LE DERNIER LIVRE D’ÉTIENNE NODET, OP

« Le Fils de Dieu » : comment les premiers chrétiens ont-ils compris et exprimé l’identité de Jésus ?

C’est à cette question que le frère Etienne NODET, o.p., membre de l’École biblique et archéologique française décédé en février 2024, a consacré les derniers mois de sa vie à Jérusalem.

Confrontant les écrits de saint Jean et de saint Paul avec les manuscrits de Qumrân, c’est à une réflexion renouvelée que nous convie cet ouvrage. Comment penser à nouveaux frais les formules « Messie », « Crucifié », « Serviteur souffrant », « Juste condamné », « Saint », « Fils de Dieu » ? Comment les premiers chrétiens ont-ils donc nommé et identifié Jésus ?

Étienne NODET, o.p., renouvelle cette question cruciale et se livre à une enquête historique qui l’amène à réexaminer la question synoptique et à étudier en profondeur ce qu’implique l’appellation « Fils de Dieu ».

« Oui, le thème du Serviteur souffrant de rang divin, annoncé par Isaïe, présent dans les manuscrits de la mer Morte, est essentiel. Oui, parmi les quatre évangiles, le récit de Jean, sans procès au Sanhédrin, est le plus proche des faits, avec une bonne chronologie. Oui, le titre de Fils de Dieu, a des précédents bibliques depuis David, romains depuis Auguste. Oui, Paul, dont l’influence est perceptible dans la rédaction finale des évangiles, l’a utilisé. Mais en le rattachant à la résurrection. Car, non, les premiers chrétiens n’ont pas cherché à diviniser Jésus. Au contraire, ils ont d’abord voulu affirmer son humanité. »

L’hypothèse défendue ici se veut un extraordinaire renversement de perspective qui restitue le sens primordial de la Passion.

Photo : ÉBAF, Ordo Prædicatorum.
Le frère Étienne dans la basilique Saint Étienne.

 

Dominicain, membre de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, longtemps professeur de littérature intertestamentaire, spécialiste de Flavius Josèphe et de l’historiographie pré-rabbinique, Étienne Nodet († 2024) a publié, entre autres, aux Éditions du Cerf, Les Samaritains et la traduction des Antiquités juives.

« Je lis l’Écriture dans la foi » Fr. Étienne NODET, o.p., 1944-2024.




MESSE IN MEMORIAM ETIENNE NODET, O.P

Messe in memoriam pour le repos de l’âme du père Étienne Nodet, o.p., de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem décédé le 04 février à Jérusalem.

la messe sera célébrée par les frères de Tarragon et Humbert, o.p., le lundi 04 mars à 15 heures au couvent Saint-Jacques  (20 rue des Tanneries, Paris)



IN MEMORIAM ÉTIENNE NODET, OP, (1944-2024)

Les frères dominicains et les membres de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem saluent la mémoire du frère Étienne Nodet, o.p, décédé le 4 février 2024 à Jérusalem.

Né en 1944 à Bourg-en-Bresse, ville natale du père Lagrange, son entrée chez les dominicains en 1967, puis son arrivée à l’École en 1977, semblaient s’imposer. Polytechnicien, doté d’une maîtrise en philosophie et en théologie ainsi que d’un BA en Talmud, le frère Étienne était un esprit brillant et polymathe.

Au noviciat à Lyon, il découvre l’exégèse biblique qu’il part approfondir à l’université hébraïque de Jérusalem en 1974. Il rejoint la maison d’Isaïe de la province dominicaine de France, à l’ouest de la ville. C’est là qu’il étudie la société israélienne, et se passionne pour l’histoire du judaïsme antique. Étienne s’attaque à son œuvre majeure : traduire, contextualiser, expliquer et annoter les Antiquités juives de Flavius Josèphe. Inspiré par la littérature rabbinique, il a été un des premiers à vouloir réinventer la manière d’éditer la bible, convaincu de la richesse d’une lecture comparative des différentes sources bibliques et de leur réception. Cette intuition inspire aujourd’hui le programme de recherche de La Bible en Ses Traditions. Esprit déconcertant et provocateur, il ne s’interdit jamais d’explorer de nouvelles voies, des Samaritains aux Esséniens, en passant par une nouvelle traduction de la Bible. Bourreau de travail et extrêmement rigoureux, tous se souviennent d’Étienne comme d’un homme original et passionné.

