testament à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem : Putting Theudas in His Place (Acts 5:34–39): Anachronisms in the Interpretation of an Ancient Anachronism.

Dans le discours de Gamaliel, un certain Theudas est évoqué pour inviter le Sanhédrin à la prudence face aux apôtres (Ac 5, 34-39), les historiens ont depuis longtemps relevé une tension chronologique : la figure de Theudas apparaît chez Flavius Josèphe à une époque qui semble postérieure à celle du récit lucanien.

Par delà la difficulté historique, comment cette question a-t-elle été formulée au fil des siècles et dans quelle mesure certaines lectures modernes projettent sur les textes bibliques des attentes historiographiques qui ne correspondent pas aux pratiques antiques. Où se situe l’« anachronisme » ?

Dans l’interprétation ou dans le texte lui-même? En replaçant le passage dans le contexte de la culture littéraire et historiographique du Ier siècle, le fr. Anthony a montré comment l’auteur des Actes utilisait des figures connues de mouvements messianiques pour élaborer une argumentation narrative et théologique.

L’épisode de Gamaliel est alors apparu moins comme une erreur de chronologie que comme un élément rhétorique destiné à situer le mouvement chrétien naissant dans l’histoire religieuse d’Israël et à en suggérer le discernement : ce qui vient de Dieu ne peut être détruit.

Nous avons été très heureux d’accueillir parmi nous à cette occasion le Maître de l’Ordre des Prêcheurs, le frère Gerard Francisco Timoner III, venu de Rome pour une visite canonique.

Aucune vidéo de cette conférence ne sera publiée, car elle constitue la base d’un article à paraître prochainement dans une revue universitaire.

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