ÉTIENNE NODET, OP

PROFESSEUR ÉMÉRITE.

⇒ Contact : nodet@ebaf.edu

Province de France

Né le 30 novembre 1944 à Bourg (France, 01).

LANGUES MODERNES :
– Français (lu, écrit, parlé)
– Anglais (lu, écrit, parlé)
– Hébreu moderne (lu, écrit, parlé)
– Italien (lu, écrit parlé)
– Allemand (lu)

LANGUES ANCIENNES :
– Hébreu ancien
– Araméen
– Grec
– Latin

Spécialité : 
Judaïsme, du IIème siècle avant J.-C. au IIème siècle après J.-C. Antiquités juives de Flavius Josèphe

Axes et problématique :
a) L’importance de l’écart entre les faits et les traditions
b) Histoire des institutions

Grades académiques :
1964-1966: École Polytechnique (Paris)
1968-1971: maîtrise de Philosophie (Lyon-II)
1971-1974: maîtrise de Théologie (Inst. Cathol. Lyon)
1974-1979: BA de Talmud (Université Hébraïque Jérusalem)
Depuis 1977 à l’École Biblique et archéologique française de Jérusalem
2005 Chevalier des Arts et des Lettres



Interview – Nicolas Esnault, étudiant à l’École biblique

Nicolas Esnault, étudiant à l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, je suis diacre en vue du sacerdoce pour le diocèse de Rennes, en Bretagne. Je serai ordonné le 24 juin prochain. Après mon premier cycle de philosophie au séminaire Saint-Yves de Rennes, j’ai passé un baccalauréat canonique de théologie à l’Institut Théologique de Bruxelles. Depuis septembre dernier, mon évêque Mgr D’Ornellas m’a envoyé ici afin de rédiger un mémoire d’Écriture Sainte : l’évêque et moi sommes d’accord sur le fait que toute recherche doit partir de l’Écriture Sainte, que Vatican II a rappelé être « l’âme de la théologie ». Mon mémoire porte sur l’eschatologie, sujet pour lequel j’ai un intérêt particulier, et ici, je trouve un fondement scripturaire à ce domaine fondamental de la théologie.

Pourquoi venir faire son mémoire à l’École biblique plutôt qu’ailleurs ?
Il me semble que si l’évêque m’a envoyé ici, c’est tout d’abord pour l’École en elle-même, pour le confort de la recherche qu’offre ce cadre, l’encadrement des professeurs : la vie intellectuelle est nourrie et peut s’épanouir ; je dirai donc dans un premier temps pour sa renommée et sa compétence. Puis de par son appartenance à la Terre Sainte, qui accentue cet épanouissement de la recherche, tout en permettant un épanouissement de la vie spirituelle. Enfin et surtout, l’Esprit-Saint aussi, puisque je n’avais pas connaissance en arrivant que mon mémoire s’inscrirait dans le programme de La Bible en ses Traditions (BEST) : c’est une fois arrivé ici que j’ai rencontré Olivier-Thomas Venard, o.p. directeur de la BEST, qui est devenu mon directeur de mémoire. Mon mémoire est donc un mémoire de l’École biblique, en collaboration avec La Bible en ses Traditions.

Quel est ton sujet de mémoire, et comment l’as-tu traité ?
Mon mémoire porte sur l’Évangile de Matthieu, qui est construit en cinq discours – ce qui résonne en moi, le Jésus qui formule des discours enflammés devant le peuple est un Jésus qui me parle ! -. Le propre de l’Évangile de Matthieu est de s’inscrire dans une communauté judéo-chrétienne, ce qui m’intéresse particulièrement car cette lecture rend compte de l’unité du dessein de Dieu, entre l’Ancien et le Nouveau Testament. J’ai choisi de me pencher sur la dernière partie du dernier discours (Chapitre 25, v. 31-46). C’est un moment charnière, juste avant la Passion, et un passage que l’on ne trouve que chez Matthieu.

Il décrit le Fils de l’Homme, qui vient dans la gloire et fait face aux nations qu’il juge. Il les sépare en deux camps : à gauche les « maudits », à droite les « bénis de son Père ». Les uns, ceux qui n’ont pas pratiqué les œuvres de miséricorde, sont envoyés en Enfer ; les autres, ceux qui ont accompli ces mêmes œuvres, entrent avec Lui dans son Royaume. Dans les deux camps, une même question : « quand » avons-nous ou n’avons-nous pas agi charitablement avec toi ? La réponse du roi est la même pour tous : « ce que vous avez fait aux plus petits des frères, c’est à moi que vous l’avez fait ».

