CHRISTOPHE RICO

PROFESSEUR ORDINAIRE de linguistique générale,
Doyen de l’Institut Polis,
Sémantique, Linguistique grecque ; Grec koinè ; Grec néotestamentaire,
Théorie de la traduction et pédagogie des langues anciennes.
Membre du comité de rédaction de la Revue Biblique.

⇒ Contact : ricochristophe@gmail.com

Français, né le 25 juin 1962 à Murcia (Espagne).

LANGUES MODERNES :
– Français (lu, écrit, parlé)
– Espagnol (lu, écrit, parlé)
– Anglais (lu, écrit, parlé)
– Hébreu moderne (lu, écrit, parlé)
– Arabe dialectal de Jérusalem (parlé)
– Italien (parlé)

LANGUES ANCIENNES :
– Grec ancien (lu, écrit, parlé)
– Latin (lu, écrit, parlé)
– Hébreu ancien (lu)

Grades académiques :
1985 : MA en Linguistique Grecque (Université d’Aix-Marseille III)
1990 : Agrégation de grammaire
1992 : Thèse Nouveau Doctorat en linguistique grecque (Paris IV)
2011 : Habilitation à diriger des recherches (Université de Strasbourg)
Depuis 1993 : Professeur de grec ancien et de sémantique grecque à l’EBAF
Depuis 1995 : Professeur Agrégé à l’Université de Strasbourg
1993-2001 : Professeur de latin et de français au Lycée Français de Jérusalem
2001-2008 : Professeur invité au département de français de l’Université Hébraïque (Jérusalem)
Depuis 2011 : Professeur de grec ancien à l’Institut Polis

Lieux de recherche actuels :
Depuis 1993, École biblique et archéologique française de Jérusalem
Depuis 2011, Institut Polis



DEMANDEZ LE PROGRAMME ! LES NOUVEAUTÉS DE LA RENTRÉE 2020

Malgré la crise sanitaire, l’École poursuit ses activités et se prépare pour la rentrée. Les programmes et descriptifs des cours ainsi que l’emploi du temps et le calendrier de l’année académique 2020-2021 viennent de paraître sur notre site. Vous pouvez dès à présent les consulter en cliquant ici.

Bienvenue aux nouveaux professeurs !

Quatre chargés de cours viendront gonfler les rangs du corps professoral de l’École biblique.

Philippe Van den Heede, docteur en littérature française (UCLouvain) et en théologie (Ruhr-Universität Bochum), donnera au premier semestre un cours intitulé « Jésus, exégète de Dieu. La théologie de la Révélation dans l’Evangile de Jean ». A travers la lecture du quatrième Evangile, étudiants et professeur s’interrogeront sur la manière dont Jésus donne à faire connaître Dieu.

Le cours du premier semestre « Israel and Judah in the Age of Mesopotamian Empire » sera assuré par Yigal Bloch, post-doctorant en histoire et en archéologie et conservateur au Bible Lands Museum de Jérusalem. Le professeur et les étudiants se pencheront sur des sources mésopotamiennes du premier millénaire avant J.C. dans le but de mieux cerner les relations d’Israël et de Juda avec les grands royaumes qu’ils avaient pour voisins.

Eugen J. Pentiuc, Ph.D. Near Eastern Languages and Civilizations (Harvard University), sera chargé de deux cours au second semestre. « Byzantine (Eastern orthodox) Modes of Biblical Interpretation » sera une introduction à la culture byzantine, autrement dit : à l’orthodoxie orientale et l’herméneutique biblique dans ce contexte. « Hosea and the B.E.S.T.: Looking Behind the Scenes » a été élaboré comme un séminaire-atelier. Les étudiants analyseront et réviseront les notes établies par les chercheurs de la Bible en ses Traditions pour le livre d’Osée.