Arrivant à l’Ébaf, il reçoit la charge des visites topographiques et sillonne le pays à bord de sa Jeep à travers désert et pistes abandonnées pour faire découvrir les sites archéologiques et bibliques. Visionnaire à bien des égards, il fut le premier à l’Ébaf à utiliser un ordinateur portable pour prototyper un nouveau clavier contenant toutes les variétés de symboles possibles et imaginables, permettant ainsi aux étudiants et chercheurs de rédiger en grec ancien !

“Je lis l’Écriture dans la foi.” disait Étienne à sa communauté. Exégète historico-critique, il vécut jusqu’au bout la tension entre l’aridité de la raison et son témoignage d’un “Dieu vivant”. À travers son engagement de frère prêcheur auprès du chemin néocatéchuménal et son travail au sein de l’institut Ratisbonne, il témoigna de sa profonde humanité.

Le couvent Saint-Étienne et l’École biblique et archéologique française rendent hommage à Étienne Nodet, un esprit libre, exigeant, et plein d’humour. Il mit toute son énergie et son temps pour vivre la parole de Dieu et la transmettre à des générations d’étudiants. Sa mort soudaine laisse un vide immense au sein du monde de la recherche.

Propos recueillis par Emeline d’Hautefeuille, chargée de communication
Photos article : Ébaf, Ordo Praedicatorum
Photo en-tête : Photothèque Ébaf 



Décès du P. Justin Taylor, SM

Hommage de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem

Nous avons appris avec une profonde tristesse le décès du P. Justin Taylor, SM, survenu le 6 janvier 2026 à Herne Bay (Nouvelle-Zélande), à l’âge de 82 ans.

Né le 26 août 1943 à Wellington (Nouvelle-Zélande), Justin Taylor fut formé par les Sœurs brigidines et les Pères maristes à St Patrick’s College. Il entra au séminaire mariste de Greenmeadows en 1960, prononça sa profession religieuse le 7 janvier 1963 et fut ordonné prêtre le 2 juillet 1966. Après des études linguistiques en France et en Allemagne, il poursuivit une formation universitaire en histoire à l’Université de Cambridge, où il obtint un doctorat et fut Research Fellow du Downing College.

Le P. Justin entretint un lien durable avec l’École biblique et archéologique française de Jérusalem. Il y séjourna d’abord comme chercheur au cours des années 1983–1984, puis 1985–1986, avant de rejoindre le corps professoral de l’École à partir de 1988. Spécialiste du Nouveau Testament et des origines chrétiennes, disciple du P. Boismard pour la critique textuelle, il y mena une activité soutenue de recherche, d’enseignement et de publication. Il dirigea notamment des séminaires sur les Actes des Apôtres (en compagnie d’Étienne Nodet) et sur la manière de lire le Nouveau Testament comme une littérature issue du judaïsme de la période du Second Temple (en compagnie d’Olivier-Thomas Venard et de Serge Ruzer à l’Université hébraïque de Jérusalem), mettant en lumière l’inscription des premières communautés chrétiennes dans leur environnement juif et historique.

De 2007 à 2010, il assuma la charge de vice-directeur de l’École biblique, après avoir été engagé pendant plusieurs années à Rome au service de l’administration générale de la Société de Marie. Il accepta aussi d’être le premier directeur du Comité éditorial de La Bible en ses Traditions. Tout au long de sa carrière, il fut également sollicité pour des conférences, des retraites et des travaux de recherche, en Nouvelle-Zélande, en Australie et dans plusieurs provinces maristes.

Parallèlement à ses travaux exégétiques, le P. Justin consacra une part importante de ses dernières années à la recherche historique et spirituelle. Il fut notamment l’auteur de la biographie de Jean-Claude Colin, fondateur de la Société de Marie (Jean-Claude Colin, Reluctant Founder, 1790–1875), publiée en 2018, suivie d’une version abrégée traduite en plusieurs langues. En 2020, malgré une santé déclinante, il devint membre consultant du Colin Cause Network, contribuant encore activement à ce travail jusqu’à ses dernières années.

L’École biblique et archéologique française de Jérusalem garde le souvenir reconnaissant d’un enseignant rigoureux, d’un chercheur attentif aux sources et d’un religieux discret, profondément engagé au service de la recherche biblique et de la formation intellectuelle. Elle s’unit dans la prière à sa famille religieuse et à ses proches, et confie le P. Justin Taylor à la miséricorde de Dieu.

Requiescat in pace.