Tout mon travail consiste ensuite à identifier ces trois groupes de personnes : le Fils, qui est à la fois roi et juge ; les jugés, c’est-à-dire les nations ; les petits des frères, rôle passif et passé, mais critère du jugement. J’essaie alors de comprendre cela d’une manière diachronique (l’évolution des faits dans le temps), ce qui se fait en trois temps. À l’heure de la chaire de Jésus, lorsqu’il a prononcé ce discours : il y avait une distinction entre la nation sainte, Israël, et les nations c’est-à-dire les païens ; au moment où Jésus prononce ce discours, il est encore perçu comme un simple rabbi parmi d’autres, avec comme cela est classique à l’époque, une communauté de disciples autour de lui ; et le terme frère semble alors désigner un membre d’une même communauté, donc ici de sa propre communauté juive. Mais entre en compte l’événement fondamental de la mort et surtout de la résurrection de Jésus, qui révèle que Jésus n’est plus un rabbi parmi d’autres, mais le Christ, le messie annoncé et attendu. S’en suit alors le deuxième temps, celui de l’époque mathéenne, c’est-à-dire des premiers chrétiens : les discours de Jésus-Christ donnent lieu alors à une première interprétation. Ses disciples, c’est-à-dire les chrétiens, se considèrent comme de vrais juifs. Cela renouvelle donc la question de l’identification : qui sont les nations et que deviennent les juifs n’étant pas les disciples du Christ ? Puis s’en suit un troisième temps qui est la lecture exégétique des Pères de l’Église. Jusqu’à saint Jean Chrysostome, les petits des frères sont perçus comme les chrétiens seulement. Il faut attendre saint Bonaventure puis saint Thomas d’Aquin pour que peu à peu les petits des frères deviennent tous les hommes, en commençant néanmoins par les chrétiens.

D’ailleurs, il est intéressant de constater que dans ce texte il n’est jamais question de foi, mais d’œuvres, alors que les Pères ont pour prisme celui de la foi. Ce passage parle de la miséricorde divine, de la gratuité du don de la vie fait à l’homme qui lui permet d’être à l’image de Dieu. Comme le dit l’Épître de Jacques, la foi s’exprime dans les œuvres et les œuvres expriment la foi, l’une et l’autre sont donc étroitement liées.

Comment ordonnes-tu ces idées dans ton mémoire ?
Travaillant en collaboration avec La Bible en ses Traditions, j’ai rédigé environ 130 notes qui portent sur le texte lui-même, sur son contexte et sur sa réception, son influence dans divers champs, de la critique textuelle à la liturgie, etc. Les notes ne sont pas toutes exploitées pour mon mémoire, mais je sais qu’elles seront utiles à d’autres recherches par la suite. Le cœur de mon travail est ce corpus sur lequel je m’appuie pour développer la suite de mon mémoire. Avant cette partie, j’ai développé une introduction expliquant mon sujet, ma problématique et la méthode très spécifique demandée par La Bible en ses Traditions. Puis dans ma dernière partie, je réponds à ma problématique en développant cette lecture diachronique de l’identification des trois groupes de personnes selon les trois temps évoqués, en renvoyant à mon corpus de notes.

Vivre à l’École biblique t’a-t-il aidé dans ta recherche ?
Oui, j’ai pu compter sur les discussions avec les frères, par exemple avec le frère Étienne Nodet, et les différents chercheurs de passages. J’ai également pu compter sur l’attention soutenue et bienveillante de mon directeur de mémoire. Par ailleurs, les réflexions du bureau de La Bible en ses Traditions m’ont aussi bien aidé, notamment les assistants étudiants ou agrégés en lettres classiques qui ont pu m’aider dans les traductions grecques. Il y a ici tellement de chercheurs que je ne resterai jamais seul avec une question.



Le fr. Olivier Catel, une approche juive et académique de la Bible hébraïque

Le fr. Olivier Catel a été ordonné prêtre le 2 juillet dans la Province de France. Dominicain, il termine juste sa première année d’études à Jérusalem, entre le Mont Scopus et l’École biblique.