Michael Langlois, docteur ès-Sciences historiques et philologiques (EPHESorbonne) et maître de conférences habilité à diriger des recherches (Université de Strasbourg), donnera un cours sur « la littérature de Qumrân » au second semestre. Il s’agira d’une découverte de cette littérature retrouvée aux abords de la Mer morte.

Renouvellement de l’offre de formation

En plus des enseignements dispensés par ces nouveaux chargés de cours, la plaquette des premier et second semestres a été entièrement repensée. Les propositions de cours de langues restent inchangées et il n’y aura pas cette année de séminaires doctoraux. Cependant, 12 autres nouveaux cours seront assurés par des professeurs réguliers de l’École biblique.

Au premier semestre :
— Lukasz Popko, o.p. : Edition of 1 Kings for the Biblia Hebraica Quinta. Seminar in Text-criticism.
— Paolo Garuti, o.p. : Initiation à la rhétorique ancienne pour l’étude du Nouveau Testament.
— Dominic Mendonca, o.p. : Mark and John: Dialectic between the two Gospels.
— Martin Staszak, o.p. : Le Règne de Salomon.
— Christophe Rico : Arbre de vie ou bois vivant : analyse d’un symbole.

Au second semestre :
— Paul-Marie Fidèle Chango, o.p. : Temporalité et altérité de l’espérance : le champ sémantique de l’espérance dans Proverbes, Job, Qohélet, Siracide et Sagesse de Salomon.
— Paolo Garuti, o.p. : Dire « dieu(x) » à l’époque du Nouveau Testament.
— Dominic Mendonca, o.p. : The Gospel of Mark: Christology and the Use of Hebrew Scriptures.
— Marc Girard : Les Psaumes – Livre 1 (Ps 1-41) : de l’exégèse à la prière.
— Martin Staszak, o.p. : Les annales des rois d’Israël et de Juda, les cercles narratifs et la rédaction deutéronomiste.

Au premier et au second semestre :
— M.-Augustin Tavardon, o.c.s.o. : Pères grecs, Pères latins et Réformateurs face à la doctrine du Salut – Réception et tradition chrétienne de Rom. 4 d’Origène à Karl Barth.
— Étienne Nodet, o.p. : L’évolution de Paul.



REMISE DE MÉMOIRE DE FIN D’ANNÉE

L’École biblique accueille tous les ans et pour l’année complète deux boursiers de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. Au terme du second semestre, chaque boursier doit remettre un unique mémoire de recherche aux deux institutions. Pendant cette année académique 2019-2020, Xavier Lafontaine, doctorant en sciences religieuses et en philologie grecque, a choisi de travailler sur le thème suivant : « Une étude sémantique de l’étonnement dans le Nouveau Testament ».

« La candidature à la bourse d’étude de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres auprès de l’EBAF engage à remettre, au terme du séjour, un mémoire de recherche. Comme j’ai pris plaisir à suivre un certain nombre de cours et de séminaires cette année, j’ai choisi de proposer ce mémoire au conseil académique de l’EBAF pour demander à valider le titre d’élève-titulaire de l’EBAF (ce qui n’est pas obligatoire) : l’approche des textes bibliques selon les méthodes de la sémantique que propose M. Christophe Rico m’a séduit et permis de renouer avec ma formation en lettres classiques et en grammaire comparée, suivie entre la France et l’Allemagne jusqu’à mon agrégation de grammaire en 2015.

Qui a un peu fréquenté les philosophes grecs ou qui s’est initié à la philosophie avec le célèbre ouvrage de la philosophe suisse Jeanne Hersch sait l’importance du lien entre étonnement et pensée ; mais les récits évangéliques mentionnent eux aussi souvent l’étonnement de leurs protagonistes et des témoins qu’ils mettent en scène. Il suffit de penser à l’Annonciation, aux miracles opérés par la figure de Jésus ou aux récits de la Résurrection : ces détails narratifs donnent une coloration incarnée aux évangiles qui m’a toujours fasciné. Aussi ma curiosité a-t-elle été emportée quand M. Rico a évoqué l’intérêt que pourrait avoir une étude linguistique de l’expression de l’étonnement dans le Nouveau Testament !

