La photothèque, trésor de l’École biblique

Le fr. Jean-Michel de Tarragon est en charge de la photothèque depuis de nombreuses années : le travail est colossal. Il est à l’École biblique depuis 1980, et fut membre et photographe de beaucoup d’expéditions archéologiques. Ce texte est tiré du livre Jérusalem et la Palestine, réalisé sous la direction d’Elias Sanbar, à partir du fonds photographique de l’École biblique, chez Hazan. En savoir plus sur notre photothèque.

Le fonds photographique ancien des dominicains de Jérusalem se trouve au Couvent Saint-Étienne, Protomartyr de Jérusalem, lequel abrite l’École biblique et archéologique française. Juridiquement, il appartient au couvent, donc à la communauté dominicaine, et ultimement, à l’ordre des Prêcheurs.

L’École biblique est un petit institut de recherche, fondé par le père M.-J. Lagrange en 1890 dans les locaux d’une propriété acquise huit ans plus tôt par un groupe de religieux français, à trois cents mètres au nord de la muraille de Jérusalem. Le modèle était à l’époque l’École Pratique des Hautes études de la Sorbonne, d’où lpremier nom de l’institut, École pratique d’études bibliques. Selon l’intuition de son fondateur, l’aspect pratique de la recherche est mis en avant : il s’agit d’étudier la Bible en son contexte, sur place, pour tenir compte de tout l’environnement oriental. Dans le programme annuel des études, la jeune École inclut la découverte des pays de la Bible par le moyen d’excursions régulières, regroupant les étudiants et quelques professeurs. La visite systématique du « terrain » commence bien sûr par la ville même de Jérusalem soigneusement examinée année après année puis de tout le pays biblique, en cercles concentriques.

Le père Séjourné lors d’une excursion © École biblique

À l’époque de la fondation, les frontières n’étant pas aussi contraignantes qu’elles le sont devenues, la « caravane biblique » – ainsi la surnommait-on -, se rendait à cheval ou à dos de chameau en Transjordanie, dans le Hauran, dans les environs de Damas, à Palmyre ou vers le sud, au Naqab, et jusqu’au Sinaï. Ces excursions tenaient lieu de cours. Les professeurs dominicains initiaient les étudiants à la pratique de l’épigraphie, de l’archéologie, de la géographie historique, voire de la géologie. La caravane jubilait lorsqu’elle découvrait par hasard un milliaire romain inédit, une stèle qu’un fella venait montrer, un tombeau au flanc d’une falaise, un fragment de mosaïque : c’était l’occasion de faire, dans l’enthousiasme, des estampages, de dessiner, mesurer, calquer, décrire succinctement – et bien sûr, photographier.

C’est dans ce contexte précis que la pratique photographique de l’École biblique s’est développée. Si elle est restée celle d’autodidactes pour ce qui est de la technique, elle fut, pour les thématiques abordées, celle de professeurs chevronnés, bien au fait de leurs disciplines respectives. Cela donne une coloration toute particulière à ces photographies prises par ou pour des « savants », et non, comme cela se faisait tant à l’époque, pour l’illustration plus ou moins «  romantique » des thèmes de l’Histoire sainte.

Les photographies ont été faites pour témoigner de la découverte de tel ou tel objet, de l’étude en cours, de la véracité d’un déchiffrement épigraphique, etc. Dans une perspective un peu positiviste, la photo est alors perçue comme une preuve objective complétant le relevé, le dessin. Elle est mise au même niveau que l’estampage, autre preuve indubitable. Certes la dimension artistique apparaît dans ces œuvres, mais comme involontairement : la qualité du regard du religieux photographe, sa culture générale (y compris iconographique), sa sensibilité, y sont pour beaucoup.