PORTRAIT D’ENSEIGNANT : FR. MARC LEROY

Je suis le frère Marc Leroy, dominicain de la Province de France. Je suis né en 1970. J’ai fait mon noviciat à Strasbourg, puis mes études de philosophie et de théologie à Lille et à Lyon. Durant ces années, j’ai beaucoup aimé les études bibliques.

Je suis arrivé au couvent Saint-Étienne / École biblique et archéologique française de Jérusalem en 2003 envoyé par ma province. Je devais rester trois années afin de passer les examens devant la Commission Biblique à Rome, puis revenir dans la Province de France comme professeur pour les jeunes frères du studentat dominicain. J’ai fait mon mémoire de tesina sur les prophètes mineurs. Les frères de l’époque m’ont demandé de rester à Jérusalem, j’étais d’accord et ma province aussi. Je suis donc assigné au couvent Saint-Étienne depuis 2006, date à laquelle j’ai commencé à y enseigner l’hébreu biblique et l’Ancien Testament.

La vie au couvent est très intense et je n’ai pas le temps de m’ennuyer. J’ai occupé de très nombreuses fonctions pour le couvent et pour l’École : 7 ans sous-prieur ; 7 ans vicaire ; 12 ans secrétaire des études ; 8 ans sacristain ; plusieurs années comme sous-chantre.

Actuellement, j’ai plusieurs activités : directeur de la Revue Biblique ; membre du comité éditorial du projet La Bible en ses Traditions ; j’ai crée un livre d’hommages au frère Étienne Nodet, o.p., décédé, avec 14 collaborateurs du monde entier, amis et disciples du frère Étienne. Matthieu RICHELLE, professeur à Louvain-la-Neuve, m’a aussi demandé de m’occuper de plusieurs livres bibliques des petits prophètes pour la quatrième édition de La Bible de Jérusalem.

Quand on parle de l’ÉBAF, on pense souvent à l’archéologie et à La Bible en ses Traditions. Aussi, je voudrais parler plus longuement de la Revue Biblique. C’est la revue de l’École, fondée par le Père Lagrange en 1892, qui publie des articles académiques et des comptes-rendus d’ouvrages. Il y a quatre numéros par an, ce qui fait 640 pages publiées chaque année. La Revue Biblique est l’une des revues les plus importantes dans son domaine d’expertise. 

Nous sommes très exigeants pour l’acceptation des articles que nous envoient des spécialistes du monde entier. La grande force de la Revue Biblique provient de la qualité et de la diversité de son contenu. Diversité, d’abord, au niveau des sujets traités : Ancien et Nouveau Testament ; Archéologie ; Épigraphie ; Orientalisme. Diversité, aussi, dans l’origine des auteurs : les articles peuvent être publiés dans cinq langues (français, anglais, allemand, italien et espagnol) ; les auteurs peuvent être catholiques, protestants, orthodoxes, juifs, musulmans, agnostiques ou athées, le plus important est la qualité de l’article.

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VISITE DU SAMEDI : LA FORTERESSE DE MASADA

Le samedi 14 décembre 2024, accompagnés par une équipe de l’ÉBAF, une vingtaine de participants s’est courageusement lancée sur le sentier du serpent pour gravir les 450 mètres jusqu’au sommet de la forteresse de Masada.

Surplombant la Mer morte, au cœur du désert de Judée, la citadelle évoque spontanément la révolte des juifs contre l’Empire romain dans la seconde moitié du 1er siècle après J-C. 

Originellement conçue comme une garnison hasmonéenne, elle fut remaniée et développée par Hérode le Grand en fortification majeure contre les menaces d’invasions. À la lumière des travaux du frère Etienne NODET, o.p., grand spécialiste de la question à l’ÉBAF, les participants ont cherché dans la pierre les traces des récits du grand historien juif du premier siècle de notre ère : Flavius Josèphe.
Procurez-vous
les livres du frère Étienne aux Éditions du Cerf pour en apprendre davantage.

 

Photo : ÉBAF, Ordo Prædicatorum.
Photo : ÉBAF, Ordo Prædicatorum.
Photo : ÉBAF, Ordo Prædicatorum.

C’est en parcourant ses murs imposants, ses citernes d’eau et autres vestiges archéologiques que les visiteurs ont pu confronter les légendes, récits et textes avec la matérialité du contexte.

Grâce aux explications du frère Yunus DEMIRCI, o.f.m. Cap., coordinateur de l’archéologie à l’ÉBAF, les participants ont pu comprendre la fonction spécifique de chaque mur, chaque tour, chaque structure au sein de ce dispositif de défense. Cette visite fut aussi la possibilité de découvrir les méthodes de cartographie et de mesure de terrain, permettant de justifier certaines interprétations. 