Nos traductions modernes rendent souvent par des termes liés à l’étonnement ou à la surprise différents termes grecs, verbes ou substantifs, qui se recoupent tout en restant distincts. Ce travail propose une première description sémantique qui vise à donner des outils pour mieux apprécier et comprendre la richesse de la langue grecque sur ce point — j’espère avoir le temps de l’approfondir pour en proposer un article. Aux exégètes, ensuite, de s’en approprier les conclusions s’ils le souhaitent. La méthode linguistique appliquée au Nouveau Testament permet en effet de faire un pas de côté par rapport à l’exégèse et de reconsidérer ces textes à partir d’un point de vue extérieur. On peut alors les confronter, en tant que système linguistique, à des œuvres littéraires proches, pour en éclairer les similitudes et les spécificités, ici sur le plan lexical.

Mes conclusions concernent d’abord la structure du domaine sémantique de l’étonnement telle qu’on peut la reconstituer à partir de l’usage du Nouveau Testament : le terme le moins marqué est thaumázein, s’étonner, qui permet de décrire l’émotion fondamentale de l’étonnement. J’étais surpris aussi de constater les écarts assez importants qui concernent la place donnée à cette émotion, d’un évangéliste à l’autre, ou par comparaison aux épîtres : par exemple, on s’étonne assez peu chez Jean ou dans l’Apocalypse — ce qui ne veut pas dire que cette émotion n’y a pas d’importance, au contraire. Autre exemple, Marc est le seul à insister sur l’étonnement en tant que stupeur, en utilisant le verbe (ek)thambeîsthai, être stupéfait, voire être effrayé, rare dans le grec de cette époque. Les autres auteurs décrivent plus volontiers l’étonnement à partir de l’impact physique ou cognitif qu’il a sur celui ou celle qui en fait l’expérience : un choc (ekplḗssesthai) ou une altération cognitive profonde, qui peut aller, dans de rares cas, jusqu’à une modification de la conscience (existánai, exístasthai, ékstasis qui donne extase en français). La crainte, le phóbos, est parfois proche, mais les termes préservent généralement l’idée fondamentale d’une émotion qui surgit face à l’inattendu ou à l’extraordinaire — cette dernière se fond dans la crainte seulement quand l’inattendu est perçu comme une menace, immédiate ou plus floue : à Gethsémani, Marc présente Jésus éprouvant un effroi et une angoisse en coordonnant ekthambeîsthai kai adēmoneîn (Mc 14, 33), la porosité des deux domaines, exploitée par l’évangéliste, est perceptible, ici il n’est plus exactement question d’être stupéfait !

Travailler de front sur mes recherches doctorales et sur ce mémoire m’a grandement stimulé : un travail doctoral engage une réflexion continue, parfois aride, sur plusieurs années. Ce mémoire s’inscrit dans un cadre plus modeste, où la réflexion est concentrée sur une année. Ma thèse porte sur une analyse plutôt littéraire et formelle des Oracles sibyllins juifs et chrétiens, un recueil d’oracles rédigés en langue poétique grecque. Les rédacteurs prétendent faire annoncer à la Sibylle le Jugement dernier et diverses catastrophes, dans un entrelacs de références bibliques et épiques. L’attention à la métrique et au choix des mots utilisés pour paraphraser les épisodes bibliques est constante dans ce travail, ce qui a recoupé la méthode utilisée dans ce mémoire : partir d’une attention suivie portée au texte et à son lexique pour essayer d’en dégager des faits saillants, en mettant de côté ce que l’on croit savoir a priori.