La photothèque dans le Couvent Saint-Étienne © École biblique

La clef d’interprétation de la collection est à trouver du côté des publications, effectives ou envisagées. Les photographies sont l’illustration des recherches des dominicains, lesquelles se transmettaient dans des monographies ou dans les articles du périodique scientifique de la maison, la Revue biblique fondée dès 1892, deux ans après le lancement si modeste et si périlleux de l’École elle-même. Les articles sont illustrés de photographies et d’estampages, et aussi, bien sûr, de relevés, de dessins et de croquis, réalisés par les auteurs ou délégués par ceux-ci au plus doué, surtout le père Hugues Vincent. Une belle répartition des tâches se met tout de suite en place, selon les capacités et les goûts des religieux. L’École biblique était animée d’un joyeux esprit d’équipe, sur le terrain comme à la maison. Le père Vincent fait les relevés, les croquis, les dessins, les coupes stratigraphiques ; il se charge aussi souvent des estampages, bien que tous sachent estamper. Paul-Marie Séjourné, puis Bernard Carrière, Antonin Jaussen et Raphaël Savignac, notamment, photographient, avec en parallèle à Savignac vieillissant, Raphaël Tonneau puis, à partir de 1935-1936, Pierre Benoit, et Roland de Vaux.

Les pères dominicains ne signaient guère leurs photos et ne les dataient pas plus puisqu’elles n’étaient destinées qu’aux publications en cours. D’où le casse-tête de l’archiviste aujourd’hui !



Exposition de la photothèque à Nazareth

M. Raphaël Merci, directeur de l’Institut français de Nazareth, a proposé de monter dans son Institut, au plein coeur de la vieille ville de Nazareth, des éléments de l’exposition photographique préparée en 2017 pour les Territoires palestiniens, déjà encadrée et dont les légendes bilingues étaient déjà rédigées.

Le thème est Villages de la Palestine d’autrefois. Au final, 32 des 40 grands tirages ont pu être accrochés à Nazareth, et le vernissage a eu lieu le 9 mars 2018, en présence du fr. Jean-Michel de Tarragon, qui a fait une présentation au public, fort intrigué par ces photographies du patrimoine architectural et rural de la Palestine d’avant 1948.

L’exposition y reste un mois et demi, du 9 mars au 27 avril 2018.



Secrets de photothèque : les religieux de Jérusalem en 14-18

Fr. Jean-Michel de Tarragon, o.p. s’occupant d’une main de maître de la photothèque de l’École biblique a publié un article à l’occasion du centenaire de la Première Guerre mondiale. Initiative personnelle, le dominicain a cherché dans divers lieux d’archives de la Vieille Ville, des traces de la vie dominicaine ou plus largement des religieux catholiques à Jérusalem pendant la guerre.

Religieux français pendant la guerre

Cette période qu’est la Guerre 14-18 fait l’effet d’un véritable trou noir pour les historiens : France, Russie, Italie, Angleterre étaient les ennemis déclarés des Ottomans, qui avaient par conséquent expulsé des couvents de Terre Sainte les religieux de ces nationalités. Les sources d’information se sont donc considérablement taries à ce moment précis de l’histoire, alors même que la situation historique et politique brûlante attise la curiosité.

L’armée ottomane avait chassé les dominicains du Couvent Saint-Étienne de Jérusalem et occupé le lieu : il n’y a donc dans la photothèque qu’une seule photographie rendant compte de cette période, malgré ses 25000 images. Les journaux, ou diaires, tenus par les communautés sont suspendus. Seule source d’information : le consul d’Espagne, Ballobar, chargé de tenir le journal de bord des « intérêts de l’ennemi ». Son lien avec la France permet donc de retrouver nombre d’informations.

Mais il existe également un deuxième vivier : le Couvent Sainte-Anne des Pères-Blancs. Quoique toute la communauté ait été contrainte à quitter les lieux, restent trois Néerlandais : deux frères convers et un frère prêtre, Nicolaas van der Vliet. De ce dernier, restent plusieurs photographies personnelles et un journal écrit en français. C’est donc sur ces sources précieuses que le frère Jean-Michel fonde son travail de chercheur et de photographe.