Quelle(s) formation(s) suis-tu cette année à Jérusalem, à l’École biblique et ailleurs ?

Après un master de théologie en Suisse et une formation de professeur de lettres avant mon entrée dans l’Ordre, j’ai commencé un master de « Bible et orient ancien » à l’Université hébraïque de Jérusalem : 10h d’hébreu moderne et 15h de cours de Bible, d’archéologie, d’histoire, en anglais. C’est une belle occasion de comprendre la Bible hébraïque avec une approche académique ancrée dans la tradition juive. Je suis aussi un cours d’hébreu rabbinique à l’École biblique avec le fr. Etienne Nodet.

Comment en es-tu venu à te spécialiser dans ce domaine ? En quoi cela sert-il ta vocation dominicaine ?

Le judaïsme est une partie intégrante de mon retour à la foi il y a une dizaine d’années. En lisant la Bible et en méditant sur l’élection d’Israël, j’ai pu comprendre ma propre vocation et mon appel. Je me suis levé un matin, il y a 10 ans, en me disant que je devais apprendre l’hébreu : depuis, je n’ai eu de cesse d’approfondir l’étude de cette langue et du judaïsme. Le dialogue avec le judaïsme est un dialogue interne au christianisme même et, comme prêcheur, je me sens appelé à mieux comprendre la Parole pour ensuite l’annoncer aux autres.

Que trouves-tu à Jérusalem que tu n’aurais pas pu trouver en Europe ? 

A Jérusalem, je trouve un milieu juif que je n’aurais pu trouver autre part. Ici, ce n’est pas le judaïsme de la Diaspora, le judaïsme européen ou américain mais un judaïsme en pleine mutation. Que faire de l’espérance du retour à Jérusalem quand cette même espérance s’est enfin réalisée ? Jérusalem est un magnifique point d’observation de cette nouvelle réalité. De plus, les formations de l’Université hébraïque en exégèse juive médiévale, par des spécialistes israéliens, sont uniques.



L’École biblique et archéologique aujourd’hui

L’École est située près de la vieille ville de Jérusalem, à la Porte de Damas, sur les lieux d’une basilique byzantine du Ve siècle, édifiée là où la tradition chrétienne vénère le martyre de saint Étienne, le premier martyr. D’où le nom de Couvent Saint-Étienne donné à la communauté des religieux dominicains qui anime l’École biblique. Depuis sa création, l’École mène de front, et de manière complémentaire, l’exégèse des textes bibliques et des recherches archéologiques en Israël et dans les territoires et pays adjacents. Elle a acquis une grande notoriété scientifique dans les disciplines de l’épigraphie, de la linguistique sémitique, de l’assyriologie, de l’égyptologie, mais aussi en histoire ancienne, en géographie et ethnographie.

L’École biblique de Jérusalem accueille des étudiants titulaires de la licence en études bibliques et désireux de préparer un doctorat en sciences bibliques. Elle reçoit aussi des étudiants de niveau master, désireux de se spécialiser en archéologie, en histoire et géographie du Proche-Orient. Outre l’enseignement, les étudiants ont la possibilité de visiter chaque semaine avec l’aide d’un professeur les principaux sites bibliques de Palestine et d’Israël. L’École biblique a signé des conventions avec diverses universités étrangères et collabore à Jérusalem avec le Studium biblicum franciscanum.

Elle publie la Revue Biblique et divers travaux spécialisés dans ses domaines d’excellence, ainsi que des ouvrages adressés à un public plus large, dont une traduction française de la Bible, connue sous le nom de Bible de Jérusalem (1956, 1973, 1998), qui allie qualité littéraire des traductions et rigueur critique.

Parmi ses membres les plus illustres décédés, outre le Père Lagrange, on peut citer les pères Abel et Vincent, véritables découvreurs des sites archéologiques de la Terre sainte, le père Roland de Vaux, qui dirigea les fouilles de Qumrân où furent découverts les manuscrits de la Mer morte en 1947, le père Pierre Benoit, dont les travaux d’exégèse restent une référence, le père Raymond Tournay, auteur d’une nouvelle édition et traduction des psaumes, le père Jerry Murphy O’Connor, auteur d’un célèbre Guide archéologique de la Terre sainte, Marie-Emile Boismard, auteur de travaux très novateurs sur le Nouveau testament. Parmi les professeurs émérites toujours présents, on citera Jean-Baptiste Humbert, archéologue en charge de plusieurs fouilles en Palestine et Jordanie, Étienne Nodet, éditeur des œuvres de Flavius Josèphe, Émile Puech, éditeur des Manuscrits de la Mer morte, Marcel Sigrist, assyriologue, etc.