Je suis reconnaissant à l’AIBL, à l’EBAF et à M. Christophe Rico de m’avoir donné un cadre pour explorer un domaine auquel je n’aurais pas forcément eu le courage de me confronter sans ces conditions idéales. »

Xavier Lafontaine
Doctorant en sciences religieuses (Université de Strasbourg)
et en philologie grecque (Université de Rome La Sapienza)
Boursier de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres

Pour consulter les conditions d’admission aux bourses d’études, cliquez ici.



BIBLE IN JERUSALEM 2020 : 2-5 JANVIER

Comme de coutume, au début de l’année, un groupe de jeunes biblistes dominicains s’est réuni à l’École biblique, cette année pour la sixième fois. Les participants venaient de quatorze provinces différentes, représentant onze nationalités et quatre continents.
Le programme comprenait des présentations de recherches personnelles (communications et discussions) et un atelier sur une péricope biblique. Les communications étaient très diverses, tant dans le choix des sujets (Deutéro-Isaïe, Jérémie, Psaumes, Évangiles, Apocalypse, Christologie du Nouveau Testament) que dans leur approche.
Une après-midi a été consacrée à un atelier sur Juges 19, en utilisant le site du projet BEST. Contrairement aux années précédentes, où les ateliers étaient modérés par le comité d’organisation, c’est Bruno Clifton qui a eu la responsabilité de les animer, car une partie de sa thèse portait sur cette péricope. L’utilisation de l’approche du projet BEST (ou plutôt d’une matrice d’approches) nous a permis de travailler ensemble et d’échanger. Cela a abouti à une symphonie de lectures, pas seulement à une lecture « correcte ».
Pour ne pas nous limiter à la seule salle de classe, nous sommes allés en excursion à Tel Azekah. Nous avons été guidés par Josef Briffa, s.j., qui est superviseur de secteur dans l’expédition de Lautenschläger à Azekah (entre autres responsabilités). La possibilité de visiter un site avec quelqu’un qui a fait la fouille est toujours un privilège spécial et une occasion exceptionnelle de connaître le site à travers les yeux du fouilleur.
Le symposium a été organisé par Olivier Catel, Christopher Brannan et moi-même.

Jakub Bluj, o.p.

 

« Je suis le frère Augustinus Aerssens. Je viens de la Province des Pays-Bas et je suis en troisième année de vœux simples. Je termine actuellement ma maîtrise en théologie à l’Université de Fribourg (Suisse) et j’ai commencé ma maîtrise en études hébraïques et araméennes à l’Université de Leiden (Pays-Bas). Je suis venu à l’École Biblique pour ‘Bible in Jerusalem 2020’ parce que je me prépare à une spécialisation plus poussée en études bibliques et l’École Biblique est l’endroit idéal pour cela. C’est la deuxième fois que j’assiste à la « Bible in Jérusalem » et jusqu’à présent j’ai énormément apprécié l’échange avec d’autres biblistes dominicains. Je pense que c’est un concept unique pour les Dominicains du monde entier, à l’intérieur d’une discipline théologique et académique particulière, de s’unir, de se présenter mutuellement leurs recherches et de construire un réseau d’érudits dominicains. La participation au projet B.E.S.T. (Bible en ses traditions) a également été merveilleuse, car elle exige que des frères s’assoient ensemble et travaillent sur un projet commun, échangeant ainsi des idées et des compétences, les transformant en un produit final qui, espérons-le, aidera beaucoup de gens à l’avenir, tant dans la prédication que dans la recherche. On ne pourrait pas faire plus dominicain ! »

Augustinus Aerssens, o.p.