De droite à gauche : Comte de Ballobar, Jamal Pasha, le consul grec Mr. Raphaël,
et un consul non-identifié, 1916 © École biblique et archéologique

Lire l’histoire par la photographie

C’est ainsi que l’article fut publié dernièrement dans la revue Palestine Studies, Jerusalem Quartery. Il rappelle le contexte de l’époque, illustré par les photographies inconnues de ce prêtre, que les Pères-Blancs ont accepté de prêter à l’École pour qu’elle les scanne et les conserve.

Sur celles-ci, figurent tant le consul espagnol que Nicolaas van der Vliet, ainsi que d’autres figures politiques de l’époque. Cet article illustré permet donc de s’instruire sur la situation des religieux à Jérusalem pendant la guerre, grâce à l’œil d’un photographe historien.

Voyez plutôt : pour lire l’article, cliquer ici.



Photothèque

Photothèque

Depuis 1890, les frères dominicains de l’École biblique se transmettent et enrichissent une collection inédite de photographies, parmi lesquelles 25 000 photos anciennes.

Aujourd’hui, le Père Jean-Michel de Tarragon en est le principal responsable et travaille chaque jour à la numérisation de photos centenaires ou à la mise en valeur de ce patrimoine unique à travers des publications et expositions.

L’archivage

La collection du couvent St Étienne et de l’École biblique est conservée dans une grande pièce voûtée, à Jérusalem, où les plaques de verre sont rangées dans leurs boîtes d’origine, aux noms familiers « A. Lumière  & ses fils », « Guilleminot & Boespflug », « J. Jougla », etc., par formats, les étagères du bas supportant les plus lourdes, 18 x 24 cm, et celles du haut, les 9 x 12 cm. Le rangement remonterait à 1950, quand les plaques ont été retirées des chambres particulières pour constituer une photothèque. Un grand meuble en bois a été fait sur mesure. Alors un programme d’archivage a commencé. Les verres ont été rangés dans un même meuble ; deux répertoires manuscrits des négatifs ont constitué un inventaire ; un contactage (si l’on ose ce jargon) systématique d’environ 12.000 documents a été entrepris, mais à l’extérieur. Chaque verre (dont une bonne partie des 2.100 petits stéréoscopiques) a bénéficié vers 1950-51, d’un tirage papier « moderne », par contact – conservant le format d’origine. Ces milliers de positifs papier ont été collés dans 24 albums, suivant l’ordre alphabétique des lieux, en deux séries, Palestine, et Pays voisins. Le religieux qui en prit la peine a légendé à la plume chaque photo. Les légendes doublent celles du gros registre et permettent d’identifier sans peine les clichés collés sur les pages noires des albums. Il inscrivit aussi les références bibliographiques des publications des photos, surtout issues de la Revue biblique. Les vingt-quatre albums sont fréquemment consultés. Trois albums concernent la ville de Jérusalem ; d’autres sont consacrés à ce qui fut les grandes entreprises. La célèbre croisière sur la mer Morte de 1908 a droit à un album spécial, de même que l’expédition au Hedjaz, 1907, 1909, 1910. L’album 24, « Épigraphie », rassemble curieusement des photos d’estampages, classées par langues et selon leur ordre alphabétique : accadien d’abord, arabe, araméen, il s’achève avec le thamoudéen et le vieux-perse. Cet album renvoie une fois de plus à la dimension sérieuse et austère de la collection… Quelques photos collées sont des dons anciens (d’étudiants de l’École, probablement), sans leur négatif verre : légendées, elles ont été numérisées.

Depuis 2010, nous assurons la conservation des plaques de verre dans des enveloppes à quatre rabats, en papier non-acide (au Ph neutre), enveloppes rangées dans des boîtes en carton, également non-acide. Toutefois nous gardons en place l’ancien dispositif et le vieux meuble en bois fait sur mesure avec ses nombreuses boîtes « A. Lumière », etc., est témoin de la photothèque ancienne. À terme, un meuble moderne recevra les verres dans leurs nouvelles boîtes.