Une nouvelle génération d’enseignants-chercheurs est en train de prendre la relève. Parmi ses activités, on signalera le programme de recherche très innovant, appelé La Bible en ses Traditions, dont le but est d’utiliser les ressources exceptionnelles de l’informatique pour mettre en ligne une version comparative du texte biblique avec ses différentes versions (massorétique, Septante, Vulgate, etc). et de développer une annotation qui mette en évidence la richesse de la réception du texte sacré dans la théologie et la liturgie chrétienne, mais aussi la patristique, l’histoire de l’art, etc. Pour découvrir cette Bible en ligne, cliquez ici.

 



Revue Biblique

La Revue biblique est maintenant aussi en ligne.

La Revue biblique est « l’organe de l’École biblique et archéologique française de Jérusalem ». L’École fut fondée en 1890, à l’époque ottomane, par le P. Lagrange, religieux dominicain français. Deux ans plus tard, la Revue biblique fut lancée, sous la forme qu’elle a conservée jusqu’à ce jour, cent vingt-cinq ans plus tard. Elle est ainsi la plus ancienne revue biblique française, et fait partie du petit groupe des périodiques scientifiques français centenaires. La politique éditoriale dépend des religieux dominicains de Jérusalem, propriétaires du titre ; la commercialisation et les finances sont à la charge d’une maison d’édition de Leuven.

Le premier éditeur de la revue a été P. Lethielleux, de 1892 à 1895, suivi de Victor Lecoffre (1895 à 1907), puis la famille Gabalda : Joseph Gabalda (1907 à 1932), Jacques et Jean Gabalda (1932 à 1966), Jean-Paul Gabalda (1967 à 2001), Anne-Sophie Duplenne-Gabalda (2001 à 2015). Elle est éditée depuis 2016 par Peeters.

Le premier directeur de la revue fut son fondateur, le P. Lagrange, suivi, de 1923 à 1931, du P. Dhorme, puis des PP. Vincent (1931 à 1938), de Vaux (1938 à 1953), Benoit (1953 à 1968) Tournay (1968 à 1991) et de Tarragon (1991-2014). Le comité de rédaction de la revue est l’ensemble du corps professoral de l’École biblique ; religieux, prêtres et laïcs, assisté de professeurs de plusieurs institutions.

PROJETS

L’actuelle équipe est composée :
– du P. Marc Leroy, directeur
– du P. Etienne Nodet, directeur-adjoint.

De 1892 à 1914, la revue portait le titre de Revue biblique internationale. Par ailleurs, le Vatican en avait fait l’organe de communication des deux secrétaires de la Commission biblique ponti cale de 1904 à 1908. La Revue biblique a réussi à paraître de manière ininterrompue pendant les deux guerres mondiales, utilisant sous l’Occupation le subterfuge d’un autre titre : Vivre et Penser : recherches d’exégèse et d’histoire.

Trois périodes notables illustrent l’expansion de la Revue biblique :

Durant les années 1900-1930, la jeune équipe, rassemblée par le fondateur, atteint sa maturité. C’est l’époque des grands travaux des PP. Dhorme, Jaussen, Savignac,Vincent, Abel, Carrière – 200 articles signés de Vincent, 120 signés d’Abel, sans compter les 150 de Lagrange. En 1912, la revue a 1000 abonnés.

Ensuite, avec les années 1947-1960, une seconde période s’ouvre, illustrée par une nouvelle génération, dont les PP. de Vaux, Benoit et Tournay. C’est la période de la découverte des manuscrits de la mer Morte et des fouilles entreprises ensuite par R. de Vaux à Qumrân. Les autres fouilles de l’École, notamment Tell el-Far‘ah, voient leurs rapports préliminaires publiés en exclusivité par la Revue biblique. C’est l’époque « archéologique » de la Revue biblique, mais aussi, en exégèse, celle des retombées théologiques du Concile Vatican II et du renouveau biblique, qui entraîna un regain de la recherche, manifeste dans la revue.