 

« Je suis Luke K. Bett, o.p. du Vicariat Dominicain d’Afrique de l’Est, Kenya. Je vis actuellement au couvent de Sainte-Sabine à Rome où je termine mes études de Licence en Écritures saintes à l’Institut biblique. Ma thèse est une analyse narrative de Jn 1, 45-51 : Voir comme une conséquence de Croire à l’appel de Nathanaël (Seeing as a consequence of Believing in the call of Nathanael).
Je suis ici pour participer au ‘Bible in Jerusalem’ de cette année, qui est avant tout un rassemblement de frères ayant un intérêt commun : l’étude des Saintes Écritures. Pendant ‘Bible in Jerusalem’, nous avons partagé fraternellement les fruits de l’étude, nous nous sommes mis au défi et nous nous sommes encouragés mutuellement, ce qui a permis de grandir intellectuellement en tant que fraternité. ‘Bible in Jerusalem’ offre une noble voie non seulement pour connaître des frères de différentes parties du monde, mais aussi pour savourer les diverses approches et méthodes d’étude des Écritures, pour apprendre les uns des autres et pour s’encourager mutuellement.
Cette année, ‘Bible in Jerusalem’ a été bien organisé avec des présentations intéressantes et une visite archéologique qui a permis d’apprendre de nouvelles choses. »

Luke Bett, o.p.

 

 

Luke Bett (Kenya, Saint-Joseph), Łukasz Popko (Poland), Jacek Pietrzak (Pologne), Anthony Giambrone (USA, Saint-Joseph), Olivier Catel (France), Edgar Toledo Ledezma (Paraguay), Jordan Schmidt (USA, Saint-Joseph), Osvaldo Robles Segovia (Bolivie), Bruno Clifton (Angleterre), Pierre de Marolles (France, Province de Suisse), Renaud Silly (France, Province de Toulouse), Christopher Brannan (USA, Saint Nom), Gianpaolo Pagano (Italie, S. Thomas), Jose Rafael Reyes (Espagne), Augustinus Aerssens (Pays-Bas), Jorge Vargas (Mexique), Jakub Bluj (Pologne).

 



Interview – Nicolas Esnault, étudiant à l’École biblique

Nicolas Esnault, étudiant à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, je suis diacre en vue du sacerdoce pour le diocèse de Rennes, en Bretagne. Je serai ordonné le 24 juin prochain. Après mon premier cycle de philosophie au séminaire Saint-Yves de Rennes, j’ai passé un baccalauréat canonique de théologie à l’Institut Théologique de Bruxelles. Depuis septembre dernier, mon évêque Mgr D’Ornellas m’a envoyé ici afin de rédiger un mémoire d’Écriture Sainte : l’évêque et moi sommes d’accord sur le fait que toute recherche doit partir de l’Écriture Sainte, que Vatican II a rappelé être « l’âme de la théologie ». Mon mémoire porte sur l’eschatologie, sujet pour lequel j’ai un intérêt particulier, et ici, je trouve un fondement scripturaire à ce domaine fondamental de la théologie.

Pourquoi venir faire son mémoire à l’École biblique plutôt qu’ailleurs ?
Il me semble que si l’évêque m’a envoyé ici, c’est tout d’abord pour l’École en elle-même, pour le confort de la recherche qu’offre ce cadre, l’encadrement des professeurs : la vie intellectuelle est nourrie et peut s’épanouir ; je dirai donc dans un premier temps pour sa renommée et sa compétence. Puis de par son appartenance à la Terre Sainte, qui accentue cet épanouissement de la recherche, tout en permettant un épanouissement de la vie spirituelle. Enfin et surtout, l’Esprit-Saint aussi, puisque je n’avais pas connaissance en arrivant que mon mémoire s’inscrirait dans le programme de La Bible en ses Traditions (BEST) : c’est une fois arrivé ici que j’ai rencontré Olivier-Thomas Venard, o.p. directeur de la BEST, qui est devenu mon directeur de mémoire. Mon mémoire est donc un mémoire de l’École biblique, en collaboration avec La Bible en ses Traditions.