La numérisation

À ce jour (fin 2012), nous atteignons le nombre de 19.000 clichés noir et blanc anciens numérisés, et 3.000 positifs pour projection, en verre, lesquels doublent la plupart du temps les négatifs.

La numérisation systématique a commencé début 2002 par la partie la plus ancienne du fonds, les plaques de verre. Nous avons été alertés du danger que couraient les innombrables diapositives couleur plus modernes, dont la chimie se détériore plus vite que la gélatine aux sels d’argent des plaques de verre. Nous avons mené en parallèle la numérisation d’environ 30.000 transparents couleurs, provenant essentiellement de nos chantiers archéologiques ou de voyages d’exploration au Proche-Orient, et de dons d’anciens élèves de l’École.

Le plus délicat a été la saisie des plaques de verre. Nous avons suivi le protocole de traitement du laboratoire photographique parisien La Chambre noire.

La saisie des plaques s’est faite d’abord sur scanner Quatto (limité au format A4), puis sur un Epson 10000 XL (jusqu’au A3), qui remplace le Quatto. La lecture est en 48 bits couleur (même pour le noir et blanc), en mode RAW (Brut), TIFF. Les fichiers sont immédiatement convertis en niveaux de gris, 16 bits, RAW toujours, et archivés sous ce mode (CD et disque externe, le tout doublé, soit 4 archivages + 1 jeux de sécurité à Paris). La taille des fichiers est fixée à 12-13 mégas en 16 bits, N & B.

Enfin, le laboratoire La Chambre noire intervient sur les fichiers RAW 16 bits TIFF pour les transformer en TIFF 8 bits travaillés a minima : sans correction des plaques – rayures, etc., mais avec équilibrage fin de la balance et des contrastes, pour les rendre lisibles et utilisables en imprimerie jusqu’au format A4, 300 ppi, TIFF, soit des fichiers de 6,2 mégas en moyenne. Cette version de travail est à son tour archivée en 5 exemplaires (4 à Jérusalem, 1 à Paris).

En mars 2005, la 10.000e plaque de verre était numérisée. En 2010, on atteint 18.000 (pour les noir et blanc) : le gros du fonds des dominicains est numérisé.

Les diapositives couleur sont saisies sur un scanner Nikon Coolscan 9000 ED, suivant la même procédure (16 bits RAW, TIFF). Mais elles sont trop nombreuses (environ 30.000) pour être traitées par le laboratoire parisien, et l’archivage se fait provisoirement sur le mode RAW. Seules les précieuses 90 diapositives couleur des fouilles de Qumrân (mer Morte) ont été retravaillées par le laboratoire parisien.

Les appareils photographiques anciens

La photothèque a eu la chance de conserver la presque totalité du matériel photographique ancien. Nous avons aussi bien les appareils de prise de vue que leurs accessoires : sacoches de transport, magasins de plaques de verre, trépieds en bois, objectifs démontables (grands angulaires notamment), etc. – le tout en bon état. Les chambres photographiques, en acajou et soufflet de cuir, sont dans les formats 18 x 24 cm ou 9 x 12 cm. De même, nous possédons deux gros projecteurs contemporains des 4000 positifs en verre, ancêtres des diapositives. Ils fonctionnaient d’abord au gaz acétylène, avant d’être électrifiés sous 110 volts. Deux épidiascopes, l’un en beau bois et l’autre en métal noir, projetaient plans ou cartes postales. Les différents passes-vues en bois sont là, prêts à l’emploi. Nous n’avons pas trouvé trace d’agrandisseur ancien et seulement des châssis pour contacts au soleil.