L’époque actuelle voit une orientation complémentaire: une recherche sortant des sentiers battus, une plus grande internationalisation, à l’image de l’équipe de l’École, avec une forte sollicitation d’auteurs extérieurs à l’École.

Les auteurs actuels continuent l’édition de recensions et de comptes-rendus de livres en Sciences bibliques, archéologiques et historiques. La Revue Biblique reflète ainsi l’état actuel de la discussion scientifique.



Trois étudiants reviennent sur leur séjour à Jérusalem

Doctorants en thèse ou en fin d’études de théologie biblique et d’exégèse, Nathalie, le Père Stéphane et le Père Martin ont vécu et étudié à l’École biblique d’octobre 2016 à fin janvier 2017. Résidents de l’École et utilisateurs de notre bibliothèque de recherche, ils nous expliquent leurs démarches et les fruits de leur séjour.


Entretien avec le Père Stéphane Blin

Prêtre depuis bientôt 10 ans, originaire du diocèse de Nantes, est en 2ème année de Master d’Écriture Sainte à l’Institut Catholique de Paris. Il travaille sur « la signification du glaive dans la péricope de la prophétie de Siméon à Marie (Luc 2, 35) ».

Pourquoi être venu à l’École biblique ?

C’est à la fois la perspective d’être à Jérusalem, dans le berceau historique du judaïsme et du christianisme, l’idée de pouvoir me familiariser avec le pays pour plus tard y revenir avec des pèlerinages de mon diocèse qui m’attirait, mais aussi le fait de vivre avec d’autres biblistes et chercheurs, ce dont je ne profitais pas à Paris. J’étais heureux de pouvoir m’immerger dans ce cadre biblique.

Qu’étudiiez-vous à l’École ?

Je suivais le cours de topographie et d’histoire du Proche-Orient ancien du mardi avec fr. Dominique-Marie Cabaret OP, les cours d’hébreu et de grec ancien du fr. Marc Leroy OP et Christophe Rico. J’ai aussi profité des cours du fr. Étienne Nodet OP sur l’Église primitive et ses courants du Ier siècle.

Qu’avez vous apprécié sur place pour vos recherches ?

La bibliothèque est un atout précieux de l’École biblique. J’ai vraiment profité du fait d’y avoir un accès facile, permanent et optimal, ce sont des conditions très propices à un travail scientifique et de longue durée. L’ambiance est stimulante pour le travail. Ça a aussi servi mon rapport à la Bible, mon ouverture aux écritures, de fréquenter des chercheurs dans d’autres domaines. Par exemple, Mathieu Beaud, qui travaille comme historien de l’art pour le programme Bible en Ses Traditions et qui me parlait de mon sujet dans le domaine iconographique.

Vivre à Jérusalem est aussi une occasion de s’ouvrir à l’universalité de l’Église, avec les Églises locales…c’est un éveil que je ne cherchais pas spécialement en venant mais qui m’a rejoint. On profite aussi d’un cadre particulièrement agréable et d’une vie fraternelle nourrissante.


Entretien avec Nathalie Derore-Martin

Deuxième année de thèse à l’Institut catholique de Paris sous la direction d’Olivier Artus, réalise un doctorat en Écriture Sainte. Elle travaille sur «les questions identitaires et l’ironie dans les chapitres 3 et 4 du premier épître de St Paul aux Corinthiens». Elle est aussi chargée de travaux dirigés en théologie à la Catho et a derrière elle 26 ans de carrière comme professeur de lettres classiques en zones d’éducation prioritaire.

Pourquoi être venue à l’École biblique ?

J’avais déjà réalisé le 2nd semestre en 2015, j’ai voulu venir terminer mon cycle, notamment pour profiter du cours de topographie mais aussi pour mon travail de thèse. À l’origine, j’avais entendu parler de l’École biblique par des étudiants de l’ICP et j’avais été encouragée par mon directeur de thèse à y aller. J’avais un vrai désir d’être sur le terrain, sur les traces de Saint Paul, de mieux réaliser les problèmes de l’Église primitive ici. Je suis aussi venue pour développer mes compétences en grec ancien à l’université Polis de Jérusalem et avec Christophe Rico (enseignant de l’École, ndlr), afin de mieux comprendre sa méthode, étant moi-même enseignante de grec biblique à Paris.

Qu’étudiiez-vous à l’École ?