Quel est ton sujet de mémoire, et comment l’as-tu traité ?
Mon mémoire porte sur l’Évangile de Matthieu, qui est construit en cinq discours – ce qui résonne en moi, le Jésus qui formule des discours enflammés devant le peuple est un Jésus qui me parle ! -. Le propre de l’Évangile de Matthieu est de s’inscrire dans une communauté judéo-chrétienne, ce qui m’intéresse particulièrement car cette lecture rend compte de l’unité du dessein de Dieu, entre l’Ancien et le Nouveau Testament. J’ai choisi de me pencher sur la dernière partie du dernier discours (Chapitre 25, v. 31-46). C’est un moment charnière, juste avant la Passion, et un passage que l’on ne trouve que chez Matthieu.

Il décrit le Fils de l’Homme, qui vient dans la gloire et fait face aux nations qu’il juge. Il les sépare en deux camps : à gauche les « maudits », à droite les « bénis de son Père ». Les uns, ceux qui n’ont pas pratiqué les œuvres de miséricorde, sont envoyés en Enfer ; les autres, ceux qui ont accompli ces mêmes œuvres, entrent avec Lui dans son Royaume. Dans les deux camps, une même question : « quand » avons-nous ou n’avons-nous pas agi charitablement avec toi ? La réponse du roi est la même pour tous : « ce que vous avez fait aux plus petits des frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Tout mon travail consiste ensuite à identifier ces trois groupes de personnes : le Fils, qui est à la fois roi et juge ; les jugés, c’est-à-dire les nations ; les petits des frères, rôle passif et passé, mais critère du jugement. J’essaie alors de comprendre cela d’une manière diachronique (l’évolution des faits dans le temps), ce qui se fait en trois temps. À l’heure de la chaire de Jésus, lorsqu’il a prononcé ce discours : il y avait une distinction entre la nation sainte, Israël, et les nations c’est-à-dire les païens ; au moment où Jésus prononce ce discours, il est encore perçu comme un simple rabbi parmi d’autres, avec comme cela est classique à l’époque, une communauté de disciples autour de lui ; et le terme frère semble alors désigner un membre d’une même communauté, donc ici de sa propre communauté juive. Mais entre en compte l’événement fondamental de la mort et surtout de la résurrection de Jésus, qui révèle que Jésus n’est plus un rabbi parmi d’autres, mais le Christ, le messie annoncé et attendu. S’en suit alors le deuxième temps, celui de l’époque mathéenne, c’est-à-dire des premiers chrétiens : les discours de Jésus-Christ donnent lieu alors à une première interprétation. Ses disciples, c’est-à-dire les chrétiens, se considèrent comme de vrais juifs. Cela renouvelle donc la question de l’identification : qui sont les nations et que deviennent les juifs n’étant pas les disciples du Christ ? Puis s’en suit un troisième temps qui est la lecture exégétique des Pères de l’Église. Jusqu’à saint Jean Chrysostome, les petits des frères sont perçus comme les chrétiens seulement. Il faut attendre saint Bonaventure puis saint Thomas d’Aquin pour que peu à peu les petits des frères deviennent tous les hommes, en commençant néanmoins par les chrétiens.

D’ailleurs, il est intéressant de constater que dans ce texte il n’est jamais question de foi, mais d’œuvres, alors que les Pères ont pour prisme celui de la foi. Ce passage parle de la miséricorde divine, de la gratuité du don de la vie fait à l’homme qui lui permet d’être à l’image de Dieu. Comme le dit l’Épître de Jacques, la foi s’exprime dans les œuvres et les œuvres expriment la foi, l’une et l’autre sont donc étroitement liées.