Nous possédons deux grandes chambres au format 18 x 24 cm, et quatre au format 13 x 18 cm ; une chambre au format 11 x 15 cm ; pour le 9 x 12 cm, trois chambres et une Linhof en 6 x 9 cm. Il faut ajouter deux appareils rigides à châssis-magasin permanent, intégré : l’un au format 11 x 15 cm, l’autre 9 x 12 cm. Sont apparus les « foldings » en format 10 x 15 et 6 x 9. Dans le matériel ancien, il faut noter les stéréoscopiques, fort prisés du P. Jaussen : deux sont de la marque Le Glyphoscope, Jules Richard puis un Zionscope au format d’image 4 x 4,4 cm. Notons quatre belles optiques Berthiot, auxquelles il faut en ajouter une A. Bauz, Paris, une Protar Zeiss, une E. Krauss, Paris, une Bellieni, Nancy… Quant aux Leica, nous avons d’abord deux modèles dits « Standard », des années 1926-1930 (n° de boitier 48869, objectif Elmar 1 :3.5, 50 mm ; et boitier n° 56236, objectif Elmar, n° 170164, année 1930 ; un télémètre amovible vertical). Puis, le Leica de la fin des fouilles de Qumrân (manuscrits de la mer Morte) : un modèle M 3, n° 836 076, à trois optiques, Summicron, Summaron, Hektor ; enfin, des accessoires Leitz (cellule, système pour macrophotographie, filtres).



JÉRUSALEM À CAMBRAI

Les fidèles et visiteurs de la cathédrale de Cambrai pourront retrouver, jusqu’au 28 juin, des photographies de Jérusalem. Dans le déambulatoire, deux expositions.

La première, « Comme un pèlerin au Saint Sépulcre », est organisée par Terre Sainte Magazine et l’Ordre du Saint-Sépulcre en France. Elle a pour but de faire découvrir en images la complexité de l’évolution du Saint Sépulcre à travers le temps.

La seconde, « Visages chrétiens de Terre Sainte », a été réalisée à partir de photographies provenant de la photothèque de l’École biblique. Après numérisation, plusieurs d’entre elles ont été transformées en hautes et larges bannières. Les curieux se trouveront nez-à-nez avec des visages ressurgis, pour les plus anciens, du XIXe siècle : dominicains du couvent St Etienne, figures emblématiques ou rencontres d’un instant.

Il serait question de proposer au public deux conférences, une pour chaque exposition. Ce projet est en cours d’élaboration. Pour plus d’informations à ce sujet, nous vous invitons à contacter le diocèse de Cambrai ou à suivre ses actualités.

L’entrée des expositions est gratuite.
Lundi-samedi : 10h-12h et 14h-18h
Dimanche : 14h-18h

Pour visionner le reportage d’OxygenTV sur la double exposition, cliquez ici.
Pour lire l’article de La Voix du Nord (réservé aux abonnés), cliquez ici.



MISE AU VERT FORCÉE : QUELQUES NOUVELLES DES EXILÉS

Dans un de nos derniers articles (« Maintien des cours… à distance : l’École s’adapte »), nous vous informions que certains frères et professeurs s’étaient rendus à Paris pour un colloque à l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres et n’avaient pu revenir à Jérusalem. Une mise au vert forcée, qui n’empêche pas les exilés de continuer à travailler, entre les prises de nouvelles de ceux qui sont confinés au couvent Saint-Etienne.

Le monastère de Beaufort

Frère Jean Jacques Pérennès o.p., directeur de l’École, a trouvé refuge en Bretagne chez les moniales dominicaines de Beaufort, tout près de Saint Malo où se trouve sa mère en fin de vie. Il ne manque pas d’ouvrage car il suit la vie de l’École, via Skype et Zoom, relayé sur place par le Fr. Martin Staszak o.p., nomme vice-directeur par intérim pour cette période. Moins occupé, il envisage un autre rapport au temps — il en prend un peu plus pour lui.
Frère Olivier-Thomas Venard o.p. est confiné en famille dans le Périgord. Plus de vingt pas le séparent maintenant des assistants de recherche de la Bible en ses traditions. Cela ne l’empêche pas de continuer à piloter à distance les projets du programme.Frère Jean-Baptiste Humbert o.p. est lui aussi en compagnie de quelques membres de sa famille, en un lieu franc-comtois tenu secret… Voilà l’archéologue privé du ‘’terrain’’, ce qui finalement lui laisse le temps d’avancer sur des publications et autres productions.