Au-delà de l’émerveillement face à la grandeur du paysage et aux exploits réalisés par les bâtisseurs, ce samedi fut une nouvelle occasion conviviale de rassembler des personnes de tous horizons pour vivre un temps de découverte d’un site majeur de la région, accompagnées par les commentaires de scientifiques de l’Ecole biblique et archéologique française.

 

Initialement lancées par le frère Marcel SIGRIST, o.p., les visites du samedi sont autant d’occasions conviviales de découvrir les richesses de la Terre sainte, accompagnés par des chercheurs de l’ÉBAF.

Si vous aussi vous souhaitez participer aux visites du samedi, inscrivez-vous en envoyant un email à lesvisitesdusamedi@gmail.com.

Vous pouvez retrouver cette proposition et bien d’autres sur notre site internet et sur nos réseaux sociaux.

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LE SEMESTRE SABBATIQUE DE DEUX PASSIONNÉS DE LA TERRE SAINTE

Rencontre avec Dr. Michaela Bauks et Wolfgang Hüllstrung, un couple de protestants allemands en semestre sabbatique à l’Ébaf jusqu’à Noël.

Elle, est professeur d’Ancien Testament et d’histoire des religions à l’Université de Coblence.
Lui, est pasteur de l’Église protestante d’Allemagne, chargé des relations judéo-chrétiennes ainsi que de la formation continue dans ce domaine pour les pasteurs. 

En 2019, Michaela avait déjà passé un mois sabbatique à l’Ébaf. Depuis, elle est collaboratrice du programme de recherche de la Best.
Wolfgang dédie son semestre sabbatique à un projet de recherche dans le cadre de Studium in Israel e.V., une association allemande organisant des séjours étudiants sur le judaïsme à Jérusalem. Son projet est focalisé sur la perception des Israéliens quant aux Chrétiens et au christianisme.

Wolfgang étant impliqué dans les relations entre l’Église protestante d’Allemagne et des institutions chrétiennes œuvrant en Terre sainte, il perçoit tout particulièrement l’impact de la guerre. Pour lui, depuis le 7 octobre, les événements ont renforcé la valeur d’une communication double auprès de ses interlocuteurs israéliens et palestiniens.

Pour ce semestre qu’elle dédie à la rédaction d’un commentaire exégétique des chapitres un à onze de la Genèse, Michaela a de nouveau choisi l’Ébaf et son “excellente bibliothèque”. Elle fera l’honneur d’une conférence aux Jeudis de L’Ébaf le 14 décembre sur La “chute” de Caïn, le mal inévitable dans l’histoire primordiale.

Ici, Michaela confie être impressionnée de rencontrer en personne les grandes références qu’elle a découvertes, étant jeune chercheuse quand elle était professeur d’Ancien Testament à l’Institut protestant de théologie. Et de citer Jean-Baptiste Humbert, Étienne Nodet, Émile Puech et Jean-Michel de Tarragon.

Les journées de la chercheuse en exégèse se déroulent en majorité dans la bibliothèque mais elle apprécie aussi être “encadrée par les laudes, les vêpres et les repas en communauté ainsi que les sorties avec les étudiants“. Si Michaela et Wolfgang sont restés malgré la guerre, c’est parce que l’Ébaf leur a offert un cadre serein et solidaire, et des temps de prière fervents.

En tant que protestants au cœur d’un couvent dominicain, Michaela et Wolfgang ont “à cœur de s’adapter sans se trahir” (Michaela). “Ici, s’est ouvert un portail plus intérieur sur le catholicisme, auprès de croyants authentiques et réfléchis.” (Wolfgang)

Pour Wolfgang, comme pour Michaela, la force de l’Ébaf réside dans “son grand projet : faire tenir deux mondes en harmonie ; la recherche scientifique d’excellence et la spiritualité chrétienne, dans un environnement pluriel avec étudiants, prêtres, chercheurs reconnus, jeunes et vieux moines…”

De la bibliothèque aux conférences publiques, en passant par les longues discussions au réfectoire et les cinéclubs des étudiants, ils se mêlent à merveille à la vie de l’Ébaf qui sera désormais un passage obligé lors de leurs prochaines visites en Terre sainte.

Propos recueillis par Charlotte Desachy
Photo : Ébaf, Charlotte Desachy