Comment ordonnes-tu ces idées dans ton mémoire ?
Travaillant en collaboration avec La Bible en ses Traditions, j’ai rédigé environ 130 notes qui portent sur le texte lui-même, sur son contexte et sur sa réception, son influence dans divers champs, de la critique textuelle à la liturgie, etc. Les notes ne sont pas toutes exploitées pour mon mémoire, mais je sais qu’elles seront utiles à d’autres recherches par la suite. Le cœur de mon travail est ce corpus sur lequel je m’appuie pour développer la suite de mon mémoire. Avant cette partie, j’ai développé une introduction expliquant mon sujet, ma problématique et la méthode très spécifique demandée par La Bible en ses Traditions. Puis dans ma dernière partie, je réponds à ma problématique en développant cette lecture diachronique de l’identification des trois groupes de personnes selon les trois temps évoqués, en renvoyant à mon corpus de notes.

Vivre à l’École biblique t’a-t-il aidé dans ta recherche ?
Oui, j’ai pu compter sur les discussions avec les frères, par exemple avec le frère Étienne Nodet, et les différents chercheurs de passages. J’ai également pu compter sur l’attention soutenue et bienveillante de mon directeur de mémoire. Par ailleurs, les réflexions du bureau de La Bible en ses Traditions m’ont aussi bien aidé, notamment les assistants étudiants ou agrégés en lettres classiques qui ont pu m’aider dans les traductions grecques. Il y a ici tellement de chercheurs que je ne resterai jamais seul avec une question.



Voyage d’études en Galilée-Samarie

Après une semaine de séminaire, les étudiants de l’École biblique et archéologique ont bénéficié du traditionnel voyage d’études en Galilée et Samarie, le premier d’une série de trois échelonnés au long de l’année (en avril au Neguev et en mai en Jordanie). Les étudiants sont rentrés en fin de semaine dernière, et depuis l’école et le couvent ont retrouvé leur rythme.

Séminaire de préparation, du 20 au 24 novembre

Au cours de la semaine de formation, des professeurs spécialisés sont intervenus afin de leur offrir grâce à des sessions de cours intensives, des clés de compréhension des sites visités : géologie, géographie, chronologie biblique et historique, âge de bronze, âge de fer, histoire des religions, fouilles et archéologie, frontières, approche historico-critique, etc.

Ces cours furent mis en pratique par de nombreux ateliers et travaux de recherche en petits groupes l’après-midi, afin d’appréhender de façon plus personnelle les sites, leur histoire et leur géographie.

Voyage du 27 novembre au 1er décembre

Puis lundi dernier à l’aube, ils sont partis en bus pour une semaine de visite, sur les sites étudiés la semaine précédente, guidés par le père Dominique-Marie Cabaret, o.p. et Rosemary Le Bohec à l’origine de la création de la semaine de séminaire.

Logés à l’Oasis, aux pieds du Lac de Tibériade puis à Sébaste, ils ont visité un grand nombre de sites, parcourant la région par secteurs. Tout d’abord l’Ouest de la Galilée (Meggido, Beth Shearim, Sepphoris et Nazareth), puis les bords du lac de Galilée (Tibériade, Magdala, Tabga, Capharnaüm, Gamla et Hippos), avant de continuer vers la haute Galilée et le plateau du Golan (Hatzor, Horvat Omrit, Tel Dan, Banias, Nemrod), et de terminer par le Sud de la Galilée et la Samarie (Belvoir, Beth Shean, Beth Alpha, Tell el Farah, Sébaste, Taybeh, Puits de Jacob, Tell Balata et le Mont Garizim).

Malgré un programme chargé et un rythme dense, les étudiants sont tous revenus contents : découvertes de multiples sites, une culture approfondie en archéologie et dans d’autres champs, des paysages splendides, et des bons moments passés tous ensemble ! « Nous n’aurions jamais vu toutes ces choses sans ce voyage » reconnaissent-ils.

Photo 1 : Théâtre de Beth Shean, Scythopolis antique.
Photo 2 : Mosaïque représentant les signes du zodiaque avec au centre le dieu Helios, dans une ancienne synagogue de Tibériade.
Photo 3 : Vestiges d’Hippos.
Photo 4 : Restes de l’église byzantine octogonale, construite par Zénon sur le Mont Garizim.