Fr. Jean-Baptiste Humbert o.p. confiné dans l’atelier de peinture de sa soeur.

Le monastère Sainte-Marie Madeleine, à Saint-Maximin-la-Sainte-Baume.

Frère Dominique-Marie o.p., est chez les moniales de Saint-Maximin, où, en plus d’être aumônier, il leur fabrique le pain. Il est néanmoins désolé de voir annulés les prochains voyages d’étude et les traditionnelles ‘’Visites du samedi’’. Plus question non plus d’arpenter Jérusalem le mardi après-midi avec les étudiants, confinés eux aussi. Ses cours — comme ceux des autres professeurs — se poursuivent néanmoins via la plateforme ZOOM.

La maison où le fr. Jean-Michel de Tarragon est confiné, chez son frère aîné.

Deux des membres de l’École sont toutefois dans l’incapacité de poursuivre leurs activités.
Il est impossible pour le frère Jean-Michel o.p., en visite prolongée chez son frère et sa belle-sœur dans un petit village du Sud-Ouest, de travailler en dehors de la photothèque. Une de ses occupations quotidiennes : sortir le chien sur les sentiers champêtres.
Émile Puech est en revanche resté à Paris, près d’amis. L’enseignant-chercheur infatigable est ennuyé de n’avoir pas pris ce qu’il lui aurait fallu pour avancer sur l’exploration de manuscrits, la production et le recensement d’articles ou de livres. Au moment du départ, qui pouvait sérieusement se douter qu’ils allaient rester bloqués ?

Église du couvent de Lille.

Deux frères voyageaient eux aussi — mais pour d’autres raisons que le colloque — lorsque la crise du Covid-19 a éclatée.
Frère Antoine Lévy o.p. s’envolait pour Helsinki le mois dernier. Sur une des pages de son agenda : une opération médicale dans une clinique finlandaise. L’occasion pour lui de retrouver la petite communauté dominicaine de la capitale où il avait vécu une quinzaine d’années avant de rejoindre Jérusalem.
Frère Anthony Giambrone o.p. est à Washington dans la maison d’études des dominicains. Venu aux États-Unis pour un colloque et un traitement médical, il a dû, lui aussi, y rester, mais s’en trouve bien. So far, so good.
Parti en année sabbatique, Frère Christian Eeckhout o.p. a comme prévu passé plusieurs semaines en Inde avant de se rendre en Bretagne. Après quoi il a du modifier ses plans. Il réside depuis le début du mois de mars au couvent dominicain de Lille. Le confinement ne l’a pas empêché de contribuer à d’autres projets (notamment ThéoDom), avec l’énergie qu’on lui connaît.

Une question trotte dans un coin de la tête des exilés : à quand un possible retour à Jérusalem ? Pour l’heure, nul ne le sait. Il faut patienter jusqu’au reflux du Covid-19 et la prise de mesures des gouvernements français et israéliens. En attendant, bien que le temps semble parfois long, chacun est en bonne santé, l’École poursuit ses missions et c’est bien là l’essentiel. Les exilés se réjouissent beaucoup en tout cas des bonnes nouvelles qui leur viennent de Jérusalem.



CENTENAIRE DE LA CRÉATION DE L’ÉCOLE ARCHÉOLOGIQUE FRANÇAISE DE JÉRUSALEM

L’École biblique célèbre cette année le centenaire de sa reconnaissance en 1920 comme École archéologique française par l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (AIBL). Un colloque rassemblant les anciens boursiers de l’AIBL à l’École biblique aura lieu le 6 mars prochain à Paris, mais la célébration de ce centenaire a déjà commencé à Jérusalem par une séance académique qui a eu lieu ce 15 novembre dans la salle de conférences de l’EBAF.