Je suivais le cours du fr. Étienne Nodet OP sur les Églises primitives, le cours de Christophe Rico sur le grec dans le 4ème Évangile, le cours de topographie du fr. Dominique-Marie Cabaret OP, le séminaire Archéologie et Bible animé par Rosemary Le Bohec, fr. Lukasz Popko OP et Dominique-Marie Cabaret OP J’étais aussi élève du fr. Jorge Vargas OP en hébreu biblique et je suivais les cours de Grec II et Grec III. C’était en réalité très intense, à la réflexion j’aurai peut-être dû me restreindre un peu dans mes choix pour avoir plus de temps pour ma recherche… il y a trop de choix ! 

Qu’avez vous apprécié sur place pour vos recherches ?

J’ai vraiment pu profiter de la souplesse d’accès de la bibliothèque, de la proximité des professeurs, des échanges fructueux avec les visiteurs et les étudiants. Il y a toujours des chercheurs dont les sujets recoupaient le mien, tant sur le Nouveau testament que plus particulièrement sur Saint Paul. C’est unique d’avoir son bureau pour soi dans une bibliothèque si fournie. J’ai aussi apprécié la bonne ambiance interne qui permet des temps de détente et de partage, ça donne aussi du courage pour travailler.

Indirectement, la topographie m’a beaucoup apporté pour certaines choses : j’avais besoin pour ma recherche de comprendre les distances entre les lieux, les tensions à l’époque, la durée des navigations pour Saint Paul par exemple…


Entretien avec le Père Martin Guyot

Prêtre depuis un peu plus de 2 ans, incardiné dans le diocèse de Versailles, il est membre de la communauté de l’Emmanuel. Il termine cette année sa licence canonique en Écriture Sainte de l’Institut Biblique Pontifical de Rome (Biblicum), conclue par un semestre à Jérusalem.

Pourquoi être venu à l’École biblique ?

Je tenais à passer par Jérusalem pendant mes études. Le partenariat avec le Biblicum concernait le dernier semestre d’études, ce qui, pour diverses raisons, me convenait parfaitement. Je dois aussi avouer qu’après 2 ans à Rome j’étais heureux de pouvoir à nouveau me former en français !

Je cherchais surtout l’aspect archéologique de la Terre sainte, le fait d’être sur place et de pouvoir accéder aux chercheurs, à ceux qui fouillent et connaissent les dossiers ici, plutôt que dans une salle de classe à Rome… Je voulais profiter de cette approche systématique du pays sur une longue durée, pouvoir revoir les lieux seul, les faire visiter aux gens de passage, c’était important pour moi. 

Qu’étudiiez-vous à l’École ?

Je suivais un cours intitulé Un ‘‘Livre des Quatre’’ » précurseur des douze petits prophètes, études sur Osée, Amos , Michée et Sophonie donné par fr. Marc Leroy OP, le cours sur le Livre des Juges de fr. Martin Staszak OP, un cours sur La confession des péchés dans l’Ancien Testament donné par le P. Maurice Gilbert SJ, un cours du fr. Anthony Giambrone OP intitulé Luke-Acts in the Context of Greco-Roman Historiography, le cours de topographie et d’introduction à l’histoire du Proche-Orient du fr. Dominique-Marie Cabaret OP, un séminaire sur l’archéologie de Qumrân donné par le fr. Jean-Baptiste Humbert OP et enfin le séminaire du fr. Cabaret sur l’urbanisme de Jérusalem.

Qu’avez vous apprécié sur place pour vos recherches ?

J’ai profité de la bibliothèque, évidemment. J’ai eu des cours parfois plus prenants que ce que je pensais mais encore une fois j’ai vraiment apprécié de pouvoir dialoguer avec les chercheurs…voir les personnes directement, en face de soi, c’est un avantage incomparable. Certains archéologues attendent qu’on leur pose des questions compliquées sur leurs recherches du moment, on vit cela à travers un vrai séminaire donc ils acceptent qu’on remette en cause leurs nouvelles théories, à notre niveau c’est une chance.

J’ai aussi, bien sûr, savouré le cadre de vie. Être en plein cœur de Jérusalem, à 5 min à pied du Saint Sépulcre mais dans un grand parc, avoir le soutien spirituel d’un couvent dominicain et d’un groupe d’étudiants d’âges et d’horizons variés c’est appréciable, ça vaut vraiment le coup !