De nombreuses personnalités, chercheurs et amis avaient répondu à notre invitation. Monsieur Michel Zink, Secrétaire perpétuel de l’AIBL, est venu de Paris pour l’occasion, de même que Dominique Trimbur, chercheur associé au CRFJ et auteur d’un ouvrage qui analyse le contexte de la création de cette École archéologique française, au moment où la Palestine passait sous mandat britannique.

Cette reconnaissance fut un grand encouragement pour le Père Lagrange qui avait beaucoup souffert pour faire reconnaitre sa vision novatrice des études bibliques. C’était aussi une forme de consécration pour l’exceptionnelle première génération de professeurs de l’École, les Vincent, Abel, Savignac, Jaussen, Dhorme, etc.

Au cours de ce siècle, 150 boursiers ont été envoyés par l’AIBL à Jérusalem. Beaucoup ont fait de brillantes carrières académiques. Réunir ceux qui sont encore en activité sera l’occasion de mesurer l’enrichissement mutuel que constitue le dialogue entre études bibliques et l’orientalisme au sens large (archéologie, épigraphie, langues sémitiques, etc.).

Pour l’École, ce regard sur le passé doit donc être aussi une manière de réfléchir à l’avenir. La séance académique du 15 novembre à déjà été un bel encouragement.

Pour visionner le reportage du Christian Media Center, cliquez ici.

Pour visionner l’ouverture par le Frère Jean Jacques Pérennès o.p., « Pourquoi célébrer le centenaire de l’École archéologique française de Jérusalem ? », cliquez ici.

Pour visionner l’intervention de Jean-Michel de Tarragon o.p., « Histoire de l’École archéologique française de Jérusalem à travers quelques anciennes photographies de notre photothèque », cliquez ici.

Pour visionner l’intervention de Dominique Trimbur, « Une école biblique, une école française : la création de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, 1890-1920 », cliquez ici.

Pour visionner l’intervention de Michel Zink, « Cinq écoles françaises plus une : l’École biblique et archéologique française de Jérusalem et l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres », cliquez ici.



Serge Nègre, un habitué de la maison !

Serge Nègre, ancien infirmier et photographe invétéré, est à nouveau passé à l’École biblique au cours du mois de juillet. Créateur, il y a plus de 30 ans, du musée Arthur Batut qui rassemble un fond de photos de la fin du XIXème siècle (donc contemporaines de la plupart des photos prises par les premiers frères de l’École biblique), il vient environ deux fois par an pour travailler avec fr. Jean-Michel de Tarragon o.p. à la photothèque de l’École.

Si son premier voyage dans le pays date de 1972, tout a commencé plus sérieusement quand Serge est venu visiter le couvent St Étienne avec sa femme lors d’une visite à Jérusalem en 2003. Ils ont rencontré par hasard fr. Jean-Michel, et ils ont pu discuter de leur passion commune, la photographie, et donc de la photothèque de l’École et de la conservation des photographies. Serge est revenu quelques mois plus tard avec des boites anti-acide et d’autre matériel de conservation, et a commencé à aider fr. Jean-Michel pour scanner, protéger et préparer les photos pour les différentes expositions.

L’organisation est devenue la suivante entre eux : Jean-Michel de Tarragon choisit les photos pour les expositions et Serge depuis chez lui ou depuis Jérusalem, s’occupe de la partie qui se situe entre la photographie et l’informatique : scan, traitement, retouches… et il part même de temps en temps avec notre équipe d’archéologues, sur les chantiers de fouilles !

Bref, c’est grâce à Serge et ses doigts de fée que nos lecteurs peuvent admirer régulièrement, à travers notre lettre mensuelle, les photos des premiers frères de l